À Antananarivo, l’ordre n’est plus qu’un lointain souvenir, une relique poussiéreuse que l’on sacrifie chaque jour sur l’autel de la complaisance. Vendredi dernier, une énième capitulation a eu lieu : une heure de plus accordée aux marchands de rue. Un « petit compromis » pour les dirigeants, mais une victoire totale pour l’indiscipline. Bienvenue dans la capitale où le désordre fait la loi.
La rue : zone de non-droit
Il faut appeler un chat, un chat. Aujourd’hui, les trottoirs ne sont plus destinés aux piétons, les routes ne sont plus réservées aux voitures, et les lois ne sont plus faites pour être appliquées. Entre les commerçants qui étalent leurs marchandises sur la chaussée, les charrettes qui défient les voies rapides et les cyclo-pousses qui slaloment dans un chaos indescriptible, la ville étouffe.
Ce n’est plus de l’économie informelle, c’est une invasion organisée. Et le message envoyé par les autorités est clair : celui qui crie le plus fort, celui qui bloque la rue, finit toujours par obtenir gain de cause.
Les Bus : les vrais caïds du bitume
Au sommet de cette hiérarchie de l’anarchie, on trouve les Taxi-be. Ces bus ne transportent pas des citoyens, ils transportent du bétail dont ils disposent à leur guise. Véritables caïds de la rue, ils règnent sans partage : ils font demi-tour sur des lignes continues, s’arrêtent au milieu de la chaussée pour charger des clients et éjectent les passagers en plein carrefour selon leur humeur.
Leur arrogance n’a d’égale que leur sentiment d’impunité. S’ils défient quotidiennement les forces de l’ordre, c’est qu’ils savent que l’uniforme a un prix. Pourquoi craindre un agent quand on sait qu’une « cotisation » quotidienne assure le droit de paralyser toute une ville ? Les bus ne craignent pas la loi, ils la louent.
La corruption à 500 Ariary : le prix du chaos
Comment en est-on arrivé là ? La réponse tient dans le creux d’une main : la corruption systémique.
- Police communale, Police nationale, Gendarmerie… l’uniforme, censé incarner la rigueur, est devenu l’instrument de la négociation.
- Contre un billet de 500 Ar, on achète le droit d’entraver la circulation.
- Contre une petite somme, un camion de briques peut paralyser un axe majeur à l’heure de pointe.
Ces agents, au lieu de protéger l’intérêt général, monnaient le droit de nuire. Chaque billet glissé sous une pièce d’identité est un clou de plus dans le cercueil de la capitale.
L’alibi de la pauvreté : un chantage émotionnel
À chaque tentative d’assainissement, le refrain est le même : « Laissez-nous travailler, nous avons des familles à nourrir ! » C’est un chantage émotionnel qui occulte une réalité brutale : l’indiscipline des uns tue le travail des autres.
Le calcul est simple : En bloquant les artères de la ville, ces « indisciplinés » créent des embouteillages monstres qui paralysent les salariés, les fonctionnaires et les créateurs de richesse. Un employé qui arrive deux heures en retard à cause d’un marché sauvage est un employé sanctionné. À force de vouloir « laisser vivre » ceux qui ne respectent rien, on condamne ceux qui essaient de construire le pays dans la légalité.
Le renoncement des dirigeants
Le nouveau PDS, comme ses prédécesseurs, a cédé. En reculant de 7h à 8h pour les horaires du marché, il n’a pas trouvé un compromis, il a validé la méthode de la force. Cette heure supplémentaire est le symbole d’un État qui baisse les bras devant le nombre, préférant la paix sociale immédiate à une vision de développement durable.
L’assainissement de Madagascar ne sera jamais une réalité tant que le pouvoir aura peur de la rue. Sans discipline de fer, sans une lutte acharnée contre la corruption des agents de terrain, Antananarivo restera cette foire à ciel ouvert où le « sauvage » gagne toujours, et où le citoyen honnête est le seul à payer le prix fort.
Jusqu’à quand accepterons-nous de vivre dans une jungle urbaine où la loi du plus fort supplante le Code de la route et le bon sens ?






