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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Cuisson propre : Le fiasco de l’éthanol de Mialy Rajoelina refait surface

La gazette de la grande île
07/06/20263 minute read
Dès le lancement, des sommes colossales se chiffrant en milliards d'ariary ont été débloquées par l'État pour financer les infrastructures.

L’annonce récente du lancement de l’appel à candidatures pour le projet Famokarana Masantsana 2030 – porté par INDRI, AfroClimate et la MCCI pour soutenir les entrepreneurs de la cuisson propre – vient opportunément rappeler l’urgence environnementale à Madagascar. Face aux ravages du charbon de bois sur nos forêts, la recherche de solutions alternatives reste une priorité absolue. Pourtant, cette énième initiative privée et citoyenne réveille inévitablement un goût amer au sein de l’opinion publique, en agissant comme un miroir tendu vers les promesses non tenues de l’ancien régime. Elle relance une question brûlante : qu’est devenu le grand projet étatique « Malagasy Ethanol », annoncé en grande pompe il y a sept ans, et où en sont les enquêtes sur la gestion des deniers publics ?

Pour comprendre le scepticisme actuel, il faut remonter à mars 2019. Mialy Rajoelina, première dame de l’époque, à travers son association Fitia, posait alors la première pierre de ce qui devait être la toute première usine de production de bioéthanol à Ambilobe. L’ambition affichée était noble : offrir un combustible alternatif pour freiner la déforestation massive.

Mais derrière les projecteurs et la communication officielle, la réalité du terrain est restée désespérément vide. Dès le lancement, des sommes colossales se chiffrant en milliards d’ariary ont été débloquées par l’État pour financer les infrastructures. Sept ans plus tard, le constat est sans appel : l’usine n’a jamais dépassé le stade des fondations initiales. Si la crise sanitaire a un temps bon dos pour justifier les lenteurs, l’arrêt total et définitif du chantier a rapidement transformé cette promesse environnementale en ce que la presse locale et les observateurs considèrent aujourd’hui comme l’un des plus grands détournements de fonds publics de la Grande Île. Le recours systématique à des structures associatives proches du pouvoir pour justifier le déblocage de fonds étatiques est une nouvelle fois pointé du doigt.

Face à ce chantier fantôme et à ces milliards évaporés, le silence des institutions de contrôle interroge. Où est la Cour des Comptes ? Pourquoi les rapports peinent-ils à déboucher sur des actions concrètes face à ce projet et à tant d’autres qui ont jalonné les années passées ? À Madagascar, la Haute Cour de Justice (HCJ) et le Bureau Indépendant Anti-Corruption (BIANCO) sont régulièrement saisis, mais les procédures s’enlisent souvent dans les méandres administratifs et les protections politiques, laissant la population avec un sentiment d’impunité totale pour les dirigeants.

Alors que le pays traverse une phase de transition, la question des mesures prises vis-à-vis des hauts dignitaires et des « grands voleurs » de la période précédente devient cruciale. Si le pôle anti-corruption (PAC) et le Bianco affichent régulièrement des ouvertures d’enquêtes ou des gels d’avoirs, les condamnations de premier plan restent rares, souvent perçues comme sélectives ou freinées par des questions d’immunité. La reddition de comptes, pourtant essentielle pour restaurer la confiance des citoyens et des bailleurs de fonds internationaux, tarde à se concrétiser de manière transparente.

Pendant que les institutions de contrôle cherchent encore leur second souffle, le salut de la transition énergétique malgache semble, une fois de plus, reposer sur les épaules du secteur privé et des ONG. Mais sans une justice financière implacable pour punir les détournements passés, les initiatives comme Famokarana Masantsana 2030 risquent de n’être que de fragiles pansements sur une plaie béante.

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