Dans l’histoire politique récente de Madagascar, rares sont les épisodes qui illustrent aussi cyniquement l’art de la diversion. Le 13 novembre 2022, alors que la République retient son souffle face à un scandale financier pharaonique, le maire d’Antananarivo d’alors, Naina Andriantsitohaina, orchestre une mise en scène rocambolesque : une prétendue tentative d’assassinat. Un écran de fumée grossier, dressé pour faire diversion face à un braquage bien réel : le vol de 11 milliards d’ariary.
Le scandale des 11 milliards : le véritable mobile
Pour comprendre la frénésie théâtrale de ce dimanche de novembre, il faut regarder du côté du véritable séisme qui secoue le pays. L’affaire CNaPS éclate au grand jour, exposant un pillage en règle des deniers publics. Au cœur de ce dossier accablant, Naina Andriantsitohaina est pointé du doigt pour le détournement monumental de 11 milliards d’ariary.
Cette colossale somme a transité par la SMGD, une société directement rattachée à la Commune Urbaine d’Antananarivo (CUA) alors dirigée par le maire. Face à l’ampleur de la faute et à la colère grandissante de l’opinion publique, il fallait agir vite, frapper les esprits et détourner les projecteurs à tout prix. La diversion était inévitable.
13 novembre 2022 : Entrée en scène du « clown » et de sa fusillade fantôme
C’est précisément dans ce contexte étouffant que le « roi de la mise en scène » entre en piste. Ce 13 novembre, aux alentours de 8h30, un scénario digne d’un mauvais film d’action est publié sur les réseaux sociaux. Naina Andriantsitohaina affirme avoir été la cible d’une tentative d’assassinat entre le Rova d’Ilafy et le panoramique d’Ambatobe.
Sur sa page Facebook, l’édile publie des photos de sa voiture blindée criblée de trois prétendus impacts de balles au niveau de la fenêtre conducteur, soi-disant tirés par deux hommes casqués à scooter. Il se met en scène en miraculé, sain et sauf avec son collaborateur grâce au « blindage ».
Une mascarade cousue de fil blanc
Mais à y regarder de plus près, la supercherie s’effondre sous le poids de l’incohérence :
- Hors zone : Que faisait le maire de la capitale, de bon matin, dans un endroit aussi calme et surtout totalement hors de sa juridiction (la commune d’Ilafy) ?
- Zéro preuve : Aucun témoin oculaire n’est venu attester des faits. Plus absurde encore, aucune douille ni balle n’a été retrouvée sur les lieux pour permettre une quelconque expertise balistique.
- Un soufflé retombé : Un buzz médiatique orchestré avec soin, qui a rapidement fait pschitt avant de disparaître de la circulation, sans la moindre suite judiciaire crédible.
L’heure des comptes
Aujourd’hui, le vernis a craquelé et la vérité a repris ses droits. La mise en scène du 13 novembre n’aura pas suffi à effacer l’ardoise. Naina Andriantsitohaina est en fuite, loin des projecteurs qu’il affectionnait tant, tandis que les 11 milliards d’ariary s’étant évaporés de la CNaPS n’ont toujours pas été restitués au peuple malgache. Le spectacle est terminé, mais l’addition reste due.






