Près d’un an après la fuite express de Mamy Ravatomanga vers l’île Maurice le 11 octobre, nous éclaircissons les zones d’ombre, démontrant l’ampleur d’une administration sous influence. Selon l’Aviation Civile de Madagascar (ACM), cet envol s’est fait de manière rocambolesque : un départ nocturne depuis l’aéroport international d’Ivato, sans plan de vol officiel ni autorisation de sortie.
À bord de cet appareil fantôme, une liste de passagers bien ciblée : Mamy Ravatomanga lui-même, accompagné de Louis Christian Ntsay, ainsi que des membres de sa famille (Rakotoniary épouse Ravatomanga Ramy Nivo Haingonirina, Ramy Mialy Tiana Ravatomanga et Aina Fenosoa Ravatomanga).
Comment un avion a-t-il pu s’arracher du tarmac malgache en toute illégalité et sans la moindre entrave ? La réponse tient en un nom : Christian Ntsay.
Resté retranché à Mahazoarivo pendant plus de sept ans, un record absolu de longévité sous la Quatrième République, Christian Ntsay n’a pas seulement gouverné : il a patiemment administré la prise de contrôle du pays par les intérêts privés. En se maintenant au poste de Premier ministre sous deux présidences successives (depuis Hery Rajaonarimampianina en 2018 jusqu’aux mandats d’Andry Rajoelina), il a incarné l’homme de paille idéal, le rouage permanent qui garantissait l’immunité et la continuité des affaires de Mamy Ravatomanga, peu importe les urnes ou les prétendus changements politiques.
À partir de 2019, la machine s’emballe et atteint son paroxysme. Le duo s’organise de manière chirurgicale pour verrouiller le pays :
Au sommet de l’État : Andry Rajoelina occupe la vitrine politique et médiatique, concentré sur la communication et la gestion de façade du pays.
Aux manettes de la machinerie : Christian Ntsay, solidement ancré à la Primature, pilote l’appareil bureaucratique, gère les nominations stratégiques et neutralise toute velléité de contrôle ou de résistance institutionnelle.
Ravatomanga disposait ainsi de ses deux marionnettes au sommet de l’État, transformant la République en une vaste entreprise de prédation.
Au fil des ans, le véritable danger de cette emprise ne résidait pas seulement dans les hautes sphères politiques, mais dans la colonisation méthodique de l’administration publique.
Par un système de choix mutuel et de placement de fidèles à des postes clés, le réseau de Ravatomanga a réussi à s’accaparer les rouages vitaux de la nation :
Les Ministères clés : Les départements ministériels névralgiques ont été muselés ou transformés en chambres d’enregistrement, où les dossiers sensibles étaient discrètement étouffés et les contrats taillés sur mesure.
Les Centres Fiscaux : Érigés en zones de non-droit pour les proches du système, les services des impôts ont fonctionné à géométrie variable, exemptant les réseaux mafieux de toute contribution tout en asphyxiant l’économie réelle.
Les Douanes : Véritable nerf de la guerre des flux illicites, l’administration douanière a été placée sous tutelle tacite. Des aéroports comme celui d’Ivato aux frontières maritimes, les agents et les forces de l’ordre, tétanisés par la peur de sanctions hiérarchiques ou corrompus par la promesse d’impunité, ont appris à fermer les yeux. C’est cette soumission généralisée de l’administration qui a permis aux cargaisons, aux capitaux et aux avions de circuler sans le moindre contrôle, institutionnalisant le pillage à grande échelle.
Des années de passe-droit institutionnalisé
Ce vol clandestin n’est que la partie émergée de l’iceberg. Durant des années, Christian Ntsay a joué le rôle de bouclier politique et administratif pour le magnat des affaires.
Sous sa houlette, l’appareil étatique a été mis au service d’un réseau opaque. Les flux d’avions liés aux différents trafics ont pu transiter en toute impunité, bénéficiant d’une garantie totale : l’interdiction tacite de fouiller, d’inspecter ou de questionner. C’est grâce à cette protection au sommet que la machine s’est nourrie, pillant les ressources du pays sous le regard complice de l’exécutif.
La fuite de Mamy Ravatomanga restera comme le symbole suprême d’une République confisquée, où un chef de gouvernement a préféré se faire le complice d’un fugitif plutôt que de défendre la souveraineté de sa nation.
Prochainement…
L’impunité ne durera pas. Nous reviendrons très prochainement avec un dossier exclusif et fouillé concernant les autres passagers de ce vol controversé, en mettant notamment en lumière le rôle et l’implication des fils de Mamy Ravatomanga dans cette affaire. Restez connectés.






