L’annonce de la rupture entre l’ex-filiale de sécurité de Mamy Ravatomanga et le groupe français Amarante International ne résonne pas uniquement comme un simple différend commercial. Pour de nombreux observateurs de la vie publique malgache, ce divorce tardif force à regarder de plus près ce qui s’est réellement joué depuis 2020 dans les coulisses de nos infrastructures aéroportuaires.
Au-delà des communiqués officiels sur les standards de sécurité, une question beaucoup plus dérangeante émerge : l’accès exclusif à la gestion de cinq grands aéroports du pays n’était-il pas, avant tout, l’outil ultime pour garantir une totale impunité au clan Ravatomanga ?
Le contrôle des frontières, le maillon faible du rêve malgache
À Madagascar, la maîtrise des pistes d’atterrissage et des zones d’embarquement est le graal absolu pour quiconque souhaite faire transiter des marchandises ou des capitaux loin des regards indiscrets. En s’associant à un géant international de la sécurité comme Amarante pour cogérer la sécurité aéroportuaire, l’écosystème Sodiat s’offrait une couverture parfaite.
Pour les critiques du régime déchu, cette alliance n’avait rien d’anodin. Elle interroge sur la mise en place d’un système de passe-droits institutionnalisé :
- Des va-et-vient sans fouilles : Comment s’assurer que l’homme d’affaires, ses proches et ses partenaires politiques de l’époque puissent circuler à bord de jets privés sans subir les contrôles douaniers et policiers imposés au commun des mortels ? En contrôlant l’entreprise qui gère la sécurité au sol, la réponse devient évidente.
- Le spectre des trafics illicites : Bois de rose, or, devises… les suspicions de fuites de richesses nationales empoisonnent l’économie malgache depuis des années. Avoir la haute main sur la sécurité des terminaux permettait, sur le papier, de neutraliser le premier rideau de surveillance et de faciliter l’entrée ou la sortie de cargaisons sensibles sans aucun contrôle effectif.
L’ironie du jet privé et la fin de l’impunité
Les événements récents de la fin d’année 2025 ont donné un relief particulier à ces accusations. C’est précisément à bord d’un jet privé de sa propre compagnie (Trans Ocean Airways) que Mamy Ravatomanga a fui vers l’île Maurice en pleine crise politique, échappant temporairement aux mailles du filet à Madagascar avant d’être rattrapé par la justice mauricienne et Interpol.
Cette fuite aérienne spectaculaire a fini de convaincre l’opinion publique que les aéroports malgaches servaient de couloirs privés pour l’élite financière et politique.
Amarante International : Une rupture pour sauver les meubles ?
Face aux enquêtes internationales pour blanchiment de capitaux, trafic d’influence et l’affaire retentissante des Boeing transférés illégalement vers l’Iran, le partenaire français Amarante International ne pouvait plus fermer les yeux.
Cette rupture soudaine ressemble fort à une opération de nettoyage pour la firme française. Rester lié à une structure locale historiquement conçue pour servir de paravent ou de facilitateur à un magnat aujourd’hui déchu était devenu intenable.
Pour les citoyens malgaches, ce nettoyage industriel laisse une certitude : la gestion de la sécurité de nos frontières aériennes doit impérativement redevenir une prérogative d’État, transparente et incorruptible, pour que nos aéroports cessent d’être les portes de sortie privilégiées des fortunes illicites.






