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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Le prochain Premier Ministre doit être un homme d’État économique

La gazette de la grande île
10/03/20266 minute read

À l’heure actuelle, les consultations se succèdent au Palais de la Refondation. Les délégations politiques entrent, sortent, proposent des noms, testent des équilibres, négocient des postes. La scène semble familière, presque routinière. Pourtant, ce ballet protocolaire ne cache pas la réalité brutale, que nous nous trouvons au bord d’une rupture économique structurelle. Pendant que les politiques discutent de coalition, de majorité et d’équilibre institutionnel, notre économie, elle, ne négocie pas. Elle s’impose. Elle se rappelle chaque jour dans la vie quotidienne par l’instabilité des prix des denrées, l’instabilité énergétique, le pouvoir d’achat en recul, les investissements qui hésitent et les infrastructures qui stagnent. La question du prochain Premier Ministre n’est donc pas une question de protocole politique, c’est une question de survie économique nationale.

Depuis des années, nous fonctionnons selon un modèle politique fragile. Les gouvernements se succèdent, souvent construits sur des équilibres politiques temporaires, sans véritable stratégie économique structurée. Les ministres changent, les programmes se répètent, les discours promettent des réformes, mais le socle économique reste le même : dépendance extérieure, faiblesse industrielle, agriculture vulnérable et monnaie fragile. Dans ce contexte, la nomination du prochain chef du gouvernement ne peut plus être une simple récompense politique ou un compromis entre factions. Le prochain Premier Ministre doit être choisi sur la base d’une compétence rare et devenue indispensable : la maîtrise simultanée de la diplomatie politique et de l’économie souveraine. Madagascar a besoin d’un Premier Ministre qui ait une expérience réelle du pouvoir économique, quelqu’un qui ait déjà occupé des fonctions de souveraineté dont la gestion des finances publiques, le pilotage de politiques économiques nationales, les négociations internationales majeures, les relations avec les institutions financières et les puissances économiques. Autrement dit, une personnalité maitrisant la haute finance, ayant une expérience des périodes de transition et capable de rassembler l’ensemble des forces publiques. Car aujourd’hui, la bataille que Madagascar doit mener n’est pas seulement administrative, elle est géopolitique et monétaire.

Notre « Ariary » reste l’une des monnaies les plus vulnérables de la région. Sa stabilité dépend encore largement de flux extérieurs, des recettes d’exportation et de l’équilibre fragile des réserves de devises. Dans un monde où l’économie se restructure autour de nouveaux blocs monétaires, Madagascar ne peut plus rester un simple spectateur. La planète entre progressivement dans une ère de « multimonétarité ». Le dollar reste dominant, mais d’autres monnaies gagnent du terrain : le Yuan chinois, le Rouble russe, la Roupie indienne. Les grandes puissances émergentes construisent progressivement des circuits commerciaux qui contournent les mécanismes traditionnels dominés par l’Occident. Madagascar, stratégiquement placé dans l’océan Indien, pourrait tirer avantage de cette transformation. Mais pour cela, il faut un gouvernement capable de penser au-delà des réflexes diplomatiques hérités de l’histoire coloniale française et des habitudes administratives. Il faut quelqu’un qui comprenne que la diplomatie moderne est devenue une diplomatie économique. Le Premier Ministre moderne doit être capable de négocier des accords stratégiques avec les puissances émergentes : la Chine pour les infrastructures et les circuits industriels, l’Inde pour les industries pharmaceutiques et les technologies, la Russie pour les secteurs énergétiques et miniers, tout en maintenant des relations économiques solides avec l’Europe et les partenaires traditionnels. Ce n’est plus une question d’alignement idéologique. C’est une question d’ « intelligence stratégique ». Le futur Premier ministre doit donc être bien plus qu’un administrateur. Il doit être un stratège économique, capable de comprendre les mécanismes financiers internationaux, de structurer une politique industrielle, de sécuriser la monnaie nationale et d’ouvrir des corridors économiques vers les puissances émergentes. Autrement dit, Madagascar n’a pas besoin d’un Premier Ministre de transition. Madagascar a besoin d’un Premier Ministre d’époque. Un homme ou une femme ayant déjà navigué dans les cercles du pouvoir, ayant dirigé des institutions stratégiques, maîtrisant les équilibres politiques internes et disposant de relations internationales solides avec les nouvelles puissances économiques du monde. Car l’heure n’est plus aux apprentissages ni aux improvisations. Le prochain chef du gouvernement devra immédiatement s’attaquer aux grands dossiers qui détermineront l’avenir du pays : stabilisation durable de l’Ariary par la formalisation de sa convertibilité avec les monnaies en puissance, l’attractivité des investissements, l’industrialisation progressive, la sécurisation énergétique, l’intégration dans les nouveaux circuits économiques internationaux. Et surtout, il devra redonner à Madagascar ce qui lui manque le plus aujourd’hui : une direction économique claire. Car la véritable crise malgache n’est pas seulement politique. Elle est stratégique. Et si le choix du prochain Premier ministre se limite encore à des calculs de circonstances, à des équilibres de pouvoir ou à des fidélités partisanes, alors Madagascar continuera à tourner dans le même cercle : consultations, nominations, remaniements, crises… sans jamais attaquer la racine du problème.

La convertibilité de notre Ariary est géopolitiquement pertinente. Aujourd’hui l’économie mondiale se fracture. Trois blocs monétaires apparaissent : Bloc dollar, Bloc yuan, Bloc monnaies alternatives (BRICS). La monnaie chinoise, le Renminbi (yuan), est déjà utilisée dans certains circuits commerciaux internationaux entre Madagascar et la Chine. Les taux de change existent déjà entre l’Ariary et le Yuan sur les marchés financiers. Mais ces échanges restent informels ou indirects, aucune architecture monétaire stratégique n’existe. La vraie stratégie monétaire est possible en adoptant une stratégie en trois cercles. L’Ariary souverain interne est utilisé pour les salaires, la fiscalité et le commerce national. L’effectivité et la formalisation de la convertibilité multidevise en autorisant officiellement l’Ariary en Yuan et en Rouble avec des accords bilatéraux solides et équilibrés. Et enfin, la mise en place d’une chambre de compensation internationale par la création d’une plateforme de règlement des échanges : Chine, Russie, Inde, Afrique. Cela existe déjà dans plusieurs pays émergents. La seule stratégie crédible de notre sortie de crise économique est la diplomatie multilatérale offensive. Ainsi, qui aura le courage de transformer Madagascar d’un État politique en État économique ? Car aucun pays ne survit longtemps sans stratégie économique … souveraine.

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