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Le Journal de l'île Rouge
Economie

Pétrole non conventionnel : Le pari local de l’État à Morafenobe

La gazette de la grande île
09/06/20263 minute read
Le bassin de Morondava abrite l’un des plus grands trésors géologiques du pays, mais aussi l'un des plus complexes : le gisement de grès bitumineux de Bemolanga.

Alors que les chiffres sur le potentiel de Bemolanga ont longtemps alimenté les débats, le Conseil des Ministres de début juin 2026 marque un tournant historique. Entre les milliards de barils « théoriques » et la réalité technique validée par l’OMNIS, l’État malgache choisit une troisième voie : transformer ce « pétrole de pierre » en infrastructures vitales pour la région Melaky.

Le bassin de Morondava abrite l’un des plus grands trésors géologiques du pays, mais aussi l’un des plus complexes : le gisement de grès bitumineux de Bemolanga. Si le site a souvent été au cœur d’une « guerre des chiffres », l’actualité récente vient de ramener le projet sur terre, avec une approche résolument pragmatique.

La bataille des estimations : Pourquoi un tel écart ?

Pour comprendre Bemolanga, il faut d’abord dissiper le brouillard des statistiques. Deux chiffres s’affrontent régulièrement : celui de 16,6 milliards de barils, souvent brandi par les investisseurs internationaux comme Total ou Madagascar Oil, et celui de 2,85 milliards de barils, l’estimation officielle de l’OMNIS.

Cette différence n’est pas une erreur de calcul, mais une distinction de métier :

  • Le potentiel « en place » (16,6 milliards) : C’est la quantité totale de bitume emprisonnée dans le grès. Un chiffre spectaculaire qui reflète la richesse brute du sous-sol.
  • La réserve exploitable (2,85 milliards) : C’est le chiffre retenu par l’OMNIS. Il représente ce que l’on peut réellement extraire avec les technologies actuelles et à un coût supportable. À lui seul, ce volume reste colossal : il dépasse les réserves d’huile lourde de Tsimiroro (1,7 milliard) et positionne Madagascar sur la carte mondiale des ressources non conventionnelles.

Le virage de juin 2026 : Le bitume avant le carburant

Face à la complexité du raffinage de ce pétrole ultra-lourd, qui nécessite des investissements massifs et un prix du baril mondial très élevé pour être rentable, l’État malgache a décidé de changer de paradigme.

Lors du Conseil des Ministres de début juin 2026, une décision stratégique a été actée : le lancement d’un projet de démonstration à Morafenobe. L’objectif n’est plus, dans l’immédiat, de transformer le grès en essence, mais d’utiliser sa propriété primaire. Financé par le Fonds Routier, ce projet vise à extraire directement le grès bitumineux pour le revêtement des pistes et des routes locales.

Un potentiel qui reste intact

Cette « valorisation locale » n’est pas un aveu d’échec, mais un test grandeur nature. Historiquement, dans les années 60, certaines rues de Morafenobe avaient été goudronnées avec ce mélange brut, prouvant une résistance exceptionnelle au temps.

En utilisant cette ressource pour désenclaver la région, le gouvernement fait d’une pierre deux coups :

  1. Réduction des coûts : Moins d’importation de bitume coûteux pour les infrastructures nationales.
  2. Preuve de concept : Démontrer la viabilité de l’extraction à ciel ouvert à Bemolanga pour rassurer les futurs investisseurs miniers.

Avec 2,85 milliards de barils exploitables, Bemolanga reste un pilier de la souveraineté énergétique future de Madagascar. Mais en 2026, l’heure n’est plus aux promesses lointaines de pétrole exporté ; elle est à la construction des routes de demain avec les richesses d’aujourd’hui. Le « géant endormi » du Melaky commence enfin à se rendre utile, un kilomètre à la fois.

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