La lutte contre la corruption est une exigence. Personne ne contestera que l’État récupère les biens issus de détournements ou d’enrichissements illicites. Chaque ariary restitué au Trésor public est, en principe, une victoire pour la collectivité.
Mais une démocratie ne se juge pas seulement à sa capacité de reprendre ce qui lui appartient. Elle se juge aussi à sa capacité de rendre ce qu’elle aurait pris à tort.
L’annonce du recouvrement de 545 millions d’ariary relance une question que les autorités ne peuvent éluder : que deviennent les biens des citoyens lorsqu’une procédure judiciaire est annulée, lorsqu’une accusation ne tient plus ou lorsqu’une décision de justice leur est favorable ?
L’affaire concernant La Gazette de la Grande Île est devenue, qu’on le veuille ou non, un test de crédibilité pour l’État de droit. Le journal affirme que son directeur de publication a subi des saisies de comptes bancaires et de biens qui n’auraient toujours pas été restitués malgré une décision favorable de la Cour de cassation. Si ces affirmations sont exactes, il ne s’agit plus seulement d’un litige individuel. C’est la parole de la justice elle-même qui est en jeu.
Car dans un véritable État de droit, la puissance publique ne choisit pas les décisions de justice qu’elle applique. Elle les exécute toutes, qu’elles servent ou non les intérêts du pouvoir.
Le danger commence lorsque la justice devient perçue comme un instrument à sens unique : rapide pour saisir, lente pour restituer ; énergique pour poursuivre, silencieuse lorsqu’il s’agit de réparer. Une telle perception fragilise la confiance des citoyens, des investisseurs et de tous ceux qui attendent de la loi qu’elle protège autant qu’elle sanctionne.
La force d’un État ne réside pas dans sa capacité à exercer la contrainte. Tous les régimes savent le faire. La véritable force d’un État réside dans sa capacité à reconnaître ses erreurs, à respecter les décisions de justice et à réparer les préjudices lorsqu’ils sont établis.
L’État de droit n’est pas un slogan destiné aux discours officiels. C’est une discipline que l’État s’impose à lui-même. Il implique que nul n’est au-dessus de la loi, pas même ceux qui gouvernent.
Les autorités ont aujourd’hui l’occasion de dissiper les doutes. Si les saisies contestées étaient fondées, qu’elles en apportent la démonstration. Si elles ne l’étaient pas et que la justice en a décidé autrement, alors la restitution des biens ne devrait pas être un acte de générosité, mais l’exécution normale du droit.
C’est à cette cohérence que se mesure la solidité d’une République.
On ne bâtit pas la confiance publique sur des victoires sélectives. On la bâtit sur une justice qui protège les finances de l’État avec la même rigueur qu’elle protège les droits des citoyens.
Car au bout du compte, la question n’est pas seulement de savoir qui a récupéré 545 millions d’ariary. La véritable question est celle-ci : dans la République de Madagascar, le droit s’impose-t-il à tous, y compris à l’État lui-même ?
C’est de la réponse à cette question que dépend la crédibilité de notre démocratie.





