La transition politique malgache, encore fragile et hésitante, se retrouve aujourd’hui prise dans un engrenage de tensions qui rappellent à quel point les anciennes forces, loin d’être neutralisées, s’activent en coulisses pour tenter de saboter la dynamique de refondation annoncée. Les actes de déstabilisation observés, sabotages ciblés dans les infrastructures vitales, obstructions volontaires des voies publiques, campagnes virales destinées à embraser l’opinion, vandalisme opportuniste, ne relèvent pas de simples coïncidences, mais d’une stratégie plus vaste visant à tester la résilience institutionnelle d’un État encore en phase d’apprentissage de son propre pouvoir.
Dans les sphères politiques circulent déjà les rumeurs de financements occultes, évoquant plusieurs millions d’Euros destinés à alimenter les frictions et amplifier les fractures sociales, preuve que certains groupes d’intérêts préfèrent financer le chaos plutôt que de perdre leurs anciens privilèges. Parallèlement, la justice de la refondation tente de faire son travail, réexaminant d’anciens dossiers et rappelant à la loi certaines figures autrefois influentes ; pourtant, leur présence persistante dans le paysage public, parfois sous des formes inattendues, reconversion médiatique, réhabilitation religieuse, protection informelle, fuite discrète, témoigne de la longévité des réseaux parallèles qui structurent encore de larges pans de la société malgache.
La faiblesse de l’État apparaît alors au grand jour : hésitations, inerties administratives, réticences à réformer en profondeur ou à trancher dans le vif, laissant aux anciens réseaux le temps de se réorganiser et de regagner en influence, tandis que le nouveau pouvoir peine à imposer durablement son autorité. L’engouement populaire, initialement acquis aux responsables de la transition, s’effrite déjà sous l’effet combiné des dérives dénoncées sur les réseaux sociaux, des maladresses politiques et de la montée en visibilité d’un acteur financier qui se présente comme un “héritier de la lutte”, brouillant les cartes et remettant en question la légitimité même de ceux qui prétendent conduire la refondation.
L’histoire malgache, pourtant, est riche en leçons : l’ancien régime, sûr de sa puissance, a vacillé devant une poignée de “bidons jaunes” qui ont suffi à fissurer sa façade d’autorité, rappelant que la stabilité d’un pouvoir repose davantage sur la confiance populaire que sur la force institutionnelle ou les alliances financières. Cette réalité devrait inspirer une prudence absolue à ceux qui, aujourd’hui, croient encore que l’argent, les réseaux ou les protections peuvent garantir la pérennité d’un système : car, en fin de compte, même le pouvoir financier, avec tout son poids et ses prétentions, n’a pas pu empