À compter du 1er juillet 2025, les intérêts sur les crédits bancaires seront assujettis à une Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 20 %, comme prévu dans la Loi de finances initiale 2025. Et cette mesure ne s’appliquera pas uniquement aux nouveaux prêts. Elle aura un effet rétroactif sur tous les crédits décaissés depuis le 1er janvier. C’est la BOA Madagascar qui en a confirmé les modalités jeudi matin. Dans un pays déjà miné par les crises multiples, l’annonce a provoqué une onde de choc.
Alors que plus de 83 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, que la valeur de l’ariary ne cesse de s’effondrer, et que l’inflation ronge chaque jour un peu plus le pouvoir d’achat, cette mesure tombe comme un coup de massue. Les microentrepreneurs, les particuliers, les PME et les simples salariés qui avaient encore recours au crédit formel pour maintenir à flot leurs projets ou leurs foyers, voient aujourd’hui leurs perspectives s’obscurcir.
Une mesure votée… sans être comprise
L’un des éléments les plus préoccupants dans cette affaire réside dans le processus même d’adoption de la mesure. La disposition sur l’application de la TVA aux intérêts bancaires figure noir sur blanc dans la Loi de finances initiale 2025. Aucun des députés n’a véritablement compris la portée de cette clause au moment du vote. Ils ont tout simplement validé le texte « en bloc », sans en mesurer les implications techniques et sociales, ni même interroger la pertinence d’une telle décision dans le contexte socio-économique actuel.
Crédit alourdi, accès à la finance restreint
Un exemple concret : pour un emprunt de 10 millions d’ariary à un taux de 10 %, le client devra désormais s’acquitter de 200 000 ariary supplémentaires au titre de la TVA sur l’intérêt, en plus du million d’intérêt lui-même. Cela porte le montant total à 11,2 millions d’ariary à rembourser. Et ce n’est que le début.
Du côté des microfinances et des acteurs économiques, la colère est palpable. “Nos clients risquent de ne plus pouvoir suivre. Beaucoup vont abandonner l’idée d’emprunter. C’est la mort annoncée de la petite initiative”, confie un agent de recouvrement basé à Avaradrano.
Même son de cloche chez une plateforme de jeunes entrepreneurs : “Taxer les intérêts, c’est taxer l’accès même au développement. C’est une prime au crédit informel, non régulé et souvent dangereux.” Selon elle, cette mesure va provoquer un effet domino : baisse des investissements, exclusion financière accrue, déséquilibres dans les foyers, et hausse indirecte des prix.
Une économie déjà au bord du gouffre
La décision tombe dans un moment où les signaux économiques sont au rouge vif. L’inflation ne faiblit pas, les prix des denrées de base flambent, et les tensions sociales s’exacerbent. Les petites entreprises, principal vivier d’emplois dans le pays, sont étranglées par des coûts toujours plus élevés. Alourdir le coût du crédit à ce stade revient à refermer la porte de l’espoir, résume un économiste local.
L’urgence d’un sursaut politique
Au final, cette affaire met en lumière une réalité inquiétante : des lois budgétaires aux conséquences massives sont votées à la hâte, sans expertise ni débats de fond. Dans un pays où chaque ariary compte, on ne peut pas se permettre l’amateurisme législatif.
Il ne s’agit plus simplement d’une question fiscale, mais d’une décision politique aux répercussions humaines profondes, qui risque d’aggraver la fracture sociale. Car dans un pays où l’on peine déjà à joindre les deux bouts, taxer le crédit revient littéralement à taxer la survie.






