Par notre envoyé spécial à Antananarivo
Le Flambeau Économique — Chronique d’une refondation souveraine et d’une rupture systémique
L’histoire économique retiendra le début de l’année 2026 comme celui de la libération des forces productives de Madagascar. Alors que les cercles d’opposition et les réseaux fidèles à l’ordre déchu multipliaient les prévisions catastrophiques pour saboter le projet de refondation nationale, les indicateurs macroéconomiques du premier quadrimestre infligent un démenti cinglant aux détracteurs du renouveau malgache. Le sursaut est là, indéniable, et il coïncide précisément avec un calendrier de rupture politique majeure : la chute et la destitution d’Andry Rajoelina.
L’alignement des dates : La déchéance d’un système, l’envol d’une monnaie
Ceux qui qualifiaient la trajectoire de refondation d’utopie dangereuse se voient aujourd’hui confrontés à la dure réalité des chiffres. Le décollage de l’économie malgache a commencé au moment exact où le pouvoir d’Andry Rajoelina s’est effondré. Avec le départ forcé de l’ex-président et le démantèlement concomitant des réseaux d’influence de son partenaire d’affaires Mamy Ravatomanga, c’est tout un système de prédation qui a été mis hors d’état de nuire.
Pendant des années, ce pouvoir mafieux a organisé ou toléré l’évasion massive des richesses nationales. La pratique systémique des trafiquants de l’ancien régime — consistant à exporter les ressources précieuses de la Grande Île sans jamais procéder au rapatriement légal des devises — asphyxiait la Banque Centrale et condamnait l’ariary à une dépréciation chronique.
Le fait marquant est indiscutable : au cours du premier trimestre 2026, coïncidant avec la mise à l’écart des réseaux prédateurs, l’ariary a affiché une progression spectaculaire, s’appréciant de 10,7 % face à l’euro. Selon les données de la direction des Opérations monétaires de Banky foiben’i Madagasikara (BFM), la monnaie unique européenne est passée de 5 309,31 MGA en début d’année à 4 726,29 MGA à la fin mars. Un redressement d’une rapidité inédite.
Cette cure de jouvence de la monnaie nationale s’explique de manière limpide par le civisme financier retrouvé. Dès la fin de l’année 2025 et le début de 2026, débarrassés de la chape de plomb et des privilèges d’impunité du duo Rajoelina-Ravatomanga, le taux de rapatriement de devises ainsi que les investissements directs se sont nettement améliorés. Les exportateurs opèrent désormais sous le régime de la loi et de la transparence, réinjectant la valeur de leur travail dans le circuit formel national plutôt que dans des comptes offshore.
Recettes fiscales : La DGI maintient le cap des 6 221,7 milliards d’ariary
Sur le front des finances publiques, le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) vient de publier les résultats du premier quadrimestre 2026, confirmant cette dynamique positive. La Direction Générale des Impôts (DGI) a amorcé l’année avec une progression robuste de 8 % par rapport aux quatre premiers mois de l’exercice 2025.
Au total, la DGI a mobilisé 1 744,4 milliards d’ariary de recettes brutes au titre de ce premier quadrimestre. Après arbitrages, ce sont 1 667,82 milliards d’ariary de recettes nettes qui ont été directement injectés dans les caisses de l’État. Cette performance est portée par la bonne tenue des impôts majeurs liés à la relance de l’activité : la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), le Droit d’accise (DA), l’Impôt sur les revenus salariaux et assimilés (IRSA), l’Impôt sur les revenus des capitaux mobiliers (IRCM) et l’Impôt sur les revenus (IR).
Certes, les Cassandre de l’opposition s’accrocheront au fait que ce montant affiche un taux d’exécution des prévisions initiales de 91,04 %, matérialisant un décalage de 171,78 milliards d’ariary dû à une inertie héritée de la transition politique. Mais l’essentiel est ailleurs : l’État maintient fermement ses ambitions. Dans le cadre du projet de Loi de finances rectificative (LFR) 2026, la cible annuelle de 6 221,7 milliards d’ariary avancée dans la Loi de finances initiale (LFI) reste rigoureusement inchangée.
Une trajectoire macroéconomique ambitieuse vers 2028
Loin de régresser, l’administration fiscale réajuste sa stratégie en fonction d’un PIB nominal actualisé à la hausse. Alors que la LFI prévoyait un taux de pression fiscale brute à 6,21 % du PIB, la LFR 2026 le projette désormais à 6,29 %, preuve que la base économique s’élargit et se formalise à un rythme accéléré.
Les projections à moyen terme matérialisent de façon spectaculaire cette trajectoire de souveraineté financière. Les recettes fiscales intérieures brutes devraient se stabiliser à 6 221,7 milliards d’ariary cette année, avant de grimper à 6 871,5 milliards d’ariary en 2027. Le véritable palier de rupture sera franchi à l’horizon 2028, avec une cible ambitieuse fixée à 9 315,64 milliards d’ariary. Ce bond en avant se traduira par un redressement fiscal majeur, hissant l’effort national à 7,33 % du PIB en 2028.
Le sabotage manqué des anti-refondation
Ceux qui s’opposaient à la refondation comptaient sur l’effondrement des institutions et la faillite technique pour exiger le retour des réseaux mafieux sous prétexte d’expertises de gestion. L’assainissement des flux financiers internationaux, le civisme forcé imposé aux anciens oligarques, et la restructuration de la collecte de l’impôt démontrent exactement l’inverse.
Madagascar n’est plus le terrain de jeu d’une oligarchie qui accaparait les devises à Maurice, en Europe ou à Dubaï pendant que la population subissait l’inflation. La fin de l’impunité pour le clan Rajoelina-Ravatomanga libère l’économie. Malgré les écarts techniques normaux en période de transition, la tendance de fond est irréversible : l’État récupère sa souveraineté, sa monnaie s’impose, et le développement, enfin, se finance de l’intérieur.






