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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Les tours de passe passe du chemin de fer malgache. MAMY aux manettes.

La gazette de la grande île
26/10/20256 minute read
une petite astuce dans les accords toujours à l’article 1.4. Comme Madarail ne semble pas avoir de réserves pour l’investissement, cette société va emprunter, soit auprès d’un organisme international, soit auprès…de l’Etat Malgache. Si c’est cette dernière solution qui est retenue, en finale, ce serait à l’Etat malgache d’acheter tout le matériel, en devises fortes (Dollars ou Euros). Madarail remboursera petit-à-petit en…euh…Ariary. 😁
On ferait ainsi à Madagascar l’inverse de tout ce qui se fait ailleurs. Normalement, c’est l’entité privée qui amène le financement pour renflouer une société d’état en difficulté, en échange de son entrée dans le capital.
Mais il y a pire dans ces accords. A l’article 2, après un long laïus sur la nécessité de délocaliser des installations ferroviaires, arrive le transfert de la gare principale de Soarano à Madarail Immobilier. Mais c’est quoi Madarail Immobilier ? C’est rien, c’est juste un machin monté pour prendre à la RNCFM ses bâtiments les mieux placés. Tel qu’il est prévu dans les accords initiaux, l’Etat doit rester propriétaire des infrastructures et de tout le patrimoine. Logiquement donc, Madarail devrait se cantonner à l’exploitation, apporter son aide à la RNCFM dans le développement du transport ferroviaire et ne peut en, aucun cas, devenir propriétaire des biens de l’Etat. Un exploitant ferroviaire n’a pas vocation à devenir agent immobilier, ce qui, au vu des principes régissant ce genre de convention public-privé, serait une première et est illégale ailleurs. Mais à défaut de faire revenir les trains de voyageurs sur les axes existants, Antsirabe ou Tamatave, promis depuis 2008, Madarail a transformé les gares en commerces.
*L’ombre de Mamy Ravatomanga plane sur Madarail*
_L’homme d’affaires, proche du président et ancien propriétaire de 75 % de Madarail, s’intéresse de nouveau à la compagnie ferroviaire, mais cette fois-ci en tant que facilitateur._
Le chef du conglomérat Sodiat, Maminiaina Ravatomanga, connu sous le nom de « Mamy » et éminence grise du président Andry Rajoelina, s’active ces derniers temps en coulisses pour s’assurer que la société grecque Dana Group tienne son engagement de reprendre 75 % des parts de la compagnie ferroviaire Madarail. Le directeur général de Dana, Stelios Tzitzis, est surtout connu en Grèce pour ses activités dans le secteur maritime.
En juin 2023, la filiale de Dana, Dana Minerals, a obtenu une licence de Kraomita Malagasy SA, une filiale de Kraoma, pour exploiter le chrome dans l’est de Madagascar, et les opérations ont débuté en mars. Mais un autre contrat signé en même temps et fortement soutenu par Ravatomanga est, pour sa part, au point mort. L’accord concernait un transfert de parts signé par Tzitzis avec Sonapar, dirigé par Woel Lala Herilaza. Selon cet accord, Dana Group devait acquérir les 75 % de parts de Madarail détenus par Sonapar pour environ 15 millions de dollars – une somme jugée par certains experts bien supérieure à la valorisation actuelle de Madarail, estimée à environ 2 millions de dollars.
Mamy pousse la société grecque à finaliser la reprise depuis des mois. En mai, Tzitzis a rencontré la ministre des Affaires étrangères, Rafaravavitafika Luciana Rasata, à Antananarivo pour discuter de la question. Les autorités malgaches pressent la firme grecque de verser un acompte d’au moins 2 à 3 millions de dollars, ce qui n’a pas encore été fait.
*Perte de revenus*
Dana Minerals est dirigée par Georgios Tyligadas et Dieudonné Razafindrazaka, qui est associé à Kostantinos Tyligadas dans Dishio Services, une société minière basée au Business Mining Center d’Ivato à Antananarivo. Razafindravaka est également le directeur unique de Hephalu, une entreprise ayant le monopole de la production de permis biométriques.
En 2011, Ravatomanga a acquis 75 % des parts de Madarail lors de la privatisation de la société, qui exploite les trois lignes du réseau nord de Madagascar (Antananarivo-Côte Est, Moramanga-Lac Alaotra, Antananarivo-Antsirabe). Après cette reprise, le contrat de vente pour un programme de rénovation des lignes ferroviaires du pays, qui devait être financé par le gouvernement malgache et la Banque mondiale, a été modifié. Mais le président de l’époque, Hery Rajaonarimampianina, avec qui Ravatomanga ne s’entendait pas, n’a pas respecté cet amendement, et l’activité de Madarail a ensuite chuté de 450 000 tonnes de fret en 2011 à seulement 60 000 tonnes en 2019 (retombant à son niveau de 2003).
Un nouveau plan de relance pour Madarail a été évoqué après l’élection de Rajoelina en 2018. En 2020, la Banque mondiale, dont la représentante à Antananarivo était Marie-Chantal Uwanyiligira, a accepté un programme d’investissement de 230 millions de dollars à condition que Ravatomanga vende ses parts et quitte le capital de Madarail. Dans cette optique, en 2022, le gouvernement a demandé à Sonapar de reprendre les parts de Madarail vendues par Mamy pour 3,8 millions d’euros, un prix fixé par la Banque mondiale.
Cependant, deux jours après la vente, Ravatomanga a exigé une compensation de l’État, qu’il estimait ne pas avoir respecté ses engagements de rénovation des chemins de fer et être responsable d’un manque à gagner en dividendes qu’il aurait pu recevoir de l’augmentation prévue de l’activité ferroviaire.
*Paiement injustifié*
En avril 2022, le gouvernement, apparemment sensible aux revendications de Ravatomanga, lui a accordé un paiement supplémentaire significatif de 11 millions d’euros. Considérant cette décision injustifiée et même discutable, la Banque mondiale a décidé de mettre fin à ses projets de financement pour Madarail. Sa branche secteur privé, la Société financière internationale, alors en train de sélectionner les actionnaires pour les 75 % détenus par Sonapar, a également arrêté son projet.
Madarail n’a reçu aucun investissement depuis 2022 et a donc été contraint d’opérer sans fonds de roulement. L’activité a augmenté depuis 2019, mais reste à environ 165 000 tonnes annuelles.
Pour lancer un nouveau projet d’investissement financé par des bailleurs de fonds internationaux, Antananarivo doit trouver un ou plusieurs partenaires privés prêts à acquérir les 75 % de parts de Madarail et approuvés par la Banque mondiale. C’est pourquoi Mamy a poussé Dana Group à entrer dans la course, bien que l’entreprise ne soit pas encore en mesure de financer la transaction.
Ravatomanga n’a pas répondu aux demandes de commentaire d’Africa Intelligence.
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