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Le Journal de l'île Rouge
Société

Cette fameuse « refondation » entamera-t-elle enfin la construction de la NATION MALAGASY ?

La gazette de la grande île
14/03/20267 minute read

Et si demain, on créait deux Etats à Madagascar : d’un côté, les Merina, Ambaniandro, Borijano, Malama loha ou autres appellations. De l’autre, les Malagasy dénommés les Côtiers ?
Ou bien une autre classification, d’un côté les Côtiers, les ethnies ayant un accès à la mer et de l’autre le reste des Malagasy dont les Betsileo, les Sihanaka, les Bezanozano, les Bara, les Tanala ?

          

Il fut un temps où la plupart des Côtiers ne portaient pas de noms commençant par Ra… Actuellement, les noms commençant par Rakoto, Rabe, Randria ou Razafy… ne sont plus l’apanage des seuls Merina ou Betsileo.

En cette période transitoire, on continue à parler d’équilibre régional ou ethnique, règle non écrite nulle part selon laquelle lorsque le Président de la République est un Côtier, le Premier Ministre devrait être un non-Côtier.
Le choix du Premier Ministre ne met donc pas tous les Malgaches sur un même pied d’égalité, et un tel critère serait purement et simplement anticonstitutionnel, puisque selon le Préambule de la Constitution « Le peuple malgache proclame solennellement que Tous les hommes sont égaux en droits et en devoirs sans distinction d’origine, de race ou de religion« .
Le Président Mickaël Randrianirina serait un Antandroy, ce que ne semble pas sous-entendre son nom bien d’origine Merina. Certains disent qu’il est plutôt un Valovotaka.

L’origine ethnique

Comment déterminer l’origine ethnique d’un Malagasy, à partir du moment où ce n’est écrit nulle part sur un document officiel comme la carte d’identité nationale ou le passeport. D’ailleurs, lors des opérations de recensement, aucune question sur l’ethnie du citoyen malagasy n’est posée.
Serait-ce alors l’endroit où on sera enterré ? Est-ce d’ailleurs pour cela qu’on l’appelle Tanin-drazana ? Quoique depuis quelque temps, on commence à parler de Tanin-zanaka.

Déjà, une incongruité certaine selon l’article 16 du code de nationalité malagasy de l’ordonnance n°60 du 22 juillet 1960 : l’enfant légitime né d’une mère malagasy et d’un père de nationalité étrangère, ne naît pas malagasy. Il pourra réclamer la nationalité malagasy jusqu’à sa majorité.
En revanche, selon l’article 9 du même code « Est malgache : 1° L’enfant légitime né d’un père malgache ; 2° L’enfant légitime né d’une mère malgache et d’un père qui n’a pas de nationalité ou dont la nationalité est inconnue.
Il semblerait que ces incongruités ont été corrigées depuis, mais si la qualité d’être de nationalité malagasy ne semblait pas découler automatiquement de la nationalité d’un des parents, déterminer son ethnie est un exercice autrement beaucoup plus périlleux.
Quelle serait l’ethnie attribuée à l’enfant d’une Merina et d’un Antandroy ? Plus compliqué encore, cet enfant s’est marié à l’enfant d’une Antakarana et d’un Vezo. Quelle serait l’ethnie de ce petit enfant ?

C’est quoi une Nation ?

Selon le Robert :
C’est un groupe humain assez vaste qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun.
C’est une communauté politique établie sur un territoire défini et personnifiée par une autorité souveraine.

Répond à la 2ème définition la Nation Suisse, composée principalement de quatre groupes démolinguistiques : allemand, français, lombard et italien.
Font aussi par exemple partie de la Nation française les Bretons, les Alsaciens et les Corses dont les langues originelles sont très différentes du Français.

Quant à Madagascar, un certain Amiral Didier Ratsiraka avait dit « Foin’Andriamanitra ho Nosy i Madagasikara » (Dieu a voulu faire de Madagascar une île).
Il voulait sans aucun doute souligner par là que les Malgaches forment une Nation (affirmée dans l’article 1er de la Constitution de la 2ème République). Pourtant, cette Constitution ne parle ni de la langue malgache comme Langue Nationale, ni de langue officielle.

La Constitution de la 1ère République adopte le Malgache et le Français comme langues officielles, mais ne parle pas de langue nationale.

Quant à la 3ème et la 4ème République, on précise pour la 1ère fois que le Malagasy est la langue nationale.
Si la 3ème République avait adopté les langues malagasy, français et anglais comme langues officielles, la 4ème République a supprimé l’anglais comme langue officielle.

Cette langue Malagasy reconnue comme langue officielle est tout simplement la langue Merina et est contestée néanmoins par de nombreux Malagasy. La Bible avait été traduite en 1835 en malagasy par les missionnaires britanniques de la LMS (London Mission Society). C’est ce qui explique ce choix, imposé par les colons français, comme langue officielle écrite et parlée.
À titre de rappel, ce n’est qu’en 2019 que la Bible protestante a été réécrite en Betsileo (nous refusons de parler de dialecte Betsileo).
Et c’est en 2023, qu’elle a été réécrite (et non traduite) en Tsimihety à l’initiative de l’Eglise FJKM d’Ambohipo.
L’objectif de ces réécritures, selon des pasteurs, est de prêcher plus facilement la parole de Dieu, de mieux comprendre son contenu et d’améliorer l’évangélisation.
De quoi devrait peut-être s’inspirer l’enseignement public en primaire, qui devrait se faire selon le « tenin-dreny ». Mais ça, c’est un autre sujet !

Certes pour un même objet, il peut y avoir des mots différents selon les régions.
Sur les hauts plateaux, on mange du vary sy laoka ( laoka signifiant viande comme accompagnant le riz). Chez les Betsimisaraka habitant le long de la côte est, laoka signifie naturellement poisson.
Pour la banane, selon les régions, on parle d’akondro, de kida, katakata, fontsy, kimalao…
De nombreux mots ont des dénominations différentes selon les régions, mais même si on n’est pas un linguiste, on peut tout de même parler d’une langue malagasy commune aux Malagasy. On peut parler tout aussi bien d’une culture commune.
Reste à savoir, afin de former une vraie Nation, si tous les Malagasy veulent vivre ensemble. Cette volonté a été mise à mal par la gouvernance Rajoelina fortement centralisatrice, largement contestée et traduite par de nombreux Malagasy comme gouverné en faveur d’Antananarivo.

Quel Premier Ministre ?

Pendant la 1ère République, il n’y avait pas de 1er Ministre. Le vice-Président était feu Calvin Tsiebo, venant du Sud de Madagascar.
À compter de la 2ème République, il y a eu des premiers ministres. Et effectivement, la coutume non écrite un Président côtier/ un Premier Ministre non côtier et vice versa a toujours été respectée sauf à 2 occasions :
– Le président Zafy Albert avait nommé Emmanuel Rakotovahiny comme 1er Ministre
– Le président Ravalomanana avait nommé le général Rabemananjara comme 1er Ministre

Nous osons espérer que le colonel Mickaël, dans son choix du Premier Ministre, osera cette fois ne pas ostraciser les Côtiers, les consultera et ne limitera pas son choix aux seuls non-Côtiers.
Une distinction qui n’a plus lieu d’être et ne fait que retarder la construction d’une vraie Nation.

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