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Le Journal de l'île Rouge
Politique

TRIBUNAL D’ANOSY : LES RACINES PROFONDES ET TENACES DU CLAN RAVATOMANGA

La gazette de la grande île
11/08/20263 minute read
: « Si vous ne vous penchez pas sur ces affaires, Ravatomanga, même depuis la prison de Melrose, aura toujours le dernier mot au sein de la justice malgache », avertit le lanceur d'alerte.

Lettre de lecteur : Un témoignage poignant venu de l’intérieur de l’appareil judiciaire

Près d’un an après la chute du régime autoritaire Rajoelina-Ravatomanga, l’espoir d’une justice malgache libérée de ses vieux démons semble se heurter à une dure réalité. L’ombre de ce duo, autrefois craint de tous, continue de planer sur le bon déroulement de l’administration. En témoignage de ce malaise persistant, un greffier exerçant au Tribunal d’Anosy nous a fait parvenir une lettre alarmante qui met en lumière la persistance de réseaux d’influence destructeurs.

Selon ce professionnel du droit, la mainmise du clan Ravatomanga reste bien vivante au sein de l’appareil judiciaire. Des têtes décisionnaires, magistrats, avocats, greffiers, continueraient d’obéir aux ordres d’un système bâti sur des décennies d’emprise.

« Comment pouviez-vous penser qu’un système pourri, installé depuis plusieurs dizaines d’années, serait facilement démantelé ? », s’interroge avec amertume ce greffier. « Ravatomanga était celui qui tirait les ficelles de la justice. Il avait sous son commandement des juges, des avocats et le système judiciaire tout entier. À l’époque du règne Rajoelina-Ravatomanga, tous ceux qui ne suivaient pas les ordres étaient menacés de renvoi ou, pire, d’emprisonnement. Jusqu’à maintenant, les pattes qu’ils ont graissées continuent de travailler pour eux. »

Des retards systématiques et des dossiers bloqués

Pour étayer ses affirmations, l’auteur de la lettre pointe du doigt des anomalies troublantes dans le traitement de certaines affaires sensibles. Pourquoi les dossiers impliquant Mamy Ravatomanga ou ses proches sont-ils systématiquement retardés, voire ignorés ?

Le cas opposant Brigitte Razaka à Lola Rasoamaharo est cité comme un exemple frappant : bien que Lola Rasoamaharo ait obtenu gain de cause décision judiciaire à l’appui, la proclamation officielle du verdict ne cesse d’être reportée. Brigitte Razaka, l’un des bras droits de l’homme d’affaires et accusée d’avoir facilité divers trafics fonciers, conserverait un pouvoir d’influence considérable sur plusieurs juges d’Anosy.

« Si vous ne vous penchez pas sur ces affaires, Ravatomanga, même depuis la prison de Melrose, aura toujours le dernier mot au sein de la justice malgache », avertit le lanceur d’alerte.

Un déracinement en profondeur indispensable

La paralysie ne se limiterait pas aux salles d’audience. La lettre soulève d’autres questions embarrassantes : pourquoi la mise en accusation de l’ancien président Rajoelina auprès de l’Assemblée nationale reste-t-elle ignorée, sans jamais apparaître à l’ordre du jour ? Pourquoi la justice peine-t-elle à ficeler des dossiers concrets pour poursuivre légalement les anciens dirigeants ?

Pour ce greffier, la réponse est claire : le problème ne vient pas d’un manque de preuves, mais d’un blocage institutionnel généralisé.

« Croyez-moi, les dossiers sont là, les preuves sont là, mais le blocage vient d’un système encore bien ancré qui nécessite un déracinement en profondeur. La ministre de la Justice actuelle se trouve à la tête d’un ministère trop longtemps corrompu et manipulé par un empire autoritaire. Elle aura bien du mal à éradiquer toute seule ce système. »

Ce cri d’alarme venu des couloirs du Tribunal d’Anosy rappelle une vérité fondamentale : la chute des figures de proue d’un régime ne suffit pas à assainir des institutions compromises. Sans une volonté politique de fer et une purge méthodique des réseaux de corruption, la justice malgache risquera longtemps d’être guidée par des ombres du passé.

Source : lettre d’un greffier anonyme du Tribunal d’Anosy             

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