Le séisme politique qui vient de dégager le PM mauricien Pravind Jugnauth, va-t-il avoir des répliques à Madagascar ?
Dimanche dernier, les Mauriciens ont voté massivement, avec un taux de participation voisin de 80%. Lundi 11 novembre 2024, le PM Pravind Jugnauth a reconnu la victoire de l’opposition « Nous allons vers une défaite, et c’est encore plus clair que l’Alliance Lepep (dirigée par lui) va vers une grande défaite pour l’ensemble. La population a choisi une autre équipe. Je lui souhaite bonne chance« .
Ce séisme politique aura-t-il des répliques à Madagascar, au vu des relations Jugnauth/ Rajoelina/ Ravatomanga ?
Affaire appartements parisiens de PB, alias Président Bis ou Pierre Bleue
Rappelons que le PNF (Parquet National Financier français) avait classé en août 2023 l’affaire Ravatomanga et ses appartements à Levallois, sur des faits de blanchiment en bande organisée, de corruption d’agent public, trafic de bois de rose et fraude fiscale. Cette décision avait été justifiée par le PNF en raison d’une « infraction insuffisamment caractérisée« .
Le PNF n’avait pas pu obtenir la coopération des autorités mauriciennes pour remonter l’origine des 4,5 millions d’euros (22 milliards ariary) déboursés pour l’achat de plusieurs biens immobiliers en France.
Le PNF avait demandé l’entraide judiciaire aux autorités malgaches, le dossier incluant un témoignage de Rolly Mercia. Le nom de ce dernier n’avait pas été rendu anonyme, comme le veut la pratique. Une « maladresse » voulue par le PNF ?
Cette affaire va-t-elle pouvoir rebondir après la défaite électorale de l’équipe dirigeante actuelle de Maurice ? Peut-être grâce au cabinet d’avocats réputé William Bourdon qui défend Rolly Mercia !
Rappelons l’extrait d’un article de notre confrère Africa Intelligence paru le 19 avril 2019, quelques mois après l’investiture de TGV (Tandrametaka Gaboraraka Vendrana) : « A Maurice, il (Mamy Ravatomanga) bénéficie aussi d’un solide réseau, où figure le directeur du cabinet Kross Border, Jaye Jingree. Cet ancien de KPMG lui a entre autres permis d’éviter que le Parquet national financier ne s’immisce dans ses affaires (LOI nº1484). Jingree, avec qui le Malgache aurait des intérêts communs au sein de la firme mauricienne Durban International Traders (LOI nº1417), a été radié en 2015 de toute position exécutive du secteur financier par la Financial Services Commission de Maurice, et ce, jusqu’au 7 avril 2020. En plus d’être en bons termes avec la famille du premier ministre, Pravind Jugnauth, Mamy connaît bien son conseiller économique Georges Chung Tick Kan. Les deux spécialistes de la finance ont été partenaires au sein de Kross Border à partir de décembre 2005. Les autorités mauriciennes avaient lancé une enquête sur l’homme d’affaires malgache en 2011, suite à la saisie par la douane de Port-Louis d’une cargaison de 174 tonnes de bois de rose destinée à la Chine (LOI nº1313). La cargaison a été restituée à Madagascar, mais le dossier a quant à lui été rapidement enterré selon nos sources diplomatiques« .
Affaire exportations de litchis
En novembre 2022, l’ONG Transparency International avait dit « avoir trouvé des preuves de nombreuses infractions potentielles, notamment de corruption transnationale, d’accords illicites, de fraude fiscale, de blanchiment et de dissimulation de ces infractions. Des opérateurs proches du pouvoir ont la mainmise, depuis plus d’une décennie, sur les exportations malgaches de litchis« .
Cette ONG avait eu le culot de dénoncer ces faits au pôle anti-corruption. Le procureur général Solohery Razafindrakoto dit « On ouvre une enquête et laissons les fruits de cette enquête nous dicter la suite des évènements » (a-t-il voulu dire litchis lorsqu’il parle de « fruits de cette enquête » ?).
Deux années plus tard, le PAC n’a toujours pas donné de suite à cette affaire, sinon la convocation par la police économique de Ketakandriana Rafitoson, à l’époque de la directrice exécutive de Tansparency International Initiative Madagascar. Le président de cette ONG Dominique Rakotomalala avait également été auditionné, alors qu’aucun des patrons du GEL (Groupement des Exportateurs de Litchis) ne l’a été jusqu’à présent.
Les chancelleries occidentales, parmi lesquelles la délégation de l’Union européenne, l’Allemagne, la France et la Norvège, avaient publié un communiqué commun, jeudi 24 novembre, pour soutenir les actions de cette ONG. Tout comme l’ambassade des États-Unis également ! Ce qui a certainement évité à Ketakandriana Rafitoson et à Dominique Rakotomalala d’aller manger du « gagazo » en détention préventive, comme le fait de coutume la Justice malagasy contre les opposants.
Il faut dire que cette ONG avait également osé faire un signalement auprès du PNF !
