L’histoire se répète, sous des formes plus subtiles, mais tout aussi significatives. Depuis toujours, la France multiplie les initiatives diplomatiques, économiques et militaires dans la zone océan Indien, au nom de la “coopération régionale” et de la “stabilité stratégique”. D’ailleurs, une vidéo du Préfet de l’ile de La Réunion sur d’éventuelles « interventions française à Madagascar », très vite censurée, appuie cette volonté française d’imposer son statut d’ancienne puissance coloniale à Madagascar et ses voisins.
Les signaux ne manquent pas. À travers les programmes d’aide conditionnée, les conventions de partenariat économique, les interventions diplomatiques dans les affaires internes ou encore le contrôle indirect de certaines infrastructures stratégiques, la France maintient une présence qui dépasse la simple coopération.
Madagascar, au cœur de cette zone d’influence, reste un maillon clé de la stratégie française dans l’océan Indien. La main tendue du « vazaha » se confond avec une mainmise. Nos ressources naturelles et notre position géographique font de notre pays une pièce importante dans le jeu d’équilibre que Paris tente de préserver face aux puissances émergentes. Mais cette stratégie, sous couvert d’« amitié » et de « partenariat durable », garde des relents de dépendance et de tutelle.
Ce partenariat dans la région affiche un double visage, une diplomatie ambivalente. Officiellement, elle soutient la démocratie, la bonne gouvernance et la coopération. Mais officieusement, elle veille à ce que rien ne bouleverse l’ordre établi, celui qui garantit ses intérêts économiques, maritimes et politiques et la protection de la famille présidentielle malgache, tous ressortissants français. Cette ambivalence place Madagascar dans une posture délicate : celle d’un État souverain, mais dont la marge de manœuvre reste souvent conditionnée par les équilibres d’un autre.
Et pourtant, la réalité sociale malgache appelle à la prudence. Une population appauvrie, fragilisée et profondément déçue des promesses politiques n’est plus à l’abri d’un basculement. Lorsque la faim et la frustration se mêlent au sentiment d’injustice et de domination, le terrain devient propice à l’explosion. Les Malgaches ont toujours été un peuple ouvert, accueillant, respectueux des « vazaha » et des différentes communautés installées sur le territoire. Mais cette bienveillance ne doit pas être interprétée comme de la soumission. En cherchant à préserver une influence d’un autre âge, l’Élysée prend le risque de compromettre la sécurité même de ses ressortissants et de fragiliser un équilibre déjà précaire. À moins que cette tension ne soit voulue pour justifier un retour déguisé sous la forme d’une “protection française”. Si tel est le cas, la France rejouerait un scénario déjà écrit ailleurs, sous d’autres latitudes, au nom d’une stabilité qu’elle aurait elle-même contribué à troubler.
Madagascar mérite mieux que des relations de dépendance. Elle mérite, dorénavant, un partenariat fondé sur le respect mutuel, la souveraineté réelle et la dignité des peuples. Dans ce sens, nous invoquons les articles 25 et 25-1 du Code Civil français pour la déchéance de la nationalité de notre Rajoelina, en exil sur l’île Bourbon.






