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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Scandale minier à Mananjary : Comment une usine clandestine chinoise a-t-elle pu s’installer au vu et au su de tous ?

La gazette de la grande île
10/06/20263 minute read
Transporter ces engins, acheminer les matériaux de construction et faire tourner un tel site nécessite des semaines, voire des mois de logistique. Prétendre que cette usine a été bâtie « en secret » relève de la pure fiction.

L’opération coup de poing menée le 8 juin dernier à Morafeno (district de Mananjary) a mis au jour une exploitation aurifère illégale d’envergure industrielle. Alors que quatre ressortissants chinois ont été arrêtés, une question brûlante est sur toutes les lèvres : comment une telle infrastructure a-t-elle pu sortir de terre sans de lourdes complicités locales ?

C’est un flagrant délit qui ébranle la région Vatovavy. Le 8 juin, une délégation d’autorités régionales — comprenant le Préfet de Mananjary, les services des forêts, des mines, la gendarmerie et la police — a investi le site minier de Morafeno. Sur place, le constat est effarant : une entreprise chinoise y exploitait de l’or à grande échelle, dans l’illégalité la plus totale.

Aucun permis minier, aucune autorisation légale d’exploitation, et encore moins de permis environnemental. Pire encore, les exploitants utilisaient du mercure — un produit chimique hautement toxique et strictement interdit — avant de rejeter massivement les déchets contaminés dans les cours d’eau environnants. Face à ce désastre écologique, les autorités ont ordonné l’arrêt immédiat des travaux et placé quatre ressortissants chinois en garde à vue.

Une infrastructure industrielle impossible à rater

Si le coup de filet est salué, il soulève une interrogation légitime au sein de la population : comment une telle opération a-t-elle pu s’installer et prospérer en toute impunité ? On ne parle pas ici d’orpaillage artisanal discret, mais d’une logistique lourde et visible à des kilomètres. Les installations découvertes sur place comprennent :

  • Un bâtiment principal de la taille d’une grande maison à étage.
  • Des machines d’extraction lourdes.
  • Des unités industrielles de traitement de l’or.

Transporter ces engins, acheminer les matériaux de construction et faire tourner un tel site nécessite des semaines, voire des mois de logistique. Prétendre que cette usine a été bâtie « en secret » relève de la pure fiction.

Corruption systémique : Les langues se délient

« Ces Chinois n’ont pas réussi à s’y installer tout seul. »

Dans les villages environnants, la colère se mêle à l’amertume. Les habitants, qui dénonçaient depuis longtemps la pollution de leurs eaux, ainsi que plusieurs exploitants artisanaux de la zone, pointent directement du doigt une complicité au plus haut niveau. Sous couvert d’anonymat, des voix s’élèvent pour affirmer que plusieurs autorités locales ont été grassement corrompues.

Pour les locaux, l’équation est simple : de l’argent a coulé à flots pour « graisser la patte » de ceux qui auraient dû contrôler la zone, leur garantissant ainsi un silence radio et une protection totale pendant la phase d’installation.

La justice au tournant

L’enquête en cours devra déterminer les responsabilités de chacun. Si l’arrestation des quatre exploitants chinois est un premier pas, elle ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau si le réseau de facilitation local n’est pas démantelé.

La population de Mananjary attend désormais des réponses claires : qui a fermé les yeux ? Qui a palpé les dividendes de cette destruction écologique ? L’affaire Morafeno n’est plus seulement un scandale environnemental, elle est devenue le symbole de la lutte contre la corruption minière à Madagascar.

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