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Le Journal de l'île Rouge
Politique

CADRE STRATÉGIQUE INTÉGRÉ POUR UNE REFONDATION SOUVERAINE ET DURABLE

La gazette de la grande île
04/03/202612 minute read

SYNTHÈSE EXÉCUTIVE

Le présent document est un cadre stratégique intégré du Programme de Refondation de la République de Madagascar, né du soulèvement populaire du 25 septembre 2025 afin de doter les autorités et l’ensemble des parties prenantes d’une feuille de route complète, cohérente et opérationnelle.

Le Programme initial, bien que politiquement légitime, présente des fragilités institutionnelles notamment sur l’ambiguïté sur le centre d’impulsion, l’indétermination de la portée de la souveraineté de la concertation, le calendrier intenable pour la refonte du fichier électoral, absence de budgétisation et risque de blocage parlementaire, et une insuffisante prise en compte des Tanora et des entités natives traditionnelles (autorités historiques et coutumières, Fokonolona) (ENT) pourtant garantes de la cohésion sociale locale.

La réussite de la Refondation repose sur une articulation rigoureuse entre légitimité politique, continuité juridique et capacité administrative.

L’innovation institutionnelle, procédurale, technologique et managériale est indispensable pour ancrer durablement la confiance et la participation citoyenne.

La souveraineté de la Concertation nationale est désormais explicitement définie comme politique, participative et constituante. Elle exprime la volonté populaire fondatrice, mais ses résolutions sont traduites dans le processus constituant formel (rédaction constitutionnelle et référendum) selon des modalités juridiquement sécurisées.

Le périmètre matériel de la Refondation est prioritairement institutionnel : architecture de l’État, gouvernance électorale, équilibre des pouvoirs. Les attentes sociales, économiques et sociétales légitimes sont traitées par des mécanismes parallèles (États généraux numériques permanents, lois ordinaires, politiques publiques) afin de ne pas surcharger la Constitution et de préserver sa cohérence normative.

Orientations stratégiques :

  • Assurer une direction stratégique claire, réactive et responsable du processus de Refondation ;
  • Garantir la faisabilité technique et la crédibilité du processus par un séquencement réaliste ;
  • Moderniser la gouvernance et ancrer durablement la participation citoyenne et la transparence en s’appuyant sur les pratiques coutumières de pactes socio-culturels ;
  • Optimiser l’utilisation des ressources et améliorer en continu le processus par l’évaluation et la rétroaction pour maintenir l’adhésion populaire.

Le présent cadre est appelé à être actualisé par les dispositifs d’évaluation et d’apprentissage qu’il instaure. Il engage tous les acteurs : pouvoir de Refondation, institutions, entités natives traditionnelles, société civile, partenaires internationaux – à œuvrer de concert pour que la Vème République naisse sur des bases solides et durables.

Le Programme de Refondation de la République, publié le 28 février 2026, s’inscrit dans une séquence politique exceptionnelle ouverte par le soulèvement populaire du 25 septembre 2025. La vacance du pouvoir constatée par la Haute Cour Constitutionnelle et la désignation du Colonel RANDRIANIRINA Michel comme Chef de l’État ont créé une fenêtre d’opportunité pour une transformation profonde des institutions. Le Programme, en quatre phases, vise à conduire le pays vers une Vème République fondée sur une nouvelle architecture institutionnelle, une gouvernance électorale crédible et une participation citoyenne renforcée, en reconnaissant et en intégrant la richesse des structures traditionnelles malagasy (Fokonolona, Fanjakana, Dina, Teny ierana) comme piliers de la cohésion sociale et de la légitimité locale.

I – DIAGNOSTIC ET ANALYSE

1.1. Les forces du Programme

+ Légitimité initiale : le processus est porté par un mouvement populaire authentique, ce qui lui confère une légitimité interne rare ;

+ Vision séquentielle claire : les quatre phases (concertation, réforme électorale, rédaction constitutionnelle, élections) sont facilement communicables ;

+ Ancrage dans la continuité de l’État : le choix de mener les réformes électorales dans le cadre constitutionnel existant évite une rupture brutale ;

+ Existence d’un tissu social traditionnel dense : les structures coutumières constituent des relais naturels de mobilisation et de régulation sociale, susceptibles de renforcer la légitimité du processus si elles sont associées.

1.2. Les fragilités identifiées et les clarifications apportées

+ Absence de centre d’impulsion explicite → Solution : création d’un État-Major de la Refondation (EMR) pour le pilotage opérationnel, et d’un Comité des Sages intégrant le FFKM et les représentants des ENTpour la garantie morale et la médiation.

+ Indétermination de la « souveraineté » de la concertation : la qualification de « souveraine » sans précision de sa portée juridique risque de créer des tensions. → Clarification : la souveraineté est politique, participative et constituante. Elle exprime la volonté populaire fondatrice, mais ses résolutions sont traduites dans le processus constituant formel (rédaction constitutionnelle et référendum) selon des modalités définies (cf. Partie II). Le Document National d’Orientation (DNO) issu de la concertation sert de base aux travaux, sans préempter le pouvoir constituant ultérieur.

