De la réforme à la performance : le temps des résultats pour l’administration publique malgache
L’Assemblée nationale malgache est en reunion en session extraordinaire . Sept projets de loi figurent à l’ordre du jour de cette séance.
Cette actualité rappelle une réalité essentielle : faire évoluer le cadre légal est indispensable, mais cela ne suffit pas à transformer concrètement la vie des citoyens. Le contexte actuel impose de passer aux résultats.
Car un État efficace ne se mesure pas uniquement au nombre de lois adoptées, de programmes lancés ou de structures créées. Il se mesure surtout à sa capacité à produire des résultats concrets pour la population.
Depuis plusieurs années, les Malagasy entendent parler de réformes, de modernisation, de transformation et de refondation. Ces démarches sont nécessaires. Mais une question devient désormais incontournable :
Quels résultats concrets les citoyens peuvent-ils constater ?
Les attentes sont fortes : des services publics plus rapides, plus accessibles, plus fiables, plus transparents et davantage orientés vers les besoins de la population.
Il est donc temps de passer d’une logique de réformes annoncées à une véritable culture de la performance et des résultats.
Mettre en place un système intégré de gestion de la performance
Dans le cadre de la refondation de l’État, la construction d’institutions efficaces, inclusives et responsables constitue une priorité.
Madagascar gagnerait à mettre progressivement en place un système intégré de gestion de la performance de l’administration publique.
Chaque ministère, direction et service devrait disposer d’objectifs clairs, mesurables et directement liés à sa mission. Ces objectifs devraient être suivis à travers des indicateurs simples et pertinents : délais de traitement, qualité des prestations, volume de services rendus, taux d’exécution, satisfaction des usagers, traitement des réclamations ou encore respect des engagements de service.
La performance doit être évaluée à chaque niveau de l’administration :
- Institution : atteint-elle les objectifs fixés par l’État ?
- Services : remplissent-ils efficacement leurs missions ?
- Équipes : atteignent-elles les objectifs et les délais fixés ?
- Agents : quels résultats obtiennent-ils dans l’exercice de leurs responsabilités ?
Ainsi, la performance de chaque agent contribue à celle de son équipe, de son service et, finalement, de l’institution.
Chaque agent doit ainsi comprendre ce que l’État attend de lui et comment son travail contribue aux objectifs de son service et aux priorités nationales.
Passer d’une culture de présence à une culture de résultats
L’un des changements les plus importants consiste à faire évoluer progressivement la culture administrative.
Être présent au travail ne signifie pas nécessairement être performant. Or, dans certains dispositifs de carrière de la fonction publique, la progression des agents reste fortement liée à l’ancienneté et au grade, avec un lien encore limité avec les résultats effectivement obtenus dans l’accomplissement de leurs missions.
Cette situation peut, malgré elle, entretenir une culture où le temps passé dans l’administration est davantage valorisé que la valeur produite pour le citoyen.
L’enjeu n’est évidemment pas de remettre en cause les droits statutaires des fonctionnaires, mais de faire évoluer le système vers davantage de responsabilité et de reconnaissance du mérite.
C’est précisément là que le système intégré de gestion de la performance prend tout son sens.
Il devrait permettre de définir, pour chaque fonction, des objectifs clairs et mesurables, d’évaluer régulièrement les résultats obtenus et de disposer d’un historique objectif de la performance de l’agent.
Ces données pourraient progressivement être prises en compte dans la gestion des carrières, la formation, la reconnaissance du mérite, les responsabilités confiées et, lorsque le cadre juridique le permet, la progression professionnelle.
Il ne suffit donc plus de demander :
« Combien d’années cet agent a-t-il passé dans l’administration ? »
Il faut également pouvoir demander :
« Quels résultats a-t-il obtenus dans l’accomplissement de sa mission de service public ? »
L’objectif n’est pas de transformer la fonction publique en système de compétition permanente. Il s’agit de reconnaître que la responsabilité, la qualité du travail, l’intégrité, l’innovation et les résultats doivent également compter dans la carrière d’un agent public.
Mesurer pour améliorer, pas seulement pour sanctionner
La gestion de la performance ne doit pas devenir un nouvel outil de sanction. Elle doit avant tout servir à améliorer la gestion publique.
Lorsqu’un objectif n’est pas atteint, il faut comprendre pourquoi : manque de compétences, moyens insuffisants, procédures complexes, mauvaise organisation, problèmes de management ou responsabilité individuelle.
Cette approche permet de corriger les écarts, de renforcer les compétences et d’accompagner les agents, tout en responsabilisant ceux qui doivent l’être.
La performance doit donc devenir un outil de management, de reconnaissance et de transformation de l’administration.
Le citoyen doit être au cœur de la performance
La performance de l’administration ne peut pas être définie uniquement depuis les bureaux de l’État. Elle doit également être appréciée par ceux qui utilisent les services publics : les citoyens.
Des enquêtes de satisfaction, des mécanismes de réclamation, le suivi des délais et la publication d’indicateurs permettraient de répondre régulièrement à une question simple :
« Le citoyen est-il mieux servi qu’avant ? »
Le numérique peut également jouer un rôle majeur en permettant de suivre les objectifs, les résultats et les écarts à travers des tableaux de bord accessibles aux responsables publics.
La performance publique au service de la prospérité
Une administration efficace facilite l’activité économique, améliore l’environnement des affaires, renforce la confiance et permet aux citoyens d’accéder plus facilement aux services essentiels.
Lorsque l’administration fonctionne mieux, c’est toute la société qui en bénéficie : les entreprises disposent d’un environnement plus prévisible, les investissements peuvent être facilités et de nouvelles opportunités économiques et professionnelles peuvent émerger.
La performance publique n’est donc pas seulement une question administrative.
Elle constitue une condition de la transformation économique et sociale de Madagascar.
Le temps des résultats est venu
Madagascar n’a pas seulement besoin de nouvelles réformes. Le pays a besoin de résultats visibles, mesurables et durables.
La refondation de l’État doit donc s’accompagner d’un véritable changement de culture : passer d’une administration qui rend compte principalement de ses activités à une administration qui rend compte de ses résultats.
Chaque fonctionnaire doit savoir ce que l’État attend de lui. Chaque responsable doit pouvoir mesurer les résultats de son service.
Et chaque citoyen doit pouvoir constater l’amélioration du service public.
La question n’est donc plus seulement :
« Quelles lois avons-nous adoptées ? Quelles réformes avons-nous engagées ? »
Mais surtout :
« Quels résultats avons-nous obtenus pour les Malagasy ? »
C’est à cette condition que la refondation pourra dépasser le stade des annonces et devenir une transformation réelle de l’État.
Le temps des réformes doit désormais laisser place au temps des résultats.





