Il y a des pays qui jouent avec le feu. Et puis il y a ceux qui font semblant de ne pas voir l’incendie, parce que l’odeur de la fumée nourrit encore quelques salons climatisés. Les États-Unis menacent l’Iran. L’Iran est sous embargo. Et Madagascar, petit État insulaire fragile, s’est retrouvé, par signatures interposées, maillon administratif d’un contournement de sanctions internationales. Pas par puissance, ni par négligence, ni par compromission mais par cupidité bureaucratique des ministres et des hauts emplois de l’Etat de Rajoelina. Cinq Boeing 777. Des avions qui n’existent pas politiquement sans papiers. Et des papiers qui, soudain, ont existé… à Antananarivo. Ce n’est pas une affaire aérienne. C’est une affaire d’État nu.
Qui veut nous faire croire que tout cela n’est qu’une erreur technique ? Un « malentendu » ? Un dossier mal monté ? Un tampon trop pressé ? Mensonge. Dans le monde réel, un avion n’est jamais neutre. Encore moins de gros-porteurs. Encore moins quand il touche un pays sous sanctions. Encore moins quand Washington regarde. Signer une immatriculation, ce n’est pas remplir un formulaire : c’est engager la parole souveraine d’un État. Autoriser un survol, ce n’est pas un geste automatique : c’est valider une trajectoire politique. Ceux qui ont signé savaient, ou ont choisi de ne pas savoir. Et en droit, l’ignorance volontaire est une faute. Depuis, on tergiverse. On temporise. On parle de « procédures en cours ». On sacrifie des seconds couteaux. On protège les étages supérieurs comme l’ancien ministre des transports, le PCA de l’ASECNA, le Représentant à Madagascar, des directeurs généraux de l’ACM,… Et surtout, on invoque l’arme ultime de l’impunité malgache : le « fifampihavanam-pirenena ». Ce mot magnifique, ancestral, est devenu un bouclier pour les lâches. Un paravent culturel pour éviter la justice. Une anesthésie morale collective. On ne livre pas les coupables, au nom de la paix. On ne tranche pas, au nom de l’harmonie. On n’assainit pas, au nom de la tradition. Mais pendant ce temps, le monde, lui, n’est pas traditionnel.
La géopolitique n’a pas la patience des ouailles subjugués par les palabres des costumés. Washington ne lit pas les Proverbes. Le Trésor américain ne respecte pas les équilibres coutumiers. Les sanctions ne connaissent ni la parenté, ni les réseaux, ni les arrangements. À ce rythme-là, ce n’est pas l’Iran qui sera puni en premier. Ce sera Madagascar qui a servi de porte d’entrée administrative. Gel d’aides. Isolement diplomatique. Suspicion systémique sur toute l’aviation civile. Mise sous surveillance financière. Et dans l’imaginaire populaire, une phrase qui circule, cynique et brutale : « A ce rythme, Trump va nous bombarder aussi. » Ce n’est pas une menace réelle. C’est le symptôme d’une peur politique : celle d’un État qui comprend trop tard qu’il a joué dans une cour qui n’était pas la sienne.
Un pays pauvre n’a pas le droit à l’erreur stratégique. Un pays fragile n’a pas le luxe de la complaisance. Un pays qui se cache derrière le « fihavanana » pour protéger des signatures compromettantes se condamne lui-même. La souveraineté ne se proclame pas. Elle se défend par la justice. Et tant que les vrais responsables du génocide socio-économique resteront blottis derrière les mots doux, tant que nos hauts dignitaires, comme le PAN qui s’affiche allègrement avec l’un des gardes rapproché mafieux de l’ancien dictateur Rajoelina, confondront réconciliation et impunité, tant que la peur de déranger primera sur le courage de juger, Madagascar ne sera pas bombardé par des missiles. Ni les Russes, ni les Chinois ne se lèveront pour défendre notre souveraineté. Nous serons asphyxiés par le monde … en silence.





