Les projecteurs crépitent, les micros chauffent, les ministres paradent dans les salons marbrés des ministères. Les caméras immortalisent les poignées de main et les sourires forcés. La transition, cette grande promesse de Refondation nationale, semble bien plus à l’aise dans les flashes que dans les chiffres. Car au-delà du folklore des passations et des discours bien huilés, les tiroirs de l’État, eux, sonnent creux. Le moteur de la machine étatique tousse, et la clé de contact semble introuvable.
Le peuple attend, mais la Politique Générale de l’État, la fameuse PGE, se fait désirer comme une star de cinéma. C’est pourtant ce document qui doit tracer la route du gouvernement de transition : comment relancer la lumière dans les foyers sans lumière, l’eau dans les robinets sans eau, et la sécurité dans les ruelles sans foi ni loi ? Pour l’instant, on nage encore dans le vague. Les ministres s’activent chacun dans leur coin, en espérant que le puzzle finira bien par s’assembler tout seul. Mais gouverner un pays n’est pas un jeu de Lego. Du côté de Mahazoarivo, on attend aussi le Programme Général du Gouvernement censé détailler les actions concrètes de chaque ministère. Sauf qu’à ce jour, personne ne l’a vu, pas même son ombre. Entre réunions interminables et discours enflammés, l’urgence semble avoir été remplacée par la bureaucratie. Le pays s’enfonce dans l’attente, pendant que les fonctionnaires croisent les doigts… ou comptent déjà leurs arriérés à venir. Et pour avoir le premier test de vérité, la PLFI 2026. C’est là que tout va se jouer : la Loi de Finances 2026. Le budget des promesses. Sur le papier, elle doit relancer la machine nationale. Dans les couloirs du Trésor, on chuchote pourtant que les caisses sont vides, plus vides que la promesse d’un changement “immédiat”. Les rumeurs vont bon train : dès janvier, les salaires de nos braves fonctionnaires pourraient ne plus être assurés. Une bombe sociale à retardement, que même le plus habile communicant ne saura désamorcer. Mais ne soyons pas injustes : Rajoelina, lui, avait trouvé la formule magique pour faire tourner l’État pendant sa transition, le commerce du bois de rose. Un parfum d’illégalité pour un souffle budgétaire. Résultat : la HAT avait de l’argent, mais la forêt, elle, avait disparu.
Dans les coulisses, les bailleurs sont à la queue-leu-leu devant les portes du Palais. Les anciens créanciers de Madagascar, eux, se frottent déjà les mains. Banque mondiale, FMI, Union européenne, et autres sauveurs autoproclamés affûtent leurs stylos. Ils n’attendent qu’un signe de détresse pour accourir, chéquiers en main et conditions bien ficelées dans leurs mallettes. Le scénario est connu : ils prêteront, le gouvernement sourira, la population paiera. La souveraineté, elle, restera dans la salle d’attente. Cette transition, on nous l’avait vendue comme celle de la morale, du redressement, de la transparence. Mais comment être vertueux avec un compte en banque vide ? Comment prêcher la réforme quand les factures s’accumulent ? Les discours sur la refondation risquent fort de s’éteindre sous la dure loi des besoins immédiats : payer les fonctionnaires, acheter du carburant, contenir les inflations sur les prix des PPN, et maintenir la façade d’un État en marche. La morale politique est belle, mais elle ne paie ni l’électricité, ni les salaires.
Le peuple, lui, regarde ce spectacle avec une ironie mêlée de lassitude. Vient alors la gueule de bois après les feux d’artifice. On lui avait promis une transition de rupture, un nouveau départ. Mais entre les vieilles recettes, les nouvelles dettes et les discours recyclés, il commence à comprendre que le film risque d’être une rediffusion. Le temps des euphories touche à sa fin. Le rideau se lève sur la vraie scène : celle des comptes, des chiffres et des choix difficiles. À moins d’un miracle, la transition devra faire face à la dure réalité : on ne gouverne pas un pays avec des slogans, mais avec des solutions. Et pour l’instant, entre les ministères qui brillent et les caisses qui pleurent, Madagascar ressemble moins à une refondation qu’à une répétition générale d’un vieux spectacle.
Le peuple a déjà payé son ticket d’entrée. Il attend désormais que le film commence…et surtout, que cette fois, il ne finisse pas en tragédie.





