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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Refondation, purgatoire politique à Madagascar

La gazette de la grande île
22/02/20265 minute read

Il existe une tentation ancienne dans les régimes fragiles, celui de consolider le pouvoir non pas par la vertu des institutions, mais par l’addition des vulnérabilités humaines. On ne choisit plus des compétences, on collectionne des dépendances. On ne s’entoure plus d’excellence, on s’entoure de « dossiers ». Stratégie froide, calculée et cynique ! S’entourer de personnalités aux passés nébuleux, affaires judiciaires pendantes, soupçons de malversations, alliances troubles, n’est jamais un hasard. C’est une mécanique politique. Un système de loyauté inversée où plus le passé est lourd, plus l’avenir est tenu. Le « dossier » devient contrat, la fragilité devient garantie et la compromission devient ciment politique.

A court terme, la manœuvre semble brillante. Les figures controversées disposent de réseaux, de circuits d’influence, de financements discrets, de relais locaux puissants. Elles connaissent les couloirs obscurs de l’administration, les leviers officieux, les raccourcis qui évitent les procédures. Elles rassurent le pouvoir : elles ont besoin de lui autant qu’il a besoin d’elles. Mais cette stratégie n’est pas une architecture, c’est un échafaudage. Lorsqu’un décideur privilégie la loyauté contrainte sur la compétence libre, il fabrique un pouvoir qui tient par la peur et non par l’adhésion. Chaque nomination devient un pari risqué, non pas sur l’intérêt général, mais sur la capacité de l’individu à rester aligné parce qu’il n’a pas d’alternative. Le pouvoir survit alors par la dépendance. Le problème est simple : un système basé sur la vulnérabilité permanente finit par devenir instable car celui qui est tenu peut aussi se retourner. Celui qui est fragilisé peut devenir imprévisible. Celui qui doit tout au système peut le faire tomber pour survivre. La dépendance n’est pas la fidélité, elle une tension permanente.

L’État est capturé silencieusement. Quand les profils controversés occupent les postes stratégiques, l’État change de nature. Les décisions ne sont plus arbitrées uniquement par la loi ou l’intérêt public, mais par des équilibres d’intérêts croisés. Les marchés publics deviennent des terrains de compensation. Les nominations deviennent des règlements de dettes politiques. Les institutions deviennent des paravents. La capture de l’État ne se fait pas en un jour. Elle s’installe par couches successives. Elle ne crie pas. Elle infiltre. Le danger n’est pas l’illégalité spectaculaire. Le danger est la normalisation du doute. Madagascar peut survivre à une crise mais il survit difficilement à la perte de confiance. Ce sera le prix payé par notre Nation. Quand les citoyens voient que la promotion politique ignore les zones d’ombre, ils concluent que l’intégrité n’est plus un critère. Alors s’installe le cynisme. Le jeune diplômé choisit l’exil. L’entrepreneur choisit l’attente. Le fonctionnaire choisit le silence. Et le silence est toujours le prélude des ruptures. Les partenaires internationaux deviennent prudents. Les investisseurs exigent des primes de risque. Le financement du développement devient plus cher. Ce que le pouvoir gagne en contrôle immédiat, la Nation le perd en crédibilité durable.

Vient alors l’illusion de la maîtrise. Les décideurs pensent souvent maîtriser les forces qu’ils cooptent. Ils pensent contrôler les réseaux. Ils pensent équilibrer les ambitions. Ils pensent tenir les dossiers. Mais un système fondé sur des équilibres opaques est, par nature, inflammable. Chaque crise révèle les failles. Chaque rivalité expose les fissures. Chaque scandale réactive les braises. Et lorsque trop de braises s’accumulent sous la cendre institutionnelle, il suffit d’un souffle pour embraser la structure. Que la refondation ne se trompe pas dans sa partition. Une refondation ne se bâtit pas avec des calculs de court terme, mais avec une vision d’architecture durable. Elle ne s’écrit pas avec l’encre des arrangements, mais avec la rigueur des principes. Car à défaut d’un mauvais calcul aujourd’hui, ce sont les symboles mêmes de l’autorité qui risquent d’être de nouveau froissés et brûlés par un fer à charbon politique devenu incontrôlable. L’uniforme, quel qu’il soit, n’est pas une armure contre l’histoire. Il est un symbole fragile de confiance collective. Et lorsqu’un système oublie que la légitimité se nourrit d’exemplarité, il découvre trop tard que le feu qu’il croyait maîtriser s’alimente de ses propres compromis.

Une Nation ne tombe pas toujours par attaque extérieure. Elle s’érode parfois par l’accumulation silencieuse de ses propres renoncements. La refondation, si elle veut être autre chose qu’un slogan, devra choisir la solidité des institutions… ou la facilité des dépendances. L’histoire, elle, ne négocie jamais … ses verdicts.

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