Depuis 2009, Madagascar sombre. Et les morts s’accumulent.
Le coup d’État de 2009, orchestré par Andry Rajoelina, a ouvert une ère de déclin sans précédent pour la Grande Île. Ce qui devait être une transition politique s’est transformé en une descente aux enfers. Derrière les discours creux, les promesses d’émergence et les inaugurations spectaculaires, se cache une réalité brutale : la destruction progressive d’un peuple. Non pas par balles, mais par la faim, la négligence, et l’indifférence du pouvoir.
Une économie sacrifiée, un peuple abandonné
Le putsch de 2009 a paralysé l’économie nationale. Rupture des aides internationales, chute des investissements, déstabilisation institutionnelle : le pays a été livré à lui-même. Résultat ? Une paupérisation galopante, une inflation écrasante, et une société poussée à bout. Aujourd’hui, plus de 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté, et des millions de Malgaches survivent au jour le jour.
Ce n’est plus une crise. C’est une hécatombe. L’ONU tire régulièrement la sonnette d’alarme : Madagascar fait partie des pays les plus touchés par la malnutrition chronique. Et pourtant, les priorités du régime sont ailleurs : stades, centres de conférences, projets tape-à-l’œil pour masquer l’agonie d’un pays.
Le délestage tue en silence
Le courant ne vient plus. Mais la mort, elle, ne cesse jamais.
Les coupures d’électricité quotidiennes ne sont pas un simple désagrément : elles tuent. Elles tuent dans les hôpitaux, où les patients en soins intensifs agonisent faute d’alimentation électrique. Elles tuent dans les quartiers pauvres, où les aliments se décomposent rapidement faute de réfrigération. Elles tuent dans les campagnes, où le froid ou la chaleur extrême devient invivable sans moyens modernes.
Et puis vient l’irréparable : depuis le week-end dernier, plus de 20 morts ont été recensés dans trois régions différentes, victimes d’intoxications alimentaires dues à la mauvaise conservation des denrées. Un drame évitable, un scandale d’État. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Un État obsédé par l’image, sourd à la souffrance
Ce régime, qui se veut moderne et visionnaire, a oublié l’essentiel : sauver des vies. Les milliards dilapidés dans des infrastructures de prestige auraient pu renforcer les hôpitaux, améliorer les réseaux de distribution, sécuriser les zones rurales, lutter contre la faim. Mais non. Le peuple meurt, et le pouvoir parade.
À chaque projet de prestige inauguré sous les projecteurs, des milliers d’enfants s’éteignent à l’ombre, dans l’oubli.
Un génocide social
Peut-on parler de génocide ? Le terme est fort. Mais que dire lorsqu’un pouvoir, en pleine conscience, prend des décisions qui plongent une population entière dans la misère et la mort lente ? Lorsqu’aucune mesure structurelle n’est prise pour enrayer une famine chronique ? Lorsqu’on laisse pourrir des services de base essentiels comme la santé, l’eau, ou l’électricité ?
C’est un génocide par abandon. Par calcul politique. Par négligence criminelle.
L’histoire jugera. Mais aujourd’hui, le silence n’est plus une option. Ceux qui tombent chaque jour sous le poids de la faim, de l’insécurité, du chaos énergétique, doivent être nommés, comptés, reconnus.
Madagascar ne meurt pas. On la tue. À petit feu.
Photo : RAJOELINA
Légende : L’histoire jugera. Mais aujourd’hui, le silence n’est plus une option. Ceux qui tombent chaque jour sous le poids de la faim, de l’insécurité, du chaos énergétique, doivent être nommés, comptés, reconnus.
Madagascar ne meurt pas. On la tue. À petit feu.







