Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) – 11/08/2026
Un inventaire de mon blog Madagoravox restitue aujourd’hui … 290 articles !!!! 17 ans d’écriture … Sur un support qui s’intitulait à l’origine « Coup d’Etat, coups de gueule… »… Dont la création relevait à l’époque d’une rencontre avec les éditorialistes de Madagascar Tribune – Ndimby A. et Patrick A. – qui m’ont lancé …. Période riche qui m’a valu de magnifiques rencontres de personnes sincères et de talent : Tsilavina Ralaindimby, Vero Razafintslama, Christian Zadefo Chadefaux, Jean Pierre G. Andriantsolo Domenichini en étaient … Aujourd’hui tous quatre disparus… mais que je voulais honorer parce qu’ils m’ont inspiré.
290 articles !!! Il était temps que j’essaie d’en ressortir la substantifique moelle… Certainement pour satisfaire une part d’orgueil… avec l’espoir de faire découvrir (ou redécouvrir) ces textes avant qu’ils ne se perdent dans les limbes de nos mémoires vouées à l’instantané… et à l’IA … Mais parce que personne n’a envie de se jeter à corps perdu dans la lecture de quelques 300 articles – soit près d’un millier de pages- il me fallait faire l’effort d’un tri et d’une présentation … Et puis, qui sait … Certains auront peut-être envie de tout (re)lire
Ce qui me frappe, en regardant ces dix-sept années d’écriture, c’est moins la prétention de construction d’une œuvre que la marque de mon obstination…
J’ai porté une voix sous plusieurs masques — Lalatiana PitchBoule, Ratsikivy, Rafetsy, Ragidro — mais c’est toujours la même question qui m’obsédait et à laquelle je cherche encore et toujours une réponse : pourquoi retombons-nous, nous les Malagasy, dans le même scénario de crise depuis 1972, 1991, 2002, 2009, 2025… Je n’ai jamais réussi à me détacher de cette interrogation… c’est cette obsession du temps long, plus que l’actualité elle-même, qui a peut-être fini par donner une cohérence… un sens à ce que j’écrivais.
On y trouve, avec le recul, trois périodes. D’abord, entre 2009 et 2014, une série de textes sur ce que je ressentais être une urgence et sur des logiques de dénonciation — la géopolitique du gaz, la diplomatie française, la diaspora — en accumulant des matériaux. La satire était déjà là, mais je crois que je cherchais encore ma voix. Puis, de 2015 à 2023, une tentative d’acquisition d’outils plus rigoureux tout en essayant d’aiguiser la verve de mes textes… Et enfin, depuis 2023, la tentative d’une synthèse plus ambitieuse, en m’appuyant sur des références de penseurs et d’académiques – pour essayer de décrypter par la théorie les ressorts structurels de ce court-termisme qui nous colle à la peau … Et non plus seulement le commenter au fil de l’actualité.
Une chose n’a pas changé… et j’espère qu’elle ne changera jamais : je n’ai jamais voulu théoriser depuis l’extérieur. Chaque texte part d’un moment vécu, souvent depuis la diaspora, avec mes doutes, mes agacements, mes dédicaces à ceux qui comptaient et comptent pour moi. J’essaie de me relire moi-même, non pas par vanité, mais pour essayer de mesurer humblement l’écart entre ce que j’avais cru voir venir et ce qui s’est réellement passé. C’est peut-être cela, finalement, que j’ai essayé de faire : penser contre l’oubli, y compris le mien.
Je compile ici une vingtaine d’articles jugés, parfois pour le sujet, parfois pour le plaisir de l’écriture, qui seront peut-être dignes de votre ’intérêt…
1. Diasporas et développement (introduction) — juillet 2009
Écrit au sortir immédiat de la crise de 2009, ce texte voulait sortir la diaspora du seul rôle de pourvoyeuse de fonds pour en faire un acteur légitime. Je m’appuyais surtout sur une conviction. C’était, sans le savoir, la matrice de mon engagement institutionnel des quinze années suivantes.
