Le calendrier vient de jouer un tour cruel — ou révélateur — aux dirigeants malgaches. Alors que le Conseil des ministres décrétait l’état d’urgence énergétique ce mardi pour 15 jours, la scène internationale annonçait simultanément une trêve de deux semaines au Moyen-Orient. Un télescopage de l’actualité qui met en lumière une incohérence flagrante : pourquoi Madagascar s’enferme-t-il dans l’austérité quand le monde s’offre une bouffée d’oxygène ?
Deux salles, deux ambiances
D’un côté, la géopolitique mondiale respire. L’accord de dernière minute suspendant l’ultimatum américain contre l’Iran a provoqué un véritable séisme sur les marchés : le cours du baril de WTI a plongé de 18 % en quelques heures. Le détroit d’Ormuz se rouvre, les pétroliers circulent et les prix mondiaux s’effondrent.
De l’autre, à Antananarivo, on sort l’artillerie lourde législative. L’état d’urgence énergétique est instauré pour 15 jours. Là où le monde voit une opportunité de baisse, l’Exécutif malgache semble s’être préparé au pire au moment précis où le pire s’éloigne.
L’absurdité des discours : La baisse mondiale face à la hausse locale
L’incohérence la plus frappante réside dans le discours officiel. Alors que les indicateurs internationaux passent au vert, le Ministère de l’Énergie persiste et signe : une hausse des prix à la pompe serait « inévitable » pour le mois de mai.
Le constat est pourtant simple :
- Sur le marché mondial : Le prix du baril chute brutalement et les coûts de fret se détendent.
- À Madagascar : On maintient des restrictions sévères et on prépare psychologiquement la population à payer plus cher.
Comment justifier une hausse prochaine auprès d’une population déjà étranglée, alors que les intrants nécessaires au fonctionnement de la JIRAMA et des stations-service coûtent désormais moins cher à l’importation ? Ce décalage entre la réalité des cours et la volonté politique ressemble à une déconnexion totale des leviers économiques mondiaux.
Une opportunité de 14 jours sacrifiée sur l’autel de la panique ?
Cette fenêtre de tir de deux semaines est une aubaine stratégique. C’est le moment idéal pour :
- Renégocier les contrats d’approvisionnement en profitant de la baisse immédiate des prix.
- Reconstituer les stocks stratégiques à moindre coût avant que la volatilité ne reprenne à la fin de la trêve.
- Assouplir les mesures de rationnement pour relancer l’activité économique.
Pourtant, au lieu d’une stratégie d’agilité, le gouvernement semble figé dans son décret d’urgence. Maintenir des mesures restrictives et brandir la menace d’une augmentation de prix dans un tel contexte n’est plus de la prudence, c’est une erreur de lecture.
Gouverner, c’est aussi savoir changer de cap
Si l’état d’urgence a été décidé pour pallier une impréparation logistique passée, il ne doit pas devenir une œillère. Madagascar ne peut pas se permettre d’être le seul pays où le pétrole devient plus cher quand il coûte moins cher partout ailleurs.
Les 15 prochains jours diront si nos dirigeants sauront saisir cette trêve mondiale pour rectifier le tir, ou s’ils s’enferreront dans une gestion de crise anachronique, au détriment direct du portefeuille des citoyens.
Le monde respire, le prix du baril plonge, mais à Madagascar, on serre encore la vis. Cherchez l’erreur.
Photo : MINISTRE






