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Le Journal de l'île Rouge
Edito

ÉDITO – État d’urgence énergétique : Gouverner, c’est prévoir… ou est-ce courir après le feu ?

La gazette de la grande île
08/04/20263 minute read
Le recours à la Haute Cour Constitutionnelle et à la Cour Suprême pour instaurer cet état d’urgence énergétique valide certes la légalité de l'action, mais elle souligne surtout l'échec de la gestion ordinaire. On ne décrète pas l’urgence pour une situation que l’on a vue venir de loin ; on la décrète quand on est au pied du mur

Le décret est tombé, les mesures d’exception sont là. Mais après une journée de chaos dans les stations-service, une question brûlante demeure : pourquoi avoir attendu que la machine grippe pour actionner le levier d’urgence ?

La chronique d’une crise annoncée

L’instabilité au Moyen-Orient et les tensions stratégiques dans le détroit d’Ormuz ne datent pas d’hier. Depuis des mois, les analystes internationaux alertent sur les risques de rupture des chaînes logistiques pétrolières. Madagascar, pays importateur et dépendant des flux maritimes, ne pouvait ignorer cette réalité.

Pourtant, c’est seulement lorsque les cuves de Nosy Be se sont vidées et que les automobilistes d’Antananarivo ont commencé à s’arracher les derniers litres de gasoil que l’Exécutif a réagi. Si « gouverner, c’est prévoir », l’épisode actuel ressemble davantage à une gestion de crise subie qu’à une stratégie anticipée.

L’anticipation : le grand chaînon manquant

Les mesures annoncées ce 7 avril — sécurisation de l’approvisionnement, facilitation des importations, mobilisation des moyens exceptionnels — auraient pu, et auraient dû, être mises en place à titre préventif.

  • Pourquoi n’a-t-on pas sécurisé les stocks stratégiques dès les premières alertes sur le fret maritime ?
  • Pourquoi attendre la panique générale pour clarifier la situation des camions-citernes en provenance de Toamasina ?

Le mécanisme d’ajustement automatique des prix, censé refléter la réalité du marché, ne sert à rien si le produit lui-même n’arrive plus à la pompe. La stabilité des prix vantée pour le mois d’avril ressemble désormais à un écran de fumée qui a masqué une impréparation logistique flagrante.

Un État d’urgence aux airs d’aveu de faiblesse

Le recours à la Haute Cour Constitutionnelle et à la Cour Suprême pour instaurer cet état d’urgence énergétique valide certes la légalité de l’action, mais elle souligne surtout l’échec de la gestion ordinaire. On ne décrète pas l’urgence pour une situation que l’on a vue venir de loin ; on la décrète quand on est au pied du mur.

En limitant les achats à 25 000 Ar et en interdisant les bidons, les stations-service ont pris des mesures de « guerre » avant même que l’État ne s’exprime. Aujourd’hui, la population attend plus que des décrets : elle attend des garanties que cette imprévoyance ne deviendra pas la norme.

Car si 15 jours peuvent suffire à calmer la rue, ils ne suffiront pas à reconstruire la confiance en une gouvernance qui semble toujours avoir un train — ou un pétrolier — de retard.

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