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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Pour une République malagasy ouverte au monde, mais fidèle à elle-même.

La gazette de la grande île
19/08/20264 minute read

Ma contribution citoyenne au débat sur la Refondation. Elle part d’une interrogation simple : dans ce monde du XXIᵉ siècle, comment Madagascar peut-il être pleinement ouvert au monde sans perdre ce qui fait son identité ?

Pour une République malagasy ouverte au monde, mais fidèle à elle-même.

La décision du Président de la Refondation d’inviter les agents de la fonction publique à porter, chaque vendredi, une tenue traditionnelle malagasy constitue un geste symbolique fort. Elle vise à remettre en valeur notre culture et à rappeler que l’identité nationale doit avoir toute sa place dans la construction de la République. Cette initiative peut être l’occasion d’une réflexion plus large sur notre rapport à la culture dans un monde de plus en plus interconnecté.

Il ne faut pas non plus mal interpréter cette initiative en l’assimilant à un nationalisme extrême. Aimer et valoriser sa culture ne signifie ni rejeter les autres ni se croire supérieur à eux. Le patriotisme culturel consiste à connaître son histoire, à préserver son identité et à transmettre ses valeurs. Le nationalisme extrême, au contraire, conduit au rejet et à l’exclusion. Être fier d’être Malagasy ne signifie pas se fermer au monde.

Nous vivons en effet dans un monde interconnecté. La mondialisation a permis aux peuples de communiquer, d’échanger, d’apprendre et d’accéder à de nouvelles opportunités. Mais elle produit également une forme d’homogénéisation culturelle. Les mêmes images, les mêmes modes de consommation, les mêmes modèles de réussite et, progressivement, les mêmes références culturelles circulent partout. Les réseaux sociaux accélèrent considérablement ce phénomène, particulièrement auprès de la jeunesse.

Le problème n’est évidemment pas de rejeter la mondialisation. Madagascar ne peut ni ne doit vivre en dehors du monde. La véritable question est plutôt de savoir comment participer à la mondialisation sans perdre notre capacité à être nous-mêmes.

Notre diversité culturelle constitue à cet égard une richesse considérable. Nos langues, nos traditions, nos savoirs, notre musique, notre littérature, notre artisanat, nos patrimoines et nos différentes expressions culturelles ne doivent pas être considérés comme des vestiges du passé. Ils peuvent devenir des ressources pour l’éducation, le développement économique, le tourisme, les industries créatives et surtout pour la cohésion nationale.

Il nous faut donc passer d’une simple logique de préservation de la culture à une véritable politique de souveraineté culturelle.

Cela signifie notamment donner une place plus importante à la culture et aux langues dans l’éducation, valoriser les créateurs malagasy, développer les contenus numériques produits à Madagascar et permettre à notre jeunesse d’être à la fois enracinée dans son identité et capable de dialoguer avec le monde.

La tenue traditionnelle du vendredi peut ainsi être davantage qu’un symbole vestimentaire. Elle peut contribuer à réhabiliter la fierté culturelle, à condition qu’elle s’inscrive dans une démarche plus globale de transmission, de création et de valorisation de notre patrimoine.

La République doit également reconnaître que l’unité nationale ne signifie pas l’uniformité culturelle. Nous pouvons être une Nation unie tout en assumant la diversité de nos territoires, de nos histoires et de nos expressions culturelles. Cette diversité, lorsqu’elle est respectée et partagée, peut devenir un facteur d’unité plutôt qu’un facteur de division.

La Refondation devrait ainsi inscrire la culture parmi les fondements du nouveau pacte républicain. Elle doit permettre à chaque citoyen de se sentir pleinement Malagasy tout en étant pleinement citoyen du monde.

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre tradition et modernité, ni entre identité et mondialisation. Il s’agit de construire une modernité malagasy, ouverte sur le monde mais construite à partir de nous-mêmes.

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