2. De l’identité de la diaspora malgache — septembre 2009
Lien : https://madagoravox.wordpress.com/2009/09/01/de-lidentite-de-la-diaspora-malgache-1ere-partie/
Je prolongeais le texte précédent en interrogeant ce qui fait qu’on reste malgache loin de Madagascar. L’identité diasporique n’y est pas un manque à combler mais une construction propre. Je n’avais pas encore les concepts sociologiques que j’utiliserais vingt ans après, mais l’intuition y était déjà.
3. Les implicites de la crise malgache de 2009 — mars 2011
Deux ans après les événements, j’ai voulu interroger ce qu’on ne disait pas à voix haute : les logiques géostratégiques françaises derrière la crise. Ce texte, qui m’a valu des échanges vifs, a ouvert une ligne d’analyse géopolitique que j’ai poursuivie plus de dix ans.
4. Juan de Nova : Oil and GasY (bad) story — août 2012
En deux parties, j’ai documenté les enjeux gaziers autour de Juan de Nova, disputée entre Madagascar et la France, un sujet peu suivi par la presse malgache. Sous le vernis diplomatique se jouaient des intérêts économiques concrets, largement occultés et ce que je considère être une forfaiture de tous les gouvernements depuis 1975.
5. Quelle heure est-il Monsieur crocodile… Nord-ouest moins le quart, Madame GasCar — avril 2013
Un exercice de style pur, autour de l’expression « voir midi à sa porte », pour parler de géopolitique sans en avoir l’air : chaque acteur régional défendait ses intérêts sous couvert de discours universel. Un texte que j’ai pris grand plaisir à écrire.
6. Le terrain d’Otokar — mai 2014
Lien : https://madagoravox.wordpress.com/2014/05/17/le-terrain-dotokar/
J’ai choisi la fable pour ce texte sur les Iles Éparses et leur histoire coloniale contestée — un terrain usurpé puis restitué à contrecœur. Je voulais toucher un lectorat que les dossiers techniques n’atteignaient pas, avec une économie de moyens que je pratique trop rarement.
7. Iles Eparses : Con Gesticulación — septembre 2014
Lien : https://madagoravox.com/2014/09/23/iles-eparses-con-gesticulacion/
Le titre en espagnol donne le ton : je dénonçais la gesticulation politique autour de la restitution des Iles Éparses, plus que la question elle-même, en m’appuyant sur la chronologie précise de l’annexion française depuis 1896. Exigence documentaire et colère assumée.
8. Madagascar : la crise de 2009 ou les aléas de la diplomatie française — mars 2015
Seul texte publié dans une revue académique, aux côtés de chercheurs que je respecte. J’y retraçais les hésitations et intérêts contradictoires de la diplomatie française. Une reconnaissance inattendue pour un blogueur.
9. Chroniques des Nosy Kely — 1ère chronique — novembre 2015
J’ouvrais une série sur les enjeux gaziers autour des petites îles malgaches, au moment de la COP21. Mon argument : l’hypocrisie d’un discours écologique international qui laissait de côté les intérêts extractifs bien réels de la région.
10. Tribulations d’un TGV gasy au pays de Sces Po — septembre 2018
Lien : https://madagoravox.com/2018/09/15/tribulations-dun-tgv-au-ays-de-sces-po/
Réaction à l’invitation d’Andry Rajoelina par des étudiants de Sciences Po sur « l’expérience démocratique en Afrique ». Mon argument tenait en une image : demander à l’auteur d’un coup d’État de parler de démocratie, c’est comme demander à un sumo de gagner en gymnastique.
11. S’il te plaît, crève-moi un œil… — décembre 2018
Écrit au lendemain d’une élection dont l’issue m’affligeait, entre deux camps que je peinais à soutenir. Empruntant à Kosztolányi, j’y interrogeais notre difficulté collective à voir la vérité même quand elle nous crève les yeux — et ma propre posture, opposant ou collabo.
12. #Artemisia #Covid Organics (CVO), la scandaleuse arnaque — mai 2020
Lien : https://madagoravox.com/2020/05/03/les-chroniques-de-ragidro-artemisia-artemisinine-covid-organics/
Publié dix jours après le lancement du Covid Organics, quand la prudence critique était rare. En m’appuyant sur l’histoire scientifique de l’artémisinine, je dénonçais l’instrumentalisation politique du produit. Le scepticisme que j’exprimais alors s’est révélé fondé — rare fierté modeste.
13. Le tanimbary et le dilemme du prisonnier — février 2023
Je croisais la théorie des jeux avec le fihavanana et le fokonolona pour expliquer un paradoxe : nos égoïsmes individuels ne trahissent pas l’absence de valeurs communautaires, mais une logique rationnelle bien connue. L’un des textes dont je suis le plus satisfait.
14. Moi, Cédric 1er — octobre 2023
Lien : https://madagoravox.com/2023/10/09/les-chroniques-de-ragidro-moi-cedric-1er/
Réaction à chaud à un discours présidentiel qui m’avait agacé, en pleine précampagne. Une écriture volontairement outrancière — menteur, hubris, amnésique — pour dénoncer un rapport au pouvoir déconnecté du peuple. Je n’ai pas cherché la nuance, et l’assume : l’un des textes les plus lus du blog.
15. Madagascar et la Géopolitique du Pauvre — janvier 2025
Je posais ici un concept devenu central : la « géopolitique du pauvre », propre aux nations structurellement vulnérables, contraintes à des stratégies de contournement. Je ne savais pas encore que ce texte deviendrait la matrice de plusieurs chroniques ultérieures, notamment sur le rapprochement russe.
16. L’or de Madagascar ou le miroir d’une corruption généralisée … — septembre 2025
Je voulais documenter les dérives de la filière aurifère : quelques kilos exportés officiellement, plusieurs tonnes disparues par des circuits parallèles. Cet or disparu est le miroir d’une corruption généralisée, des petits réseaux locaux aux complicités plus hautes. Un texte qui me tient à cœur.
17. L’inéluctable systémique des crises ? — Parties 1 et 2 — décembre 2025
Lien : https://madagoravox.com/2025/12/16/les-chroniques-de-ragidro-madagascar-lineluctable-systemique-des-crises-partie-1/ (partie 1) / .
Mon texte le plus théorique : mobiliser la cliodynamique de Peter Turchin pour expliquer pourquoi Madagascar retombe cycliquement dans la crise. En deux parties — diagnostic puis scénarios de sortie —, il m’a demandé le plus de travail intellectuel de tout mon corpus récent.
18. Anatomie d’un rapprochement Poutino Malagasy — février 2026
Je décryptais le rapprochement naissant entre Madagascar et la Russie, célébré localement comme souveraineté. Pour une Russie sous sanctions, l’intérêt est avant tout structurel, non désintéressé. Les événements qui ont suivi ont largement confirmé cette analyse.
19. 2028 : la campagne a-t-elle déjà commencé (dans les coulisses du faux) ? — mai 2026
En auditant cinquante profils Facebook derrière un seul post aux chiffres vertigineux, j’ai démontré une fabrication artificielle de popularité numérique. Une bascule vers la preuve vérifiable plutôt que la simple conviction — la méthode la plus rigoureuse de mon corpus.
20. Madagascar, le peuple qui, avant, n’existait nulle part — juillet 2026
Reprendre l’écriture de notre histoire du peuplement, entre origines austronésiennes et bantoues, pour dépasser le clivage merina/côtiers. Notre identité nationale n’est pas un héritage figé mais une construction continue. Un texte qui touche à quelque chose de plus intime que la politique conjoncturelle.






