L’ancien chef du gouvernement Christian Ntsay aurait discrètement déposé, fin février, une demande d’asile politique auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Une démarche lourde de symboles pour celui qui fut pendant près de sept ans l’un des piliers du pouvoir à Madagascar.
Selon plusieurs sources concordantes, l’ex-Premier ministre aurait choisi la discrétion pour engager cette procédure en France, quelques mois après avoir quitté précipitamment la Grande Île dans un contexte politique particulièrement explosif.
La trajectoire de Christian Ntsay s’inscrit dans la crise qui a secoué Madagascar en septembre 2025. Dans la nuit du 11 au 12 octobre, alors que des manifestations secouaient le régime du président Andry Rajoelina, l’ancien Premier ministre quitte le pays à bord d’un jet privé à destination de l’île Maurice. À bord de l’appareil appartenant au groupe Sodiat se trouvaient également son épouse et l’influent homme d’affaires Maminiaina Ravatomanga, surnommé « Pierre Bleue », considéré comme l’un des proches du pouvoir. Aussitôt arrivé à Plaisance, l’ancien chef du gouvernement quitte l’île pour rejoindre Paris par un vol commercial. Contrairement à Maminiaina Ravatomanga, qui a été placé en détention à Maurice dans le cadre d’enquêtes en cours, Christian Ntsay ne faisait l’objet d’aucune procédure judiciaire dans ce pays.
La demande adressée à l’OFPRA pourrait toutefois embarrasser les autorités françaises. Car l’ancien haut fonctionnaire international n’est pas un opposant politique classique : il a été le Premier ministre d’Andry Rajoelina pendant ses deux mandats, entre 2018 et 2025, devenant même le chef du gouvernement le plus durable de la quatrième République malgache. Arrivé à la primature en 2018 dans un contexte de crise politique, il avait été choisi pour former un gouvernement de consensus avant d’être reconduit par le président après sa réélection.
Avant son entrée en politique, ce natif d’Antsiranana avait également occupé le poste de ministre du Travail sous la présidence de Marc Ravalomanana au début des années 2000, avant de diriger pendant une décennie le bureau pays de l’Organisation internationale du travail à Madagascar.
Si la demande d’asile devait être confirmée et instruite par l’OFPRA, elle placerait la France face à un dossier politiquement délicat : accueillir comme réfugié l’ancien numéro deux d’un régime récemment contesté dans son propre pays. Dans un contexte encore marqué par les turbulences politiques malgaches et l’exil de plusieurs figures du pouvoir, la requête de Christian Ntsay pourrait ainsi devenir un nouveau chapitre des relations complexes entre Paris et Antananarivo.






