La Direction Générale des Impôts (DGI) a tranché : le 15 juillet marquera le retour de la taxe annuelle sur les véhicules à moteur. Face à la grogne des automobilistes, aucun média malgache n’a pris le temps d’enquêter. La presse locale se contente de relayer la colère ou l’info brute, sans jamais expliquer la mécanique de ce barème qui fait polémique. Pourquoi matraquer une vieille Peugeot ou un Sprinter de plus de 20 ans à hauteur de 340 000 Ariary, pendant qu’un SUV électrique ne paiera qu’une miette de 5 000 Ariary ? Ce n’est pas un bug administratif, c’est une stratégie fiscale froide et calculée. Décryptage :
- Véhicules anciens : Le prix fort pour les « passoires »
Pour le contribuable, un véhicule qui perd de sa valeur devrait être moins taxé. Pour l’État, c’est l’inverse : c’est le principe du pollueur-payeur.
- Le coût sanitaire : Les vieux moteurs thermiques qui saturent Antananarivo n’ont aucune norme anti-pollution. Ils rejettent des tonnes de particules fines. L’État surtaxe ces véhicules pour compenser ce qu’ils coûtent en dépenses de santé publique.
- Le coût routier : Un parc vieillissant, ce sont des pannes constantes qui paralysent l’économie dans les embouteillages, des accidents par défaillance technique, et une surconsommation de carburant. La taxe forte est une incitation financière à envoyer ces véhicules à la casse.
- Véhicules neufs : La prime à l’efficience
Les modèles de moins de 5 ans s’en sortent beaucoup mieux. La raison est simple : ils polluent deux à trois fois moins et tombent plus rarement en panne.
De plus, il n’y a pas de cadeau fiscal réel. Si la taxe annuelle est basse, l’État s’est déjà grassement servi au cordon douanier lors de l’importation, en prélevant la TVA et les droits de douane sur la valeur d’origine du véhicule neuf.
- L’électrique : L’arme anti-pétrole
C’est le grand gagnant du barème, avec des tarifs dérisoires. Pourquoi un tel privilège ?
- La guerre des devises : Madagascar importe 100% de ses hydrocarbures, ce qui vide les réserves de la Banque Centrale et asphyxie notre balance commerciale. Pousser vers l’électrique, c’est couper le cordon avec les pays pétroliers.
- Le choc d’incitation : Faute de bornes de recharge et face à des prix d’achat prohibitifs, personne ne passerait à l’électrique. L’État supprime la taxe pour forcer le marché et obliger les concessionnaires à importer ces technologies.
Le verdict
Cette nouvelle « vignette » n’est pas qu’une simple pompe à fric pour renflouer les caisses publiques. C’est un outil de sélection naturelle pour le parc automobile national : étouffer l’ancien pour forcer la modernisation.
Mais la vraie faille est ailleurs : dans un pays où le pouvoir d’achat est à genoux, comment l’État peut-il exiger des transporteurs et des ménages qu’ils achètent du neuf quand ils ont à peine de quoi payer le carburant ? La logique fiscale est impeccable, sa réalité sociale l’est beaucoup moins.






