À Madagascar, les affaires politico-financières s’entrecroisent souvent dans un brouillard d’intérêts, de privilèges et de silence institutionnel. Entre puissants opérateurs économiques mafieux, anciens présidents de la république, ministres et figures du barreau, se dessine un réseau où la loyauté politique et les alliances d’affaires semblent primer sur la redevabilité publique.
Des observateurs de la scène politique malgache s’interrogent aujourd’hui sur la porosité entre certaines sphères du pouvoir exécutif et des acteurs économiques à l’influence grandissante. Sous la présidence de Hery Rajaonarimampianina, plusieurs dossiers sensibles liés à des marchés publics, des transferts d’actifs et des acquisitions de véhicules officiels auraient échappé à tout contrôle parlementaire. Des documents internes mentionnent l’existence d’une quinzaine de véhicules 4×4 initialement destinés à la Présidence et dont la traçabilité reste floue. Si certaines sources, comme l’ancienne direction de la logistique de l’état, évoquent un usage personnel de ces biens, d’autres y voient le symptôme d’une gouvernance où les symboles de l’État deviennent des outils de récompense et de fidélité personnelle. Ces véhicules de marque NISSAN et HUTAI seraient déjà lapidés ou entre les mains d’anciens hommes de confiance du président Hery.
Au cœur de ce maillage opaque, des noms reviennent souvent : une avocate réputée pour son voyage aux 3 millions d’euros dans ses valises, des anciens hauts responsables de ministères stratégiques ayant détournés des milliards d’Ariary et qui sont accueillis de nouveau à bras ouverts sous couverts de victimes politiques, ou encore des intermédiaires proches des milieux politiques, qui sans vergogne, changent la couleur de leurs vestes. Ces profils naviguent entre les salons de la capitale et les couloirs du pouvoir, assumant des rôles-clés de conseillers, négociateurs ou défenseurs dans des affaires sensibles. Cette proximité alimente les soupçons d’une “mafia institutionnelle”, où le juridique sert parfois de bouclier à des opérations d’enrichissement ou de protection mutuelle. Dans un tel contexte, le Pôle Anti-Corruption (PAC) apparaît comme la dernière digue contre l’impunité. Mais pour être crédible, le PAC doit s’affranchir des pressions politiques et rouvrir certains dossiers sensibles restés en suspens. Car la confiance du citoyen repose sur une seule certitude : celle que la loi s’applique à tous, y compris aux anciens dirigeants, aux opérateurs intouchables et à leurs alliés.
Plus que jamais, l’appel à la refondation morale est lancé, la lutte contre les pratiques mafieuses nécessite un sursaut éthique et institutionnel. Les Malgaches n’attendent plus des promesses, mais des actes : restitution des biens publics détournés, ouverture des enquêtes sur les circuits d’argent occulte, et protection des magistrats qui osent s’y attaquer.
Refonder l’État, c’est aussi rompre avec la culture de l’impunité et du silence.
Dans ce pays où les coffres-forts ont meilleure mémoire que la justice, il ne reste qu’un espoir : que le vent de la refondation souffle assez fort pour soulever les tapis sous lesquels les élites ont longtemps balayé leurs affaires.
Car à force de protéger les puissants, c’est la République elle-même qu’on laisse sans défense.





