Votre lettre ouverte du 5 juin est d’une indécence rare. Voir votre clan crier au lynchage juridique, invoquer l’État de droit et pleurer sur la « présomption d’innocence » aurait presque de quoi faire sourire si la réalité n’était pas aussi sombre. Vous saturez les réseaux, vous partagez vos jérémiades en masse avec les débris du régime déchu de Rajoelina, espérant que vos postures de victimes feront oublier l’histoire. Mais les Malgaches ne sont ni aveugles, ni amnésiques.
Regardons-nous dans les yeux et disons les choses clairement : de qui parle-t-on exactement ?
Rembobinons le film que vous essayez d’effacer. Au départ, Mamy Ravatomanga n’est rien d’autre qu’un démarcheur, un exécutant dans l’ombre d’Holijaona Raboanarijaona, alors conseiller spécial du président Albert Zafy. C’est ce conseiller qui, pour planquer son argent loin des regards et blanchir ses affaires, crée SODIAT PETRO. Mais pour éviter de se faire prendre, il lui faut un prête-nom, un homme de paille docile. Ce rôle, c’est Mamy Ravatomanga qui l’accepte.
La suite ? Un chef-d’œuvre de favoritisme d’État. Christian Ntsay, alors DG de la Solima, offre sur un plateau le contrat ultra-fructueux du transport de carburant à SODIAT. C’est là qu’est née cette complicité de longue date. Dans la foulée, T. Rabetsitonta fait valider en Conseil des ministres, à une vitesse record et sans aucune garantie de remboursement, les fonds pour acheter vos camions-citernes. Pourquoi un tel passe-droit ? Parce que tout le monde au gouvernement savait que le bénéficiaire officiel n’était que l’écran de fumée des ministres et conseillers de l’époque. Et c’est là que le « simple prête-nom » choisit la trahison. Mamy Ravatomanga a planté un couteau dans le dos de son mentor, a tout raflé sans jamais rien rendre, et a transformé un détournement initial en empire.
Votre véritable heure de gloire, vous la devez au pire coup d’État de l’histoire de Madagascar, en 2009. En finançant l’arrivée d’Andry Rajoelina, vous avez acheté votre ticket pour le monopole absolu. Le régime déchu vous a tout cédé. Vous avez vampirisé Madarail : une société laissée sciemment en faillite, mais qui servait de prétexte parfait pour déblocage de milliards d’ariary d’argent public — pour de prétendues réhabilitations ou des wagons — qui finissaient direct dans les caisses de SODIAT. Vous avez appliqué la même méthode pour essorer la filière litchi et piller la KRAOMA.
En dehors de Madarail ou de la KRAOMA, Mamy Ravatomanga a également profité de la JIRAMA jusqu’à mettre cette société d’État complètement à genoux. Il s’est octroyé l’exclusivité absolue du transport des carburants pour la compagnie d’électricité nationale, avant de rafler plusieurs marchés solaires juteux à travers la société de son fils, Polymad, sous l’œil bienveillant d’Andry Rajoelina. Chaque secteur stratégique a été siphonné pour nourrir vos intérêts familiaux.
Mais ne nous arrêtons pas là. Car l’histoire de Mamy Ravatomanga, ce n’est pas seulement celle d’un magouilleur qui a détourné les fonds publics. C’est celle d’un autocrate de l’ombre qui éliminait systématiquement tous ceux qui osaient le défier, rétablir la vérité ou simplement se positionner en concurrents. Et pour cela, Mamy Ravatomanga a une spécialité : utiliser des marionnettes pour ne jamais apparaître sous les projecteurs. Quiconque osait lever la voix était directement muselé.
Parmi vos plus grandes victimes, comment ne pas citer Lola Rasoamaharo ? Dans cette affaire, Mamy Ravatomanga a utilisé Brigitte Razaka comme un parfait bouc émissaire pour porter plainte et monter de toutes pièces un dossier de tentative de détournement de fonds. Une machination qu’il a ensuite soutenue et validée à travers les juges qu’il contrôlait directement. En contrepartie de cette complicité infâme, Brigitte Razaka a bénéficié de plusieurs marchés publics pour la construction d’une dizaine de villas : des chantiers fantômes qui n’ont jamais été réalisés, alors même que les fonds publics avaient déjà été débloqués et empochés ! Cette femme figure d’ailleurs aujourd’hui parmi les individus à enquêter d’urgence.
À cause de ce complot, Lola Rasoamaharo a été condamné à 5 ans de prison sans aucune possibilité de libération conditionnelle, devenant le symbole absolu de l’entrave à la liberté d’expression sous la coupe de Ravatomanga et du régime Rajoelina. Son journal a été fermé. L’acharnement a été total : chaque magistrat qui osait examiner son dossier pour tenter de rétablir la vérité était immédiatement licencié. Pire encore, à chaque fois que Lola tentait de faire appel, la machine s’emballait : de nouvelles accusations étaient inventées, de nouveaux dossiers sortaient du chapeau pour prolonger indéfiniment son séjour derrière les barreaux.
Et le sadisme est allé encore plus loin : tous ses comptes bancaires ont été gelés, et son argent a mystérieusement disparu, une spoliation qui persiste même après sa libération. Quelle infamie quand on sait que Lola n’a jamais eu le moindre lien avec l’État ! Contrairement à vous, tout son argent est une propriété personnelle, acquise au prix d’un dur labeur et totalement étrangère à la moindre affaire de détournement. Vous l’avez financièrement asphyxié et dépouillé par pure vengeance personnelle.
Et que dire de Rolly Mercia ? Lui aussi a tenté de porter le dossier de Ravatomanga devant la justice. Résultat ? Persécuté, jeté en prison et réduit au silence à Antanimora. Voilà votre méthode : la terreur, les prêtes-noms, le vol légalisé et l’abus de pouvoir.
Alors aujourd’hui, voir ce même Mamy Ravatomanga — désormais rattrapé par de lourdes et bien réelles accusations de la justice internationale — jouer les victimes et pleurer sur les droits de l’homme, c’est le comble du cynisme. Ne confondez surtout pas vengeance et rétablissement de la justice ! Si à chaque fois que la vraie justice ose enfin bouger et taper du poing sur la table, on crie à la vengeance politique, alors tous les criminels vont se retrouver en liberté, blanchis et sans aucune punition. Le chantage à la victimisation ne marchera pas cette fois-ci.
Quand la ministre de la Justice Fanirisoa Ernaivo nomme Serge Jovial Imbeh pour mettre vos 20 entreprises sous surveillance, ce n’est pas de l’injustice, c’est un retour de bâton historique. Vos sociétés ont beau être « privées » sur le papier, elles ont été bâties sur le pillage du peuple malgache et protégées par la destruction de vies humaines.
L’État ne détruit pas vos entreprises, puisqu’il garantit les emplois et les fournisseurs ; il récupère simplement ce qui a été volé. Le costume de victime est beaucoup trop grand pour vous. Le temps de l’impunité, de la terreur, des prête-noms et du vol des honnêtes citoyens est révolu. Il est l’heure de rendre des comptes.






