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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Nouvelle ville : la rigueur avant le « werawera »

La gazette de la grande île
19/08/20264 minute read
En privilégiant les études de faisabilité et la recherche de partenariats financiers solides au spectacle médiatique, le gouvernement montre qu'une nouvelle ville ne se bâtit pas sur des discours, mais sur des fondations financières et techniques rigoureuses

Antananarivo étouffe. Entre une explosion démographique galopante, une saturation extrême du réseau routier et un manque criant d’infrastructures de base, la capitale malgache est à bout de souffle. Face à cette urgence urbaine, le ministère de l’Aménagement du territoire remet sur la table l’idée d’un nouveau pôle urbain, cette fois-ci en lorgnant du côté de l’expertise égyptienne. Mais si le projet rappelle par certains aspects les rêves de grandeur du passé, sa démarche marque une rupture radicale avec les méthodes d’antan.

Aujourd’hui, vivre ou circuler dans le Grand Antananarivo relève du parcours du combattant. Pensée à l’origine pour une population restreinte, la ville accueille aujourd’hui plusieurs millions d’habitants. Le constat est sans appel : embouteillages monstres à toute heure, dégradation du cadre de vie, pression foncière intenable et insalubrité grandissante.

Créer un nouveau pôle urbain n’est plus un simple luxe architectural ou un coup de communication, c’est une exigence stratégique pour désengorger la capitale et offrir une véritable bouffée d’air frais aux usagers et aux habitants. L’objectif affiché est d’alléger la pression qui pèse sur l’hypercentre en déportant une partie des activités et des logements vers une zone moderne, structurée et pensée pour l’avenir.

L’expertise égyptienne : un modèle de gigantisme urbain

Pour concrétiser cette vision, les autorités malgaches se tournent vers l’Égypte. Le choix est loin d’être anodin : Le Caire a su faire sortir de terre sa nouvelle capitale administrative en plein désert pour désengorger sa propre métropole historique. L’Égypte dispose ainsi d’un savoir-faire technique et d’une expérience éprouvée en matière de grands travaux d’urbanisme.

Les échanges récents entre les diplomates égyptiens et les responsables de l’aménagement du territoire portent sur la mise en place d’un partenariat capable de transposer ces compétences à la réalité malgache.

Finis les « werawera » : l’étude de faisabilité avant le premier coup de pioche

La grande différence entre ce projet et les initiatives précédentes réside dans l’approche méthodologique. Sous le régime de Rajoelina, la politique des infrastructures était marquée par le « werawera » : des annonces intempestives, des maquettes futuristes en 3D projetées en grand pompe, des lancements de chantier précipités avant même que les bases juridiques, foncières et financières ne soient consolidées. Résultat ? Des projets mort-nés, étouffés dans l’œuf par le manque de viabilité économique, des conflits fonciers à répétition et l’absence d’investisseurs réels.

Cette fois, la démarche semble inversée et plus pragmatique :

  1. La viabilité financière d’abord : Les discussions actuelles mettent un point d’honneur à définir la participation des investisseurs privés et les mécanismes de financement avant toute promesse publique. L’objectif est d’éviter d’endetter l’État ou de bloquer le budget national sur des mirages.
  2. L’étude de faisabilité technique : Évaluer le coût réel, la topographie, l’impact environnemental et la viabilité des réseaux (eau, électricité, assainissement) constitue le préalable indispensable.
  3. La sécurité foncière et légale : Contrairement aux expropriations sauvages ou contestées du passé, l’accent est mis sur le respect strict de la législation en vigueur et la sécurisation des droits fonciers avant tout déploiement.

S’il est encore trop tôt pour crier victoire, ce changement de doctrine insuffle un vent de sérénité dans le débat sur l’aménagement du territoire. En privilégiant les études de faisabilité et la recherche de partenariats financiers solides au spectacle médiatique, le gouvernement montre qu’une nouvelle ville ne se bâtit pas sur des discours, mais sur des fondations financières et techniques rigoureuses.

Si ces discussions avec l’Égypte aboutissent à des engagements financiers concrets, Antananarivo pourrait enfin entrevoir le bout du tunnel et retrouver un souffle qui lui manque depuis trop longtemps.

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