Vingt morts à Imerikasinina, six à Ambositra, deux à Tamatave. Tous ont consommé de la mortadelle mal conservée. Ce qui aurait pu être évité avec une chaîne du froid fonctionnelle est devenu un drame national. Une nouvelle fois, Madagascar paie au prix fort les conséquences d’un État défaillant et d’un réseau électrique en ruine.
Le poison n’est pas dans la mortadelle, mais dans l’inaction
Le botulisme, maladie rare, mais souvent mortelle, est causé par une toxine produite par la bactérie Clostridium botulinum, qui se développe dans les aliments mal conservés. Dans tous les cas récemment recensés, la source est identique : de la mortadelle stockée à température ambiante, dans des frigos coupés par des délestages prolongés. Une simple panne de courant peut suffire à transformer un aliment industriel en bombe toxique.
Mais plutôt que de reconnaître la réalité — un réseau électrique instable et une absence de mesures de prévention — les autorités ont préféré jouer la carte du complot. À Imerikasinina, on a d’abord parlé d’empoisonnement volontaire. Une version utile pour détourner l’attention du rôle de la Jirama, entreprise publique censée fournir l’électricité à tous.
Quand la Jirama coupe le courant, l’État coupe la vérité ?
Dans un pays où les coupures de courant peuvent durer des heures, voire des jours, il devient pratiquement impossible de conserver des produits sensibles comme la charcuterie. Et ce ne sont pas que les foyers isolés qui sont touchés : petits commerçants, vendeurs de rue, écoles, cantines, tous sont vulnérables. Le résultat est là : une vague de morts évitables, sur fond d’infrastructures délabrées.
À Ambositra et Tamatave, même scénario. La mortadelle — vendue en gros, coupée, reconditionnée, parfois exposée sans aucune réfrigération — devient un piège. Et pourtant, aucun plan d’urgence n’a été déclenché. Aucune communication massive. Aucune distribution de conseils sanitaires. Rien.
L’État complice par silence
Le botulisme n’est pas une catastrophe naturelle. C’est une conséquence directe d’un effondrement systémique : électricité instable, absence de contrôle sanitaire, laxisme administratif. L’État malgache, à travers son silence et son inaction, est complice de ces morts.
Non seulement aucune responsabilité n’a été reconnue, mais les coupables sont désignés parmi les plus vulnérables : petits vendeurs, familles pauvres, habitants de zones reculées. Pendant ce temps, les vrais responsables — les dirigeants de la Jirama, les décideurs politiques — gardent le silence ou inventent des histoires pour brouiller les pistes.
Tant que la lumière ne sera pas stable, ce sont les vies des Malgaches qui s’éteindront.






