À fin mars 2025, le stock de la dette extérieure de Madagascar a franchi un nouveau cap en atteignant 5 743 millions de dollars, soit près de 26 630,5 milliards d’ariary. En l’espace de trois mois, la dette a grimpé de 230 millions de dollars. Cette hausse, confirmée par le dernier Bulletin Statistique de la Dette (BSD) publié en juin par la Direction générale du Trésor, soulève des interrogations de plus en plus vives sur la gestion des finances publiques.
Selon les explications du Trésor public, cette hausse serait en partie due à une variation du taux de change. Mais surtout, elle reflète les décaissements opérés pour des projets financés par l’Association internationale de développement (IDA) – bras financier du Groupe Banque mondiale – et l’appui budgétaire de la Banque africaine de développement (BAD). Des institutions internationales qui soutiennent habituellement des projets de développement essentiels : infrastructures de base, éducation, santé, etc.
Pourtant, sur le terrain, la population malgache s’interroge. Car pendant que les chiffres explosent, le quotidien reste morose : infrastructures routières dégradées, services de santé sous-équipés, écoles vétustes, insécurité croissante, pauvreté endémique. Et durant ce temps, les dépenses excessives s’enchaînent.
Téléphérique à Antananarivo, stade des Barea NON HOMOLOGUE, aménagement de la plage dite « Miami » à Toamasina, spectacle à grande échelle, feu d’artifice en série, voyages présidentiels dans les provinces sous couvert de « Conseils des ministres délocalisés », flottes de véhicules de luxe flambant neufs, etc. Des milliards d’ariary mobilisés pour des projets de werawera, provocateurs, dans un contexte socio-économique aussi fragile.
Le projet controversé du « Lac Iarivo » – censé « embellir » la capitale, ou encore celui de l’autoroute Antananarivo-Toamasina, régulièrement annoncé, dont l’exécution va détruire toutes les forêts de la côte est, ne font qu’alimenter le scepticisme et la colère de l’opinion publique. Pour beaucoup, il s’agit là d’un gaspillage d’argent public, alors que l’État s’endette massivement, hypothéquant l’avenir du pays et celui des générations futures.
Au 31 mars 2025, près de 70% de la dette extérieure de Madagascar est détenue par des institutions multilatérales, 14,1% par des créanciers bilatéraux, et 11,1% par des institutions financières. Les banques commerciales détiennent 1,6%, tandis que 3,8% des montants restent sans réclamation. Une dette qui, bien que composée principalement de prêts à conditions préférentielles, reste un fardeau à rembourser, avec les intérêts, les échéances et les conséquences économiques à long terme.
À ce rythme, Madagascar court vers un mur budgétaire, alertent certains économistes. Non pas à cause de la dette en soi – qui peut être un levier de développement si bien utilisé – mais en raison d’une gouvernance budgétaire orientée vers le paraître, la communication et les projets tape-à-l’œil, plutôt que vers l’investissement structurant, durable et bénéfique pour la majorité.
En somme, la question n’est pas seulement combien nous devons, mais surtout : pour quoi avons-nous emprunté ? Car une dette sans impact économique réel ni retour social visible n’est rien d’autre qu’un poison lent.






