La concertation nationale annoncée doit être une étape décisive du processus de refondation. Elle doit être un espace de dialogue et de co-construction des nouvelles bases de l’État.
Cette concertation devra être un véritable moment de rupture nationale, et pas simplement une étape institutionnelle de plus intégrée dans les logiques du système actuel- (Les résultats des expériences de concertation nationale visant à sortir des dernières crises socio-politiques passées en témoignent.)-
Le “système” ne se limite ni à un gouvernement, ni à un président. Il ne se résume pas non plus au débat entre État unitaire ou État fédéral. Le système, c’est un ensemble de mécanismes politiques, administratifs, économiques et sociaux qui se renforcent mutuellement depuis des décennies. Et c’est précisément pour cela que toute tentative réelle de refondation provoque des résistances : car elle menace non seulement des individus, mais tout un équilibre construit au fil du temps.
La vraie question est donc simple : Aurons-nous réellement la volonté politique d’affronter cet ensemble de mécanismes pour engager une véritable refondation nationale ?
Car les principaux éléments de ce système sont désormais bien connus : centralisation excessive, réseaux d’intérêts, faiblesse institutionnelle, corruption structurelle, dépendances économiques et absence de véritable responsabilité publique.
1. Une hypercentralisation du pouvoir
Une grande partie des décisions stratégiques reste concentrée au niveau central : finances, administration, investissements, nominations, projets publics.
Les régions et les communes disposent encore de très peu de marges réelles de décision et de ressources.
La réalité du terrain montre clairement les limites de la décentralisation actuelle et la faiblesse de l’autonomie territoriale.
2. Un État institutionnellement faible
Le problème n’est pas uniquement politique. Il est aussi structurel.
Administrations sous-financées, manque de moyens techniques, faible capacité d’exécution, lourdeur administrative et inefficacité des procédures affaiblissent durablement l’action publique.
Dans ce contexte, l’informel et les arrangements parallèles finissent souvent par remplacer les règles normales de fonctionnement.
3. Les réseaux de clientélisme et de loyauté
Le fonctionnement réel du pouvoir passe souvent par des réseaux personnels, politiques ou économiques : fidélités, protections mutuelles, accès privilégiés aux marchés publics, aux postes ou aux ressources de l’État.
Le système fonctionne alors davantage par relations que par institutions.
4. Une corruption devenue systémique
Tous les rapports nationaux et internationaux évoquent désormais une corruption profondément enracinée.
Les analyses du FMI, de la Banque mondiale et des institutions de gouvernance soulignent des vulnérabilités majeures dans plusieurs secteurs : finances publiques, fiscalité, douanes, justice, marchés publics ou secteur financier.
La corruption n’est plus perçue comme une somme de comportements individuels isolés. Elle devient un mode de fonctionnement intégré à certains rouages du système.
5. La capture de l’État par des intérêts particuliers
Certaines élites économiques, politiques ou administratives exercent une influence disproportionnée sur les décisions publiques.
Plusieurs organisations nationales et internationales évoquent des institutions progressivement captées par des réseaux d’intérêts et des groupes privilégiés.
Cela touche notamment :
- les marchés publics,
- les ressources naturelles,
- les importations et exportations,
- les monopoles économiques,
- l’accès au foncier ou aux licences.
6. Une justice perçue comme insuffisamment indépendante
La faiblesse de l’État de droit revient constamment dans les diagnostics de gouvernance.
Lorsque les sanctions paraissent sélectives, inégales ou politisées, cela détruit progressivement la confiance publique et renforce le sentiment d’impunité.
7. Une économie de rente plutôt qu’une économie productive
Une partie importante du système économique repose davantage sur :
- l’accès privilégié,
- les positions administratives,
- les monopoles,
- les importations,
- ou les circuits informels,
plutôt que sur la production, l’industrialisation et la création massive de valeur locale.
8. La dépendance politique et financière
Le système fonctionne également à travers plusieurs formes de dépendance :
- dépendance des citoyens envers des intermédiaires,
- dépendance des collectivités envers le pouvoir central,
- dépendance économique envers l’aide extérieure,
- dépendance politique envers des alliances fragiles.
Ces dépendances limitent fortement l’autonomie réelle des institutions.
9. La faiblesse des contre-pouvoirs
Même lorsque les institutions existent, leur capacité de contrôle reste souvent limitée :
- Parlement,
- justice,
- organes anticorruptions,
- médias,
- société civile,
- collectivités territoriales.
Sans contre-pouvoirs solides, aucun système démocratique ne peut réellement s’équilibrer.
10. Une culture politique de survie plus que de transformation
Enfin, le système se maintient aussi à travers certaines habitudes collectives :
- méfiance envers les institutions,
- recherche de protection personnelle,
- faible confiance publique,
- logique de court terme,
- peur du changement,
- résignation politique.
C’est probablement l’élément le plus difficile à transformer, car il touche à la fois la culture administrative, politique et citoyenne.
C’est maintenant ou jamais!
Refonder Madagascar ne signifie donc pas simplement changer des hommes ou modifier quelques institutions.
La véritable refondation implique d’avoir le courage politique d’affronter les mécanismes profonds qui bloquent depuis longtemps la transformation du pays.
Car tant que les causes structurelles restent intactes, les crises se répéteront sous des formes différentes.
Et aucune refondation réelle ne pourra émerger sans une volonté collective capable de dépasser les intérêts du système actuel.





