L’affaire des Boeing 777-200R immatriculés à Madagascar et livrés à l’Iran éclabousse de plus en plus notre Nation dans l’actuel contexte géopolitique. Avant de disparaître dans les circuits de contournement vers l’Iran, ce n’est pas seulement une affaire technique d’aviation civile, c’est une radiographie brutale de l’État malgache, de ses failles, de ses silences et de ses complicités sous l’ère Rajoelina. Au cœur de ce dossier se trouve une question simple, brutale, que tout citoyen se pose aujourd’hui, pourquoi ceux qui l’ont rendu possible sont-ils encore en place dans l’administration actuelle ?
La gouvernance a changé de visage au ministère des Transports depuis le coup d’état de septembre 2025. Le nouveau ministre s’est auréolé de la promesse classique des temps de crise : « assainir, enquêter et rétablir la confiance ». La formule est devenue presque rituelle dans l’actuelle vie politique malgache. On la répète à chaque nouveau scandale qui ressurgit des placards, comme une prière canonique censée conjurer la colère publique. Mais les citoyens observent et ils voient une chose troublante. Les mêmes « collabos », les mêmes réseaux internes qui ont accompagné grassement l’ère du précédent pouvoir, que beaucoup désignent désormais comme la mafia VALERY, semblent continuer à occuper les bureaux, les dossiers et les circuits de décision. Alors la question devient plus lourde, plus dérangeante : le changement est-il réel, ou simplement cosmétique ? Dans toute administration sérieuse confrontée à un scandale international, la première mesure est évidente : mettre à distance les acteurs de la chaîne décisionnelle, ne serait-ce que pour préserver la crédibilité de l’enquête. Suspension administrative, audit indépendant, commission d’investigation : c’est la règle élémentaire de la gouvernance moderne. Or ici, la scène ressemble à une pièce de théâtre mal répétée : les acteurs restent sur scène pendant que l’on prétend enquêter sur la pièce qu’ils ont eux-mêmes écrite. Comment demander à l’opinion publique de croire à la transparence si les gardiens des archives sont les mêmes que ceux qui ont tenu la plume ? Car l’affaire des Boeing n’est pas un simple incident administratif. Elle touche la souveraineté aéronautique de notre État, la crédibilité de son registre d’immatriculation et la confiance internationale dans ses institutions. Quand des avions de ligne capables de traverser des continents se retrouvent mêlés à des circuits de sanctions internationales, ce n’est plus seulement une erreur : c’est un séisme diplomatique. Et ce séisme a un coût. Il se paie en réputation. Il se paie en crédibilité. Il se paie aussi en suspicion permanente sur chaque décision administrative future.
Dans ce contexte, la posture de l’actuel ministre devient centrale. Car il se retrouve devant un choix simple, presque « héroïquement historique » : rompre réellement avec l’ancien système, quitte à provoquer des tempêtes internes ou composer avec les réseaux hérités, au risque de donner l’impression que la Refondation protège ses propres ombres. La seconde option est la plus confortable à court terme. Elle évite les conflits internes médiatisés, les révélations publiques embarrassantes, les dossiers compromettants qui remontent trop haut. Elle maintient l’apparence de stabilité de la Refondation. Mais c’est aussi la voie la plus dangereuse. Car chaque silence, chaque hésitation, chaque maintien suspect nourrit la même conclusion dans l’esprit des citoyens, si personne ne part, c’est que personne ne doit parler. Or Madagascar n’est pas la propriété d’un clan administratif ou d’un réseau d’influence. Madagascar appartient à ses citoyens, et ces citoyens paient des impôts, financent les institutions, supportent les crises économiques et regardent leur pays régulièrement humilié par des scandales qui semblent toujours finir dans les tiroirs poussiéreux de l’oubli. Ils ne demandent pas des discours. Ils demandent des actes. Ils demandent que les responsabilités soient identifiées. Ils demandent que les signatures soient expliquées. Ils demandent que les circuits de décision soient exposés. En un mot : la lumière. Car dans les démocraties fragiles, la corruption prospère toujours dans la même matière première : l’obscurité. Tant que les dossiers restent opaques, les réseaux restent intouchables. Tant que les réseaux restent intouchables, les scandales recommencent. Et ainsi tourne la machine cynique qui transforme chaque crise en simple épisode d’une longue série nationale. Mais il arrive parfois que l’histoire s’impatiente. L’affaire des Boeing n’est peut-être qu’un dossier technique pour certains bureaucrates. Pour les bailleurs et partenaires internationaux, elle est devenue un symbole, celui d’un État qui doit choisir entre la protection des réseaux et la protection de la vérité. Le nouveau ministre a aujourd’hui cette responsabilité entre les mains. Non pas seulement celle de gérer un ministère, mais celle de montrer si l’État malgache peut encore se réformer lui-même. Car au fond, la question que murmurent les observateurs n’est pas seulement « Qui a signé ? ». Elle est plus sombre. Qui protège encore ceux qui ont négocié, préparé, signé et acté les Certificats d’immatriculation provisoire (CIP) et Certificat de navigabilité provisoire (CDN) ?
Les citoyens avertis réclament de la justice malgache qu’elle ouvre toutes les armoires de cette affaire. Le Capo VALERY a encore tous ses lieutenants, loyaux, bien garnis, dans l’arène du ministère des Transports. Il se pourrait que l’on découvre que les Boeing n’étaient pas les seules choses à voler très haut dans le ciel malgache. D’autant plus que, durant son intérim, l’ancien premier ministre NTSAY Christian a eu largement le temps d’enterrer quelques dossiers accablants. Certains secrets, eux aussi, ont appris à voler longtemps. Mais quand ils tombent, ils tombent rarement seuls.






