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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Impunité 0 pour les Cendrillons du palais !

La gazette de la grande île
29/10/20254 minute read

Depuis 10 ans, notre République ressemblait moins à une nation en quête de développement qu’à une vaste foire d’enrichissements rapides. L’affaire Romy Voons et Philippe Tabuteau, éclaboussant les milieux politico-affairistes proches du pouvoir, dont leur traitement judiciaire à Madagascar est scruté, n’était que la partie visible d’un iceberg de corruption et de trafic. Car il faut dire que ces cas ne sont pas isolés. Au contraire, ils illustrent un système bien rodé où le palais présidentiel lui-même était devenu un centre névralgique d’activités louches, de trafics d’influence et de complicités en col blanc.

Les observateurs peinent à comprendre comment des hommes et des femmes, arrivés au pouvoir avec des patrimoines modestes, roulent aujourd’hui dans des voitures de luxe et ont pu bâtir des villas de plusieurs centaines de millions d’Ariary dans les périphéries tananariviennes : Ivato, Imerintsiatosika, Ambohidratrimo, voire même dans les zones côtières où la spéculation foncière s’emballe. Certains de ces nouveaux « notables » vivaient avec des salaires officiels ne dépassant pas les 1 000 dollars mensuels, mais affichent des fortunes évaluées en millions de dollars. Madagascar n’est pourtant pas dépourvu d’outils juridiques pour lutter contre ce fléau. La loi sur la lutte contre l’enrichissement illicite (n°2016-020), la création des Bureaux de lutte anti-corruption devait permettre un contrôle rigoureux des fortunes inexpliquées. Mais dans les faits, ces structures ont été muselées. Les enquêtes qui touchaient les proches du pouvoir n’aboutissaient jamais, ou se sont subtilement enterrées sous des montagnes de procédures. L’appareil judiciaire, gangrené et souvent terrorisé, a préféré détourner le regard plutôt que de risquer une mutation punitive ou une mise à l’écart.

Le message envoyé à la population était clair : le crime paie, et il payait bien. Pendant que les citoyens peinent à boucler leurs fins de mois, les élites du régime multipliaient les acquisitions immobilières et les voyages à Dubaï, Paris ou Maurice. Cette impunité institutionnalisée minait les fondements mêmes de la République, détruisait la confiance publique et nourrissait une économie parallèle où l’argent sale circulait librement. Les récentes saisies d’héroïne et de cocaïne transitant par les ports et aéroports malgaches n’ont rien d’un hasard. Madagascar est devenu une plaque tournante du trafic de drogue dans l’océan Indien, avec la bénédiction tacite d’un réseau politico-administratif qui fermait les yeux, ou pire, en tirait profit. Des valises pleines de billets, des comptes offshores, des entreprises-écrans et des marchés publics truqués : le cocktail est explosif, mais savamment entretenu.

Il est urgent de restaurer la redevabilité publique à tous les niveaux. Nationalement, il faut réactiver la Cour de discipline budgétaire et financière et imposer la déclaration de patrimoine obligatoire de tous les hauts fonctionnaires, contrôlée et publiée. Régionalement, il faut renforcer la coopération avec la SADC, la COI et Interpol pour suivre les flux financiers et les réseaux de trafics. Internationalement, Madagascar doit adhérer pleinement aux conventions contre le blanchiment et la corruption et autoriser les audits étrangers indépendants sur ses institutions financières et douanières. Enfin, au niveau social et éducatif, il faut rééduquer la jeunesse. Leur apprendre que le succès ne se mesure pas à la taille d’une villa ou au prix d’un 4×4, mais à la probité et à l’effort. L’école, les églises, les associations citoyennes et les médias doivent redevenir les remparts moraux d’une société qui se délite.

La nouvelle ministre de la justice, garde des sceaux, a du pain sur la planche, beaucoup de pains et de miettes à nettoyer. Aujourd’hui, tel Cendrillon, minuit a été avancé trop tôt pour la plupart de ces « dahalo » en cols blancs, ceux qui n’ont pu rejoindre les carrosses pour s’évaporer dans la nuit, perdant au passage leurs chaussures de cristal.

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