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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Dossier Ravatomanga : Rs 7,3 milliards ne l’empêcheront pas de fuir

La gazette de la grande île
16/08/20264 minute read
Proposer une libération sous caution ou sous contrôle judiciaire sous prétexte que le Trésor ou la FCC garde la main sur Rs 7,3 milliards, c'est offrir sur un plateau une porte de sortie à un homme d'affaires qui a les moyens logistiques, politiques et financiers d'organiser son évaporation du territoire mauricien en un claquement de doigts

Alors que le dossier des 300 jours de détention de Mamy Ravatomanga remet sous les projecteurs le système judiciaire mauricien, un argument refait surface pour justifier une éventuelle remise en liberté : les 7,3 milliards de roupies actuellement frappées d’un Criminal Attachment Order à Maurice. Pour la justice, ce gel d’avoirs est présenté comme un bouclier, une garantie suprême que l’homme d’affaires ne prendra pas la fuite. En réalité, cette analyse frôle l’absurdité la plus totale.

Pour le commun des mortels, 7,3 milliards de roupies représentent une somme astronomique, une fortune vertigineuse qu’on ne risquerait pour rien au monde de perdre. Mais dans le monde de Mamy Ravatomanga, les règles de la gravité financière ne sont pas les mêmes. Pour le magnat malgache, ce pactole immobilisé dans les banques mauriciennes n’est qu’un dommage collatéral, une simple goutte d’eau dans un océan d’actifs répartis aux quatre coins du globe.

Pensons-nous vraiment bloquer un homme d’affaires de cette trempe en gelant des avoirs qui représentent à peine 1 % de sa fortune globale ? C’est méconnaître l’ampleur de son empire et la nature même de ses réseaux offshore. Mamy Ravatomanga n’a pas bâti sa puissance financière sur une seule juridiction. L’argent immobilisé à Maurice n’est que la partie visible de l’iceberg. Abandonner Rs 7,3 milliards pour sauver sa peau et retrouver sa liberté de mouvement ne serait pas un drame financier pour lui, mais un simple coût d’exploitation, une ligne d’amortissement dans son bilan stratégique.

Croire que ce gel empêchera toute tentative de fuite repose sur une naïveté déconcertante. Quel est le prix de la liberté pour un homme accusé de corruption systémique et d’opérations de blanchiment à grande échelle ? Si le prix à payer pour échapper à une condamnation pénale et à des années de prison s’élève à Rs 7,3 milliards, il n’hésitera pas une seule seconde.

Mamy Ravatomanga n’est pas un justiciable ordinaire. C’est un homme habitué à tout obtenir contre des espèces sonnantes et trébuchantes, un corrupteur pragmatique pour qui chaque obstacle institutionnel a un prix. Les éléments révélés tout au long de sa détention, y compris les tentatives de manipulation des enquêtes et de trafic d’influence ayant éclaboussé les instances locales, démontrent une chose : pour lui, la justice est un rapport de force financier.

S’il a pu maintenir son influence au plus haut sommet des États pendant des années, ce n’est pas par la force de la persuasion, mais par le pouvoir de l’argent. Prétendre aujourd’hui qu’il restera sagement à Maurice en attendant son procès simplement parce que ses comptes locaux sont sous pli judiciaire, c’est fermer les yeux sur son modus operandi historique.

En laissant entendre que ce Criminal Attachment Order offre une sécurité suffisante contre le risque de fuite, le système judiciaire mauricien se berce d’illusions ou feint d’ignorer la réalité des oligarques internationaux.

Proposer une libération sous caution ou sous contrôle judiciaire sous prétexte que le Trésor ou la FCC garde la main sur Rs 7,3 milliards, c’est offrir sur un plateau une porte de sortie à un homme d’affaires qui a les moyens logistiques, politiques et financiers d’organiser son évaporation du territoire mauricien en un claquement de doigts.

Après plus de 300 jours de détention provisoire, le dossier Ravatomanga ne teste pas seulement la rapidité des enquêteurs mauriciens ; il teste la lucidité de toute une juridiction. Si Maurice accepte l’idée que Rs 7,3 milliards suffisent à enchaîner Mamy Ravatomanga à l’île, la justice mauricienne apprendra à ses dépens qu’on n’achète pas la loyauté d’un milliardaire avec des avoirs gelés, mais qu’un milliardaire, lui, n’hésitera jamais à sacrifier des milliards pour racheter sa liberté.

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