Changer de mentalité, dites-vous ? Oui, absolument. Mais cela signifie avant tout passer d’une culture du silence à une culture de la responsabilité, du courage et de la vérité. Madagascar a besoin d’une véritable refondation des consciences.
Pourquoi n’arrivons-nous pas à nous développer malgré les aides, les réformes et les nombreux programmes mis en œuvre depuis des décennies ?
On évoque souvent comme causes la pauvreté, le manque d’investissements, l’insuffisance des infrastructures, la faiblesse des institutions ou encore la corruption. Ces facteurs sont réels.
Mais nous devons aussi prendre conscience qu’au fil des décennies, un obstacle plus discret, plus profond et souvent ignoré s’est installé dans notre société : la loi du silence, qui est progressivement devenue une véritable culture à Madagascar.
Cette loi n’est écrite dans aucun texte. Pourtant, elle est présente dans de nombreuses administrations, entreprises, collectivités territoriales, partis politiques et parfois même au sein de la société civile. Beaucoup voient les dysfonctionnements, beaucoup les dénoncent en privé, mais peu osent les signaler publiquement.
Les principales explications sont connues.
La première est la peur de perdre son emploi. Lorsqu’une personne sait que dénoncer une irrégularité peut compromettre sa carrière ou les revenus de sa famille, elle choisit souvent de se taire.
La deuxième est la peur des sanctions politiques ou administratives. Dans des systèmes où le pouvoir est fortement personnalisé, exprimer un désaccord peut entraîner une mutation, une mise à l’écart, un blocage de carrière, voire des représailles plus graves. Le silence devient alors un moyen de protection et parfois de survie.
Vient ensuite la culture de l’obéissance. Depuis des générations, beaucoup ont appris qu’il valait mieux ne pas contredire un supérieur, ne pas remettre en question une décision ou éviter de créer des tensions. L’obéissance, qui peut être une qualité lorsqu’elle s’accompagne de responsabilité, devient un frein lorsqu’elle empêche de reconnaître les erreurs et de rechercher des solutions.
À cela s’ajoutent l’absence de protection des lanceurs d’alerte et la corruption.
Lorsque certains acteurs tirent profit du système, les intérêts se protègent mutuellement. Le silence devient alors une monnaie d’échange et une condition de survie des réseaux. Cette loi du silence ne protège pas seulement les responsables de mauvaises pratiques ; elle décourage également celles et ceux qui veulent agir pour l’intérêt général.
Il est temps que nous prenions collectivement conscience d’une réalité essentielle :
Le silence n’est pas toujours un signe de paix. Il est parfois le refuge de la peur, de la résignation ou de l’intérêt personnel. Et lorsqu’il devient une culture, il finit par freiner le développement de notre chère patrie.
Le véritable développement de Madagascar ne dépendra pas uniquement des financements, des infrastructures ou des réformes. Il dépendra aussi de notre capacité à changer de mentalité, à libérer la parole responsable et à construire une société où le courage de dire la vérité est considéré comme une force au service du bien commun.
La refondation de Madagascar ne pourra être durable que si elle commence par une refondation des consciences.