À la veille des prochaines exportations de litchis, précoces et peu abondants cette année, les Malagasy n’auront toujours pas de réponse à leur questionnement sur les interventions du courtier mauricien Litchi Trading Co dans les exportations des litchis malagasy aux géants belge Greenyard et français Compagnie fruitière.
Y aura-t-il des changements après la déroute électorale de Pravind Jugnauth à Maurice ?
Ce qui n’est pas près de changer pour l’instant, c’est la mainmise de PB sur cette filière, qui ne profite que marginalement aux paysans malagasy. Et comme l’avait écrit Africa Intelligence en février 2021, « Dans le litchi, aucune décision ne se prend sans Ravatomanga »
https://www.africaintelligence.fr/afrique-australe-et-iles/2021/02/03/dans-le-litchi-aucune-decision-ne-se-prend-sans-ravatomanga,109639682-art
Cet article décortique les liens des exportateurs malagasy choisis avec Maurice.
« Les exportations de litchis, véritable mine d’or pour la Grande île, sont supervisées en toute discrétion par le businessman Maminiaina Ravatomanga, longtemps conseiller officieux du président Andry Rajoelina avec lequel il est désormais en froid.
Publié le 03/02/2021
Les turbulences que traverse l’alliance entre le président Andry Rajoelina et son conseiller officieux, l’oligarque Maminiaina Ravatomanga (Africa Intelligence du 22/01/21), ont des répercussions sur plusieurs des secteurs d’activité de l’île. Les très lucratives exportations de litchis risquent d’en être tout particulièrement affectées : le magnat en est actuellement le principal chef d’orchestre.
La main de fer du syndicat du litchi
Le Groupement des exportateurs de litchi (GEL), qui a la haute main sur les ventes de ce fruit à l’étranger, est officiellement présidé par Thierry Sam Tio. Mais Maminiaina Ravatomanga, qui compte parmi les administrateurs du GEL en qualité de patron de la Sodiat, leader du marché du litchi, est l’ombre du président du syndicat des exportateurs.
S’il se fait discret sur ce marché, aucune décision ne peut se prendre sans lui : depuis le 13 novembre 2019, un document auquel Africa Intelligence a eu accès fait de Maminiaina Ravatomanga l’un des deux signataires indivisibles du GEL. Il doit donc approuver toutes les décisions du syndicat patronal au même titre que Thierry Sam Tio.
Le GEL est tout-puissant depuis 2010, lorsque la gestion des exportations de litchi lui a été confiée : le groupement décide unilatéralement des quantités que peut exporter chacun de ses membres. Depuis 2017 – date d’arrivée de Thierry Sam Tio à la tête du GEL -, les exportateurs sont tous contraints de revendre leur marchandise à un courtier mauricien, l’opaque société Litchi Trading Co. Celle-ci revend ensuite les cargaisons aux deux acheteurs historiques du litchi malgache, les géants de l’agro-alimentaire belge Greenyard et français Compagnie fruitière. Lors de la campagne 2019 de récolte du litchi, Maminiaina Ravatomanga avait remporté la plus grosse part du marché.
La connexion mauricienne de Ravatomanga
Dirigé par Ajay Jeetoo, Litchi Trading Co est indirectement possédé par la holding Rogers Capital Corporate Services, elle-même gérée par ENL, le géant de l’offshore mauricien détenu par la famille Espitalier-Noël. Parmi les administrateurs de Rogers Capital, on retrouve deux proches de Maminiaina Ravatomanga, Georges Chung Tick Kan et Jaye Jingree, respectivement anciens président et directeur du cabinet de gestion Kross Border, entré en 2016 dans le giron de Rogers Capital. Tous deux sont également proches du premier ministre mauricien Pravind Jugnauth, dont ils ont été les conseillers financiers.
Rogers Capital, le Mauricien expert en litchi malgache
C’est justement à Kross Border que s’était adressé Maminiaina Ravatomanga pour orchestrer sa participation au capital de la société de sûreté aéroportuaire CSPI Madagascar (CSPIM). Le businessman malgache a fini par prendre le contrôle de CSPIM à l’issue d’un véritable feuilleton juridique, entamé en 2014 et largement couvert par Africa Intelligence (édition du 19/07/19). Maminiaina Ravatomanga n’est cependant pas le seul magnat du litchi à user de cette connexion mauricienne.
Le très discret exportateur malgache Emexal – lui aussi membre du GEL – compte parmi ses administrateurs une entité sœur établie à Maurice, Emexal International, dont la maison mère n’est autre que Rogers Capital. On retrouve également parmi ses directeurs Ajay Jeetoo, le gestionnaire du courtier Litchi Trading Co. Figure également au sein d’Emexal le Mauricien Antoine Delaporte, fondateur du fonds d’investissement Adenia.
Le relais malgache d’Emexal n’est autre que l’héritier du litchi de Toamasina Yvon Sam Som Miock, par ailleurs frère de Thierry Sam Tio – le président du GEL. Yvon Sam Som Miock est également présent au sein de Gasy Fruits, représentée par son fils Ellioth Sam. Ce dernier représente également Madagascar Litchis Export, qui cumule – avec Gasy Fruits et Emexal – 12% des exportations de la Grande île ».







