Depuis l’été 2025, le dossier des cinq Boeing 777-212 « égarés » entre le Cambodge et Téhéran hante les autorités malgaches. Si les premières arrestations ont ciblé des lampistes et des cadres techniques de l’Aviation Civile de Madagascar (ACM), de nouveaux éléments d’investigation locale dessinent une cartographie du pouvoir bien plus précise, plaçant l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga au centre de l’échiquier.
I. Le montage UDAAN : Une filiation directe
L’entité UDAAN Potentials Ltd, maison mère d’UDAAN Aviation, n’est plus une simple nébuleuse internationale. Selon des sources locales concordantes, cette structure aurait été créée et pilotée par l’empire Ravatomanga pour servir de « cheval de Troie » administratif. En obtenant des immatriculations malgaches (5R-…) pour des avions destinés à l’Iran (sous embargo américain), la société a utilisé la souveraineté de Madagascar comme un bouclier pour contourner les sanctions internationales.
II. Le Gouvernement Ntsay : Un exécutif sous influence ?
L’enquête met en lumière une chaîne de commandement politique verrouillée. Valéry Ramonjavelo, ministre des Transports au moment des faits, n’aurait pas agi par simple négligence. Identifié comme un « quota » personnel de Mamy Ravatomanga au sein du gouvernement, sa nomination même semble avoir été le garant d’une fluidité administrative pour les projets du Palais de verre de la Villa Pradon.
Plus haut, la figure du Premier ministre Christian Ntsay est également questionnée. Longtemps perçu comme l’homme de confiance de l’homme d’affaires, son rôle dans la gestion du cabinet ministériel et la rapidité des limogeages post-scandale pourraient être interprétés non pas comme une purge pour « assainissement », mais comme une manœuvre pour couper les fils remontant vers les véritables commanditaires.
III. La logistique au sol : L’implication de TOA
Un élément matériel majeur vient étayer ces liens : l’hébergement des Boeing. Les appareils en question auraient été pris en charge par TRANS OCEAN AIRWAYS (TOA), une compagnie aérienne appartenant directement au groupe de Mamy Ravatomanga. Cette proximité opérationnelle fragilise la thèse d’une simple méconnaissance du dossier par les autorités ; il est difficile de concevoir qu’une telle flotte puisse transiter par des infrastructures privées sans une validation au plus haut niveau.
IV. L’ACM sous haute tension
Le témoignage interne d’un employé de l’Aviation Civile apporte la pièce finale au puzzle : la contrainte. L’accord de navigabilité, bien que techniquement douteux, aurait été validé sous une pression directe. Ce « passage en force » expliquerait pourquoi des inspecteurs expérimentés ont apposé leurs signatures sur des documents dont la destination finale — l’Iran — représentait un risque géopolitique majeur pour Madagascar face aux États-Unis.
V. Enjeux et conséquences
L’implication du FBI dans l’enquête prend désormais tout son sens. Ce qui était une affaire de corruption locale devient une affaire de sécurité internationale. Si la responsabilité de Mamy Ravatomanga et de ses relais gouvernementaux est formellement établie, Madagascar risque gros :
Un placement définitif sur la liste noire de l’OACI.
Des sanctions économiques américaines pour aide à la violation d’embargo.
Alors que 22 prévenus attendent leur jugement, la question demeure : le Pôle Anti-Corruption (PAC) aura-t-il l’audace politique d’aller au-delà des cadres de l’ACM pour interroger l’architecte de ce système.






