Un jour je serai vieux, et sûrement je me salirai en mangeant, et aussi quand je ne réussirai plus à m’habiller sans aide, souvenez-vous du temps que j’ai passé à vous apprendre : à être toujours propres, à bien se tenir à table, et, à avoir du goût dans la façon de vous habiller.
Les ravages du temps ont fait que c’est mon tour maintenant de vous demander d’être compréhensives sur mes insuffisances…
Quand je vous parle et que je répète toujours les mêmes choses, ne m’interrompez pas, écoutez-moi, car je radote comme tous les vieux de mon âge, de peur que l’on ne nous écoute plus parce que nous avons fait notre temps.
Quand par moment je n’arrive pas à me souvenir ou que je perds le fil de la conversation, donnez-moi le temps nécessaire pour retrouver la mémoire, et si je n’arrive pas, ne vous énervez pas sur moi. La chose la plus importante n’est plus ce que je dis, mais ce besoin d’être avec vous, de vous voir, de vous écouter, et de vivre à travers vous.
Quand je ne veux plus me raser ou me changer, car depuis quelques temps tout me fatigue et que je n’ai plus les beaux habits d’antan, ne me sermonnez pas d’avoir perdu de ma superbe et de ma jeunesse devant autrui jusqu’à me faire honte.
Souvenez-vous du temps que je passais avec amour à contrôler vos tenues avant de sortir pour que vous soyez plus que présentables. Je devais vous expliquez mille fois, le pourquoi du fait que vous devez être belles à tout moment pour votre futur métier, et aussi pour ce que vous représentez pour votre pays. Je vous en prie, faites-en autant pour moi.
Quand dans une discussion nous n’avons plus la même idée ni la même position sur un problème , surtout ne m’apostrophez pas en public, car nous ne faisons plus partie ni du même monde, ni de la même époque, et encore moins nous n’avons le même intérêt, si bien que nos vues divergent nécessairement.
Souvenez-vous du temps que je prenais pour vous expliquer les tenants et aboutissants de toutes choses, ainsi que les causes à effets de ces dernières, en vous citant à tout moment GALILÉE sur la maxime : * La compréhension du monde, ne doit pas se limiter aux données de la perception brute *. Moi, je ne vous demande qu’un peu d’amour et de respect pour le vieil homme un peu sénile que je suis devenu…
Quand vous voyez mon ignorance devant les nouvelles technologies, donnez- moi le temps nécessaire pour apprendre, car j’ai peur de faire de fausses manœuvres et d’abîmer pour cela, l’appareil qui m’a coûté temps et temps de sueurs et d’années à baver sur les courts de tennis du monde. Je vous demande seulement, de ne pas regarder mes incompétences avec suffisance. Souvenez-vous que j’ai eu tant de patience à vous apprendre les différents coups de tennis…
Quand mes jambes fatiguées n’arrivent plus à tenir la cadence d’un enseignement qui ne m’est plus drôle vu mon âge, ne me considérez pas comme un vieux cheval fou qui a fait son temps. Venez vers moi, et offrez-moi plutôt la force de vos bras comme je l’ai fait lorsque vous avez fait vos premiers pas…
Depuis quelques années, il m’arrive très souvent de pleurer, ne pensez surtout pas que ce ne sont que des larmes de crocodile, loin s’en faut !!! Il se trouve que le robinet de mes émois s’est ouvert, découvrant un vieil homme qui s’est caché pendant fort longtemps derrière une armure de fer sur laquelle on ne peut avoir d’emprise.
Le temps m’a rattrapé, il a gagné son duel contre moi. La rouille a fini par envahir mon cœur lâché par les chaînes d’un personnage que je me suis forgé. Maintenant, un pied dans la tombe, les pensées du passé, du présent et même du futur me font verser des pleurs…
Quand je vous dis de me laisser mourir, ne vous fâchez pas ! Il faut comprendre qu’à mon âge, on ne vit plus mais on survit… Oui, j’ai survécu à mon combat, à mes batailles et à ma guerre. Vous étiez mon armée mais je m’en suis sorti moi-même, estropié dans mon cœur et dans mon âme qui sont fatigués par ces luttes infinies…
Un jour vous découvrirez que tout ce que j’ai semé sur la route de ma vie, était de vous donner le meilleur de moi-même qui était l’étendue de mon savoir, et que j’ai essayé par toutes mes forces et de toute mon âme de vous diriger sur la route de la réussite…
Donnez- moi un peu de votre temps ! Donnez- moi un peu de votre patience ! Donnez-moi des épaules sur lesquelles poser ma tête de la même façon que je l’ai fait pour vous !
Aidez-moi à avancer ! Aidez-moi à finir mes jours avec amour et compréhension… En échange, je vous donnerai mon cœur, mon âme, tout ce qui me reste de sourire et l’ amour infini que j’ai toujours eu pour vous…
MAX RANDRIANTEFY