+ Périmètre matériel extensif : risque d’asymétrie entre attentes socioéconomiques larges et cadre institutionnel. → Clarification : le périmètre prioritaire est institutionnel (architecture de l’État, gouvernance électorale). Les attentes sociales, économiques et sociétales sont traitées par des mécanismes parallèles (États généraux numériques permanents, lois ordinaires, politiques publiques) afin de ne pas surcharger la Constitution.

+ Calendrier irréaliste : la refonte du fichier électoral en six mois est impossible. → Correction : allongement à 14 mois (janvier 2027 – février 2028).

+ Absence de budgétisation : le Programme ne comporte aucun chiffrage. → Solution : budget prévisionnel pluriannuel détaillé (238,1 – 264,3 B Ariary).

+ Risque de blocage parlementaire : l’Assemblée nationale sortante doit adopter les réformes électorales. → Solution : projet de loi d’habilitation pour permettre au gouvernement de légiférer par ordonnances.

+ Tout contentieux post-électoral trouve sa source dans un fichier mal fiabilisé → Solution : le fichier électoral, clé de voûte : un délai suffisant et une transparence totale sont indispensables.

+ La participation citoyenne est ponctuelle et discontinue → Solution : au-delà de la concertation initiale, des mécanismes permanents de feedback et de consultation renforcent la légitimité.

+ Insuffisante prise en compte des autorités coutumières : les structures traditionnelles, bien que légitimes aux yeux des populations, ont été marginalisées dans le programme initial. → Solution : Intégration systématique des représentants des royaumes historiques, des chefs de Fokonolona et des gardiens coutumiers dans les instances de pilotage et de consultation, à tous les niveaux territoriaux. Ils doivent être des partenaires à part entière.

II – PLANIFICATION STRATÉGIQUE

2.1. Arbre des objectifs

Objectif stratégique : établir une Vème République légitime, stable et conforme aux aspirations populaires.

Objectifs majeurs :

  + Produire un Document National d’Orientation (DNO) issu d’une concertation inclusive, exprimant la volonté constituante du peuple, en mobilisant les structures traditionnelles comme relais de consultation dans les zones reculées ;

  + Refonder la gouvernance électorale (organe indépendant, juridiction spécialisée, code électoral, fichier fiable) ;

  + Élaborer et adopter une Constitution par référendum, en intégrant les orientations du DNO ;

  + Organiser des élections présidentielle et territoriales acceptées par tous, avec la participation des autorités coutumières comme garantes de la paix sociale locale.

2.2. Feuille de route macro (version révisée)

Phase Activités principales Période Jalons
0 – Préfaisabilité Audit de l’état civil, chiffrage, négociation bailleurs Avril – Juin 2026 Rapport d’audit, budget validé, engagements financiers à 80 %
I – Mobilisation et concertation nationale souveraine Déploiement régional, tenue des assises, rédaction du DNO Juillet – Décembre 2026 DNO publié, participation >1 % population, ENT >0,01%, représentativité
II – Réformes électorales Lois sur CENI, juridiction, code électoral ; adoption (par ordonnance si nécessaire) Janvier – Mai 2027 Textes adoptés (lois organiques)
III – Refonte du fichier électoral Appel d’offres, enrôlement biométrique, contentieux, audit Janvier 2027 – Février 2028 Fichier certifié, taux d’enrôlement >90 %
IV – Processus constituant Rédaction de l’avant-projet (sur base du DNO), consultation, référendum Mars – Septembre 2027 Avant-projet, consultation, référendum
V – Élections fondatrices Campagne, scrutin présidentiel et territorial, proclamation Mars – Juin 2028 Élections tenues, résultats acceptés

2.3. Budget prévisionnel pluriannuel

Poste Coût estimé

(B Ariary)

Sources de financement principales
Phase 0 (Audit & Préfaisabilité) 2,2 Budget national
Phase I (Mobilisation et concertation nationale) 21,8 – 26,2 Budget national , Partenaires bilatéraux et multilatéraux
Phase II (Réformes électorales) 4,4 Budget national, Assistance technique
Phase III (Refonte du fichier électoral) 109,2 – 131 Budget national , Partenaires bilatéraux et multilatéraux
Phase IV (Processus constituant) 13,2 Budget national, Partenaires bilatéraux et multilatéraux
Phase V (Élections fondatrices) 87,3 Budget national + Groupement de bailleurs
TOTAL ESTIMÉ 238,1 – 264,3

III – DISPOSITIF DE PILOTAGE ET MISE EN ŒUVRE OPÉRATIONNELLE

3.1. L’État-Major de la Refondation (EMR)

Structure de commandement unifiée placée sous l’autorité du Chef de l’État, composée de :

+ Chef d’état-major (personnalité reconnue) ;

+ Sections : Planification, Technique, Juridique, Communication, Finances, Sécurité

Fonctionnement : réunion quotidienne, rapport mensuel au Comité de Pilotage Stratégique, cellule de crise activable en 24h. Une cellule de liaison avec les ENT sera rattachée au Chef d’état-major, pour assurer une coordination permanente.

