« Cette présidence, bien que symbolique, appelle à la retenue et à la responsabilité. »
L’accession de Madagascar à la présidence tournante de la SADC en ce mois d’août 2025 aurait dû être une occasion de renforcer les liens régionaux et de promouvoir l’esprit de coopération. Au lieu de cela, elle se voit transformée en un outil de glorification personnelle, soigneusement mis en scène par le pouvoir en place.
À Antananarivo, le président Andry Rajoelina est présenté comme l’architecte d’un exploit diplomatique. Une mise en scène politique qui frôle la réécriture de l’histoire. Car il faut le rappeler : c’est en 2005, grâce à des efforts diplomatiques soutenus d’autres personnalités et d’une administration engagée, que Madagascar a intégré la SADC. Cette étape majeure était le fruit d’un travail collectif et professionnel, fondé sur la volonté de positionner le pays dans un espace stratégique régional.
Mais cette dynamique fut brutalement brisée en 2009. Le coup d’État conduit par Andry Rajoelina a entraîné la suspension immédiate de Madagascar par l’organisation. Une suspension aux conséquences réelles : isolement politique, interruption de projets économiques, gel de partenariats, et surtout, des pertes considérables pour les entrepreneurs malgaches opérant dans la région.
En 2014, Madagascar n’a pas « retrouvé » sa place par mérite diplomatique, mais tout simplement parce qu’il avait rétabli l’ordre constitutionnel à la suite d’élections reconnues par la communauté internationale. Un retour logique, administratif, presque automatique.
Et pourtant, aujourd’hui, à peine quinze ans après avoir ouvertement critiqué la SADC – qualifiée alors de « syndicat de chefs d’État » par Rajoelina, qui menaçait de s’en retirer – le même homme s’en empare comme d’un trophée personnel. Ironie de l’histoire ou simple cynisme politique ? Celui qui rejetait hier l’organisation se positionne aujourd’hui en champion de son rayonnement.
Plus troublant encore : l’attitude même de la SADC, qui semble avoir oublié les raisons de la suspension de Madagascar en 2009. Faut-il y voir une forme d’indulgence politique ou un aveuglement institutionnel ?
Il est urgent de rappeler une évidence : cette présidence tournante, octroyée selon un système rotatif entre États membres, n’est ni une récompense, ni une reconnaissance du parcours d’un chef d’État. Elle implique au contraire une responsabilité collective, de la retenue et une certaine cohérence. Des vertus dont la communication actuelle est singulièrement dépourvue.
L’Histoire mérite d’être respectée. La mémoire nationale aussi. Car instrumentaliser cette présidence à des fins de propagande personnelle, c’est trahir l’esprit de coopération qui avait motivé l’adhésion de Madagascar à la SADC en 2005.






