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Le Journal de l'île Rouge
Economie

Alaotra Grenier à riz ? il ne reste plus que la fierté

La gazette de la grande île
08/01/20263 minute read

Par le passé, prononcer le nom d’« Alaotra » suffisait à évoquer l’abondance. On bombait le torse en parlant du « Grenier à riz » de Madagascar, de ce lac immense qui nourrissait l’île entière de ses carpes et de ses tilapias. Mais aujourd’hui, que reste-t-il de cette gloire ? Si l’on regarde les chiffres et la réalité du terrain, la réponse est amère : il ne nous reste que l’arrogance d’un passé qui s’efface. Notre fierté est devenue un masque qui cache un désastre que nous avons nous-mêmes provoqué.

Le « Grenier » prend l’eau

Les chiffres de la campagne 2025 sont un électrochoc que beaucoup refusent encore de voir. Avec une chute de près de 20 % de la production rizicole en un an, l’Alaotra ne nourrit plus, il survit. Passer de 600 000 tonnes à moins de 490 000 tonnes n’est pas qu’un « accident climatique ». C’est le résultat d’une terre que nous avons épuisée et maltraitée.

L’érosion de nos collines, causée par des pratiques irresponsables, finit sa course dans nos rizières, étouffant les plants sous le sable. Nos barrages, comme celui de Sahamaloto, crient famine de maintenance depuis 1988. Sommes-nous vraiment ce peuple de riziculteurs d’élite si nous sommes incapables de protéger l’outil de travail que nos ancêtres nous ont légués ?

Un lac que l’on assassine

Le constat est plus sombre encore du côté du lac. Autrefois premier producteur de poisson d’eau douce, l’Alaotra n’est plus que l’ombre de lui-même. Nous produisions 2 400 tonnes de poisson par an ; nous peinons aujourd’hui à en sortir 900 tonnes.

Où sont passés les poissons ? Ils n’ont pas disparu par magie. Nous les avons traqués sans répit, ignorant les saisons de ponte, utilisant des filets aux mailles de plus en plus fines, capturant jusqu’au dernier alevin, interdisant ainsi tout renouvellement de la vie. Nous avons pris le lac pour acquis, comme une source inépuisable, oubliant qu’une mère qu’on ne laisse jamais se reposer finit par mourir d’épuisement.

Le réveil ou l’oubli

Le déclin de l’Alaotra n’est pas une fatalité divine, c’est un suicide collectif par négligence. Nous nous gargarisons de titres prestigieux — « Grenier de Madagascar », « Région d’excellence » — pendant que nos sols s’appauvrissent et que nos eaux se vident. La fierté sans l’effort n’est que de la vanité.

Si la population de l’Alaotra ne réagit pas maintenant, si elle ne réapprend pas à respecter les cycles de la nature et à protéger ses infrastructures, le titre de « Grenier à riz » ne sera bientôt plus qu’une ligne dans les livres d’histoire.

Voulons-nous être la génération qui aura transformé une terre d’abondance en un désert de regrets ? La fierté se mérite chaque jour, par le travail et le respect de la terre. Pour l’instant, nous sommes en train de la perdre.

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