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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Madagascar, Maurice Le détail des saisies d’actifs de Mamy Ravatomanga

La gazette de la grande île
26/11/20254 minute read

En ordonnant le 23 octobre le gel immédiat des avoirs du tycoon malgache exilé à Maurice, de ceux de son entourage ainsi que de plus de quarante sociétés qui lui sont affiliées, la justice mauricienne a ouvert une séquence judiciaire d’une ampleur inédite.
Publié le 25/11/2025 à 5h40 GMT Lecture 3 minutes

Après l’ouverture d’une enquête à Port-Louis fin octobre pour « blanchiment d’argent » à l’encontre de Maminiaina Ravatomanga, dit « Mamy », l’avenir du businessman malgache demeure incertain. Admis le 7 novembre dans une clinique privée mauricienne pour raisons de santé, le tycoon reste néanmoins à la disposition des enquêteurs de la Financial Crimes Commission (FCC).

Le 23 octobre, la Cour suprême de Maurice a ordonné la saisie pénale massive de ses avoirs, de ceux de plusieurs membres de sa famille ainsi que d’un vaste réseau de sociétés actives dans divers secteurs. Un mois après, alors que l’enquête se déroule toujours dans la plus grande discrétion, l’ampleur du gel d’actifs laisse entendre que la justice mauricienne dispose de preuves solides, justifiant une action rapide pour prévenir toute dissipation de fonds.

Dans ce document de trois pages, consulté par Africa Intelligence, l’homme d’affaires est mentionné comme signataire bancaire, directeur, actionnaire ou bénéficiaire effectif ultime de toutes ces entreprises. Le juge Renuka Devi Dabee y ordonne le gel immédiat de tous les comptes liés au magnat, interdit tous mouvements de fonds et impose que la moindre opération financière soit préalablement validée par la justice. La FCC cherche manifestement à couper court à des flux jugés sensibles circulant dans le système bancaire mauricien.
Éviter les dispersions secondaires des actifs

L’ordonnance vise directement cinq proches de Mamy Ravatomanga : ses fils Ramy Mialy Tiana Ravatomanga et Aina Fenosoa Ravatomanga, sa fille Lovanirina Ravatomanga, ainsi que son gendre, Andry Patrick Rabetokotany, installé en France et dont le nom figurait parmi les administrateurs de la filiale malgache d’AFG Bank. AFG Madagascar, qui a déposé ses statuts en février 2023 à Antananarivo, appartient au conglomérat Atlantic Financial Group (AFG), fondé en 2005 par l’Ivoirien Bernard Koné Dossongui (AI du 21/08/23). La belle-fille de Mamy Ravatomanga, Sandy Domoina Rahoeliarivahy, est également mentionnée dans la décision judiciaire.

En élargissant la mesure à plusieurs membres directs du clan Ravatomanga, la FCC entend prévenir toute dispersion secondaire des actifs, un phénomène fréquemment observé dans les enquêtes portant sur des montages financiers complexes.

Le document énumère également plus d’une quarantaine d’entités économiques, allant de sociétés mauriciennes à des entreprises régionales d’importance stratégique. En tête de la liste figure le conglomérat Sodiat – actif, entre autres, dans le BTP, le transport, l’agriculture et les médias –, l’empire fondé par Mamy Ravatomanga dans les années 1990 et acteur incontournable de l’économie malgache. Toutes ses filiales sont nommément visées, parmi lesquelles : Auto-Diffusion, Sodiat Export, Sodiatrans, Trans Ocean Airways, SMC Presse, Radio FY, Cap Mada Voyages, la Polyclinique d’Ilafy ou encore Madagascar Security Academy (MSA). Un inventaire précis qui témoigne de la volonté des autorités mauriciennes de neutraliser l’intégralité du périmètre opérationnel du groupe afin d’empêcher tout contournement éventuel de la mesure de gel.

Contestation possible
D’autres entreprises implantées à Maurice sont aussi présentes dans la liste, dont trois sociétés civiles immobilières (SCI) portant les noms des enfants Ravatomanga. Y apparaît aussi Madarail Holdings, conglomérat par lequel Mamy Ravatomanga avait acquis 75 % de la compagnie ferroviaire malgache Madarail, en 2011, avant de s’en retirer, onze ans plus tard, après une demande en ce sens de la Banque mondiale (AI du 21/06/24). La Société immobilière d’Ambohidratrimo (SIA), actionnaire majoritaire du golf du Rova, et New Investment Hub, le véhicule offshore de Trans Ocean Airways, sont également visés.

Plus surprenante encore, la présence d’Udaan Potentials, cette société malgache utilisée par l’Iran pour immatriculer illégalement cinq Boeing 777-200 – un élément de l’affaire révélé par Africa Intelligence en juillet et qui avait entraîné le limogeage du ministre des transports Valéry Ramonjavelo (AI du 29/07/25).

Le clan Ravatomanga conserve la possibilité de contester l’ordonnance devant la Cour suprême mauricienne, laissant entrevoir une confrontation judiciaire potentiellement longue et qui dépasse les frontières de l’île.

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