Il fallait oser. Transformer l’arbre en alibi, la forêt en décor et la dépense publique en banquet. Un milliard d’Ariary ! Pas pour reverdir les collines brûlées, pas pour enrayer l’érosion qui ronge les terres cultivables, pas pour transmettre un souffle d’avenir. Non. Un milliard pour des “opérations de reboisement” où l’on lit noir sur blanc : cocktail, déjeuner, logistique. Le pays plante des arbres ? Non. Le pays plante un décor administratif où l’on arrose davantage les verres que les racines. On nous parlera de mobilisation, de sensibilisation, de présence institutionnelle. « Des mots, encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots », chanterait Dalida. Mais les chiffres, eux, ne mentent pas.
Avec cette somme, Madagascar pouvait aligner des centaines de milliers d’arbres, recréer des ceintures vertes, stabiliser des sols, nourrir des communautés. Avec cette même somme, on pouvait former des dizaines de milliers d’enfants à la citoyenneté, à la responsabilité, à la protection de leur propre terre. A la place, on a financé l’éphémère. Le consommé, le digéré, le reboisement est devenu un événement. Et l’événement, une opportunité. Ce n’est plus une dérive. C’est le système où chaque action noble est capturée, vidée de sa substance, recyclée en circuit fermé. Le système où l’urgence écologique devient un prétexte budgétaire. Le système où l’Etat joue à se donner bonne conscience pendant que la terre, elle, continue de mourir. Car pendant que les tables sont dressées : les collines s’effondrent, les rivières s’assèchent, les villages reculent et se désertent. Le contraste est obscène.
Mais il y a pire. Bien pire. Car dans cette mécanique, il existe un cœur. L’organe central. Le point de passage obligé. Et ce cœur, ce n’est pas la forêt. Ce n’est pas l’environnement, ce n’est même pas l’exécution, c’est le ministère des finances, le sacrosaint des finances de notre Nation. Oui. Le premier gouffre, le premier filtre et le premier complice. Car rien ne sort sans validation du cabinet de la ministre, rien ne circule sans signature et visa des proches du bureau d’Antaninarenina, rien ne se paie sans consentement des directeurs généraux et des fournisseurs attitrés. Chaque ligne, chaque facture, chaque “cocktail de reboisement” a été vu, validé, ordonnancé. Ce n’est pas une erreur. Ce n’est pas un glissement. C’est une décision du système « Hasimbelo l’américaine ». Le ministère qui devrait protéger l’argent public est devenu le passage par lequel il se dissout. La gardienne est devenue le gouffre. Le rempart est devenu la faille. Et pendant ce temps, on demande au citoyen de comprendre, de patienter, de croire encore. Mais le citoyen voit. Le citoyen compte. Le citoyen compare. Il voit ses routes défoncées, ses écoles vides et ses hôpitaux dégradés. Et en face, il voit des millions partir en fumée sous couvert de planter des arbres. Alors la question n’est plus technique. Elle n’est plus budgétaire. Elle n’est même plus politique. Elle est morale.
Avec 1 milliard Ar, l’ancienne ministre des finances et sa proche équipe pouvaient reverdir des centaines d’Hectares de collines entières, former une centaine de milliers de génération entière à la citoyenneté écologique. Mais à la place ? Les contribuables ont financé des tables, des tentes et du vent. Combien de temps encore allons-nous accepter que l’intérêt général soit maquillé en opération de façade ? Combien de temps encore allons-nous tolérer que les symboles soient utilisés pour couvrir l’essentiel : la prédation ? Le citoyen ne demande plus d’explications. Il demande justice. Pas des rapports. Pas des communiqués. Pas des promesses recyclées. Justice !!!! Pour chaque Ariary détourné de sa mission, pour chaque hectare qui n’a jamais existé, pour chaque enfant à qui l’on a refusé un avenir pendant qu’on servait un cocktail. Parce qu’à ce stade, il ne s’agit plus de reboiser des terres. Il s’agit de reboiser une conscience nationale ravagée. Et cela, aucun cocktail ne pourra jamais … l’acheter.










