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Le Journal de l'île Rouge
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Madagascar : L’urgence d’un sursaut face à l’impasse institutionnelle et à l’intégration régionale sans ancrage populaire

La gazette de la grande île
07/08/20256 minute read

Madagascar n’a pas besoin de plus de sommets. Il a besoin de plus de démocratie réelle, de justice sociale, de décentralisation effective.

L’intégration régionale peut être un levier, mais à une seule condition : que l’État malgache cesse d’être une coquille vide au service d’une minorité, pour redevenir une maison commune capable de porter une vision à long terme. Sans cela, tous les engagements pris à Antananarivo resteront vains.

Le temps presse. Le monde avance. La pauvreté s’aggrave. Et Madagascar reste à quai.

Le moment est venu de rompre le cycle.

Une publication attendue, mais insuffisante

Au mois d’août 2025, la Banque Centrale de Madagascar a publié ses dernières données macroéconomiques, conformément aux recommandations du FMI. Comme à l’accoutumée, ce rapport offre un aperçu technique de l’état de l’économie : inflation, croissance, balance des paiements, politique monétaire. Si cet exercice contribue à la transparence économique, il reste sourd aux réalités profondes qui entravent le développement du pays.

Ces chiffres ne disent rien de la pauvreté persistante, de l’exclusion sociale ou de la déliquescence institutionnelle. Ils n’abordent pas l’effondrement de l’État, la captation du pouvoir par une élite restreinte, ni le désespoir grandissant d’une population oubliée. Car au fond, Madagascar n’est pas qu’en crise économique — c’est un pays en crise de modèle.

Une gouvernance qui s’effondre

Depuis des décennies, le pouvoir change de visage, mais jamais de logique. L’instabilité politique se répète comme une fatalité : promesses creuses, figures providentielles, alliances de circonstance… et au bout du compte, une élite déconnectée qui perpétue le cycle de la captation des ressources et de l’exclusion des majorités.

La corruption n’est plus un accident du système, elle en est le fondement. Les institutions sont affaiblies, les décisions prises sans légitimité, et le développement reste l’otage de calculs à court terme. À l’écart de ce théâtre politique, la majorité — rurale, silencieuse, laborieuse — reste exclue, reléguée, méprisée. En dépit des ajustements techniques, des prévisions ou des réformes dictées par les bailleurs, Madagascar demeure enlisée dans une crise de fond. La diffusion de la gestion macroéconomique ne suffit pas.

SADC à Antananarivo :   Sommet pour une petite minorité d’élites?

C’est dans ce contexte que Madagascar accueillera, le 17 août 2025, la 45e réunion ordinaire du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la SADC, au Centre de conférence Ivato à Antananarivo. Le thème, prometteur — « Promouvoir l’industrialisation, la transformation du système agricole et la transition énergétique pour une SADC résiliente » — résonne avec les besoins structurels du pays.

Mais peut-on espérer des retombées réelles pour la majorité des malagasy complètement dans la pauvreté, alors que les institutions nationales sont paralysées, les politiques publiques inefficaces, et que les mécanismes de redevabilité sont absents ? Peut-on parler d’intégration régionale quand l’État lui-même est désintégré ?

Une intégration sans impact local

Depuis son adhésion à la SADC en 2005, Madagascar a participé à divers projets et protocoles régionaux. Mais leur traduction concrète reste invisible pour la grande majorité des Malgaches. Les retombées économiques de l’intégration régionale se limitent souvent aux milieux d’affaires connectés aux cercles de pouvoir.

Comment industrialiser un pays où 80 % des zones rurales n’ont pas accès à l’électricité ? Comment transformer l’agriculture quand les paysans manquent de routes, de financements, d’accès à la terre ? Comment parler de résilience quand l’appareil d’État lui-même est fragile, clientéliste, souvent illégitime ?

Changer de cap pour changer de réalité

Pour que le sommet de la SADC ne soit pas un simple événement diplomatique de plus, il faut en faire un point de bascule politique et stratégique. Cela suppose un sursaut à plusieurs niveaux :

  • Renforcer les institutions locales, non pour exécuter des programmes dictés de l’extérieur, mais pour porter des transformations enracinées dans les réalités nationales.
  • Impliquer les citoyens, les paysans, les jeunes, les femmes, dans l’élaboration et le suivi des politiques publiques liées à la coopération régionale.
  • Instaurer une gouvernance de redevabilité, avec des mécanismes transparents pour suivre les engagements pris lors de ces sommets.
  • Combattre la corruption structurelle, qui transforme chaque projet de développement en rente pour les élites.

L’intégration régionale n’a de sens que si elle inclut les peuples. Ce n’est pas un projet de minorité d’élite. Ce n’est pas une vitrine diplomatique. C’est une opportunité pour transformer en profondeur les économies et les sociétés de la région — à condition de briser les logiques de prédation, d’exclusion et de centralisation.

Le vrai sursaut viendra de la société Malagasy

Le changement n’émergera ni des institutions corrompues, ni des sommets régionaux si ceux-ci restent déconnectés du terrain. Il viendra d’une volonté populaire de rupture avec les logiques héritées de la colonisation, de la dépendance aux bailleurs, et de l’illusion des soi-disant “Sauveur providentiel”.  Depuis des décennies, le pouvoir change de mains sans jamais changer de logique : des figures providentielles sans légitimité réelle, des alliances de circonstance, une gouvernance concentrée et corrompue. Rien ne tient, tout vacille. À chaque fois, ce sont les frustrations du peuple qui déclenchent les renversements. Et à chaque fois, l’histoire recommence. On cherche une personnalité providentielle et on recommence.

Madagascar n’a pas besoin de plus de sommets. Il a besoin de plus de démocratie réelle, de justice sociale, de décentralisation effective.

L’intégration régionale peut être un levier, mais à une seule condition : que l’État malgache cesse d’être une coquille vide au service d’une minorité, pour redevenir une maison commune capable de porter une vision à long terme. Sans cela, tous les engagements pris à Antananarivo resteront vains.

Le temps presse. Le monde avance. La pauvreté s’aggrave. Et Madagascar reste à quai.

Le moment est venu de rompre le cycle.

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