3.2. Pilotage par indicateurs de performance (KPI)

+ Tableaux de bord mensuels (feu tricolore) sur délais, budget, qualité ;

+ Indicateurs clés : taux d’enrôlement, délai d’adoption des lois, taux de participation, nombre de contentieux ;

+ Publication en open data pour transparence.

3.3. Gestion adaptative et correction de cap

+ Observatoire de la Refondation pour la collecte de données et revues hebdomadaires de l’EMR + Comité des sages ;

+ Procédure de décision accélérée pour les ajustements.

IV – RÉFORME ET INNOVATION

Innovation Type Description succincte Objectif stratégique Responsable principal Calendrier Indicateur de succès
Comité des Sages Institutionnelle Instance permanente de garantie morale (FFKM, ENT, personnalités indépendantes). Veiller à la conformité du processus, avis sur orientations, médiation. Chef de l’État + Comité des Sages Création avant fin Phase 0 (juin 2026) Avis publics, médiations réussies
Dina républicain Procédurale Pacte social territorialisé, engagements issus de la concertation, s’inspirant des pratiques coutumières de dina et supervisé par les autorités traditionnelles locales. Contractualisation sociale et redevabilité sans force normative. EMR + Comité des Sages + autorités locales + chefs coutumiers Rédaction début 2027 ; signatures Phase II Nombre de Dina signés, respect suivi
Blockchain électorale Technologique Enregistrement du fichier électoral et des résultats sur blockchain publique. Transparence absolue, prévention des fraudes, confiance. Section Technique EMR + prestataire Mise en service fin 2027 Fichier/résultats audités en ligne
Méthode « штаб » Managériale Cellule permanente de pilotage des réformes stratégiques post-Refondation. Capitaliser l’expérience de l’EMR, assurer la continuité. Chef de l’État + futur gouvernement Institutionnalisation via la nouvelle Constitution Cellule opérationnelle, réformes pilotées
États généraux numériques Participative Plateforme de consultation citoyenne continue (social, éco, sociétal), avec des points d’accès physiques dans les villages animés par les Tanora du Fokonolona pour les populations non connectées. Traiter les attentes sociales, budget participatif. Section Communication EMR + autorité numérique + réseau des Fokonolona Lancement Juillet 2026 ; opérationnel fin 2026 Taux de participation, satisfaction citoyenne

V – MOBILISATION STRATÉGIQUE

Type de mobilisation Actions clés Responsable Partenaires / Acteurs Échéance Indicateur (KPI)
Ressources humaines Inventaire compétences, cartographie experts, formation accélérée incluant la sensibilisation des agents aux us et coutumes locales. Section Planification EMR Ministères du Gouvernement, universités, diaspora, ENT Phase 0 (Audit) & Phase I Base de données créée, agents formés
Financière Négociation bailleurs, suivi des engagements et décaissements Section Finances EMR BM, UE, USAID, Chine, UN, Brics+ Phase 0 (Accords) & Suivi continu Engagements ≥ 80% avant Phase I
Politique et sociale Dialogue partis/société civile, campagnes de sensibilisation via les Tanora, les Fokonolona et les radios communautaires ; organisation de rencontres avec les royaumes historiques. Com. EMR + Comité des Sages FFKM, médias, influenceurs, ENT Dès Phase I (Continu) Taux de participation, couverture média
Internationale Conférence des donateurs, plaidoyer, missions d’observation Chef de l’État + Min. AE Ambassades, UN, UE Juin 2026 (Conf.) & Phase V Nombre de pays engagés, observateurs présents
Pilotage Audits réguliers, analyses coûts+avantages, RETEX, consultations spécifiques avec les entités traditionnelles pour évaluer l’impact local. EMR + Observatoire de la Refondation Société civile, Comité Sages, représentants ENT Trimestriel dès Phase I Rapports publiés, ajustements effectués

Le présent cadre stratégique intégré offre à la Refondation malagasy une boussole et un moteur. Il corrige les faiblesses du Programme initial, anticipe les risques, et propose des innovations audacieuses pour faire de cette Refondation un modèle de gouvernance participative, transparente et efficace.

Les deux clarifications fondamentales apportées – souveraineté politique, participative et constituante d’une part, périmètre institutionnel prioritaire avec traitement parallèle des attentes sociales d’autre part – garantissent la cohérence normative et la légitimité politique du processus. L’intégration des Tanora et des entités natives traditionnelles (Fokonolona, autorités royaumes historiques et coutumières) dans les instances de pilotage, de consultation et de médiation constitue un gage supplémentaire d’ancrage local et de durabilité. La Vème République pourra ainsi émerger sur des bases solides, sans être surchargée de promesses irréalisables, et avec des mécanismes durables de participation citoyenne.

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