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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Madagascar : Quand l’État s’efface, le citoyen se lève

La gazette de la grande île
26/02/20264 minute read

Il y a des régimes qui gouvernent et il y a des régimes qui occupent. Depuis 17 ans, sous l’ère de Andry Rajoelina, le pouvoir malgache donne le sentiment d’un théâtre permanent avec ses annonces spectaculaires, sa diplomatie de façade, ses innombrables projets vitrines, sa communication saturée, pendant que le socle institutionnel se fissure en silence. L’histoire nous enseigne une chose simple, quand la justice ralentit, l’impunité accélère.

On reparle d’émergence, le mirage de la modernité. On reparle de gros investissements tels un épisode d’Aladdin et le Génie. On reparle de rayonnement international nourris par la luminosité des flashs. Mais un pays ne se mesure pas à ses conférences, ni à ses sommets, ni à ses photos officielles. Il se mesure à l’indépendance de ses juges, la solidité de ses contre-pouvoirs, la traçabilité de ses finances publiques et la capacité de ses institutions à survivre au chef. Or le malaise est là. La concentration du pouvoir se répète, le culte de la personnalisation excessive renait et la fragilité des mécanismes de contrôle est de plus en plus flagrant. Un État moderne n’est pas un spectacle, c’est une architecture. Dans tout système politique, il existe des barons, des hommes de l’ombre, des opérateurs économiques proches du pouvoir autoritaire de Rajoelina. Quand certains se retrouvent à l’étranger, notamment en France, la question n’est pas émotionnelle. Elle est institutionnelle. Y a-t-il des poursuites formelles ? Y a-t-il des demandes d’entraide judiciaire ? Y a-t-il des mandats internationaux ? Si la réponse est non, alors le problème n’est pas l’exil. Le problème est l’absence de dossiers solides. On ne combat pas l’impunité par des discours. On la combat par des procédures.

La lassitude citoyenne, gavée par des communications imitant le « werawera d’antan », fait rêver certains sur la création d’un service parallèle pour aller “rendre justice” : le fantasme du “Mossad malgache”. Le Mossad est né dans un contexte historique post-génocidaire spécifique, lié aux crimes du Troisième Reich. Ce n’était pas un outil politique ordinaire ; c’était la réponse d’un État traumatisé à des crimes contre l’humanité reconnus internationalement. Le cœur du problème n’est pas la fuite d’anciens responsables. Le cœur du problème, c’est la défiance envers la justice, les institutions de contrôle, les autorités financières, la transparence des marchés publics et l’équilibre des pouvoirs. Quand la population ne croit plus que l’État puisse s’auto-corriger, elle cherche d’autres voies. Et c’est là que le danger commence. L’acte citoyen est alors le dernier rempart, pas le dernier recours. Si le régime actuel continue sur une trajectoire de verticalité, de communication permanente et de contrôle institutionnel centralisé, alors oui, la transformation ne viendra pas d’en haut. Elle viendra d’en bas. Mais pas par la violence, pas par la clandestinité, pas par la vengeance. Elle viendra par la documentation rigoureuse des abus, l’organisation citoyenne structurée, les recours juridiques stratégiques, les plateformes indépendantes d’investigation, la pression diplomatique fondée sur des faits, la mobilisation pacifique et constitutionnelle. Un acte citoyen n’est pas une émeute, c’est une stratégie, une révolution.

Les régimes passent, trépassent, les peuples restent. Si le pouvoir persiste à confondre autorité et verticalité, communication et gouvernance, loyauté et dépendance, alors il créera lui-même les conditions de son isolement. Car quand l’État ne protège plus l’équité, quand la justice semble sélective, quand les élites mafieuses circulent pendant que le peuple stagne, alors la légitimité ne s’effondre pas d’un coup, elle se vide lentement. Et le jour où elle est vide, il ne reste plus que le citoyen. Non pas armé. Non pas clandestin. Mais organisé, conscient et structuré. Vue le comportement actuel du régime, si réforme il doit y avoir, elle ne naîtra ni d’un service secret, ni d’une revanche, ni d’un fantasme d’État parallèle. Elle ne pourra venir que d’actes citoyens massifs, disciplinés et juridiquement irréprochables. Car la vraie puissance d’un peuple n’est pas dans l’ombre, elle est dans la lumière. La 4 ème République n’est pas morte, elle vit encore très bien à Paris, Dubaï … et ce sont les mêmes équipes d’antan, actuellement au poste des plus hauts sommets de l’Etat, qui autorisent et orchestrent, avec la complicité de la diaspora, ce fabuleux … « ballets des transfuges ».

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