Alors que la Présidence de la Refondation de la République de Madagascar a annoncé une opération d’assainissement des cités universitaires, il était temps. Ces lieux, censés héberger exclusivement des étudiants, sont depuis longtemps devenus un véritable business illégal, géré par des réseaux bien organisés mêlant associations étudiantes, responsables administratifs et même certains cadres universitaires.
Des foyers d’abus et de gaspillage
Les cités universitaires, subventionnées par l’État, représentent l’une des principales sources de surconsommation d’électricité et d’eau du pays. Puisque les services y sont gratuits, la majorité des occupants — souvent non étudiants — exploitent ces ressources sans aucune limite. On y trouve de tout : salons de coiffure, ateliers de fabrication de glace, cybercafés, épiceries, salons de thé, salles de jeux, et autres activités commerciales gourmandes en énergie et en eau.
Résultat : des milliards d’ariary de pertes chaque mois pour la JIRAMA.
Comment la combine fonctionne
Le système repose sur un trafic organisé autour de l’attribution des chambres universitaires.
En théorie, chaque chambre est enregistrée au nom d’un étudiant régulièrement inscrit à l’Université d’Antananarivo. En pratique, cet étudiant n’y met presque jamais les pieds.
Ce sont les associations étudiantes qui contrôlent tout le mécanisme :
- Elles recrutent un étudiant légalement inscrit, membre de leur association.
- Elles font enregistrer la chambre universitaire à son nom.
- Puis elles vendent la chambre à des individus non étudiants, souvent pour des sommes allant de 3 à 6 millions d’ariary, selon la taille et la localisation.
- L’argent de la vente est encaissé par l’association, parfois redistribué à quelques complices internes.
Lorsque l’étudiant au nom duquel la chambre est enregistrée termine ses études ou quitte l’université, l’association s’empresse de trouver un remplaçant dans ses rangs pour maintenir le contrôle de la chambre et continuer à en tirer profit.
Ainsi, des cités censées être des logements sociaux pour étudiants se transforment en un marché parallèle de l’immobilier universitaire, alimenté par la corruption et la complaisance de certains responsables.
Une chaîne de responsabilité bien installée
La combine ne s’arrête pas aux associations. Selon plusieurs témoignages, toute la hiérarchie est impliquée :
- Associations d’étudiants,
- Responsables du CROUA (Centre Régional des Œuvres Universitaires et Sociales),
- Responsables administratifs de l’Université,
- Et même des dirigeants au sein du ministère de l’Enseignement supérieur.
Une opération d’assainissement nécessaire
Face à cette situation, la décision de procéder à l’assainissement des cités universitaires est non seulement salutaire, mais aussi indispensable pour restaurer la crédibilité et la mission première de ces établissements : offrir un logement décent aux étudiants dans le besoin, et non enrichir un réseau parallèle de profiteurs.
Il reste maintenant à savoir si cette initiative sera menée jusqu’au bout — et si les responsables directs et indirects de ce trafic seront, cette fois, tenus pour comptables de leurs actes.






