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Le Journal de l'île Rouge
Politique

“Changer votre mentalité” : slogan vide ou nécessité nationale ?

La gazette de la grande île
18/04/20263 minute read

“Changer de mentalité.” Une formule simple, presque anodine. Mais dans le contexte actuel, elle devient une injonction brutale, presque accusatrice, lancée à un peuple qui lutte déjà pour survivre. Car de quelle mentalité parle-t-on exactement ? Dans un pays marqué par une pauvreté extrême persistante, où une grande partie de la population vit au jour le jour, sans sécurité économique ni perspective claire, demander un “changement de mentalité” sans proposer de feuille de route concrète relève davantage du discours que de la responsabilité politique.

Il est facile de pointer du doigt et rejeter la faute sur un peuple sans boussole civique, avec l’inexistence de politique fiable en matière programme d’état en éducation civique et citoyenne. C’est la réalité. Mais cette absence n’est pas spontanée, elle est le résultat de décennies de négligence structurelle : pas d’investissement probant dans le capital humain, faible transmission des valeurs de responsabilité publique, déconnexion entre institutions et citoyens. Un peuple n’est pas naturellement désengagé. Il le devient quand il n’est ni formé, ni considéré, ni impliqué. Un autre point préoccupant est la perception d’un rétrécissement de l’espace d’expression quand les contestations sociales sont étouffées ou dissuadées, quand la peur croissante de s’exprimer librement s’installe et quand le sentiment d’injustice face à une application inégale des règles. S’il n’y a plus de libertés sous pression, un climat de défiance s’instaure. Quand la parole est contenue, la frustration ne disparaît pas, elle s’accumule. Et cela fragilise profondément la cohésion nationale. Nous vivons une répétition des cycles politiques, et c’est peut-être là le point le plus dur pour une stabilité. Malgré les changements de régime, une constante persiste sur la priorité donnée aux stratégies politiques plutôt qu’à l’urgence sociale, sur l’absence de rupture réelle avec les pratiques passées et sur les promesses de transformation qui se heurtent à la réalité du pouvoir. Ce que beaucoup ressentent aujourd’hui, c’est une impression de déjà-vu. Les méthodes changent peu, les résultats stagnent, et la confiance s’érode.

Au final, le problème n’est pas seulement une question de mentalité individuelle, c’est une question de priorités collectives. Le politique oublie l’essentiel : « l’humain ». Quand les jeux de pouvoir prennent le dessus, quand les stratégies politiques priment sur la détresse sociale, quand l’urgence éducative et économique est reléguée au second plan, alors oui, on peut parler d’un problème de mentalité, mais il commence en haut. Parce qu’un pays ne change pas simplement en demandant à son peuple de changer. Il change quand ceux qui dirigent montrent d’abord l’exemple, tracent une voie claire et obligatoire, et placent enfin l’intérêt général au-dessus des logiques de pouvoir. “Changer votre mentalité” doit s’adresser à tout le monde, dirigeants, responsables administratifs comme citoyens, sinon il sonne creux, voire … hypocrite. Les « sata » changent avec les « Andriana » dit-on, mais en attendant, la vraie richesse, ce peuple de millions d’âmes, erre dans le désert nébuleux de l’incivilité sans un vrai investissement en capital … humain.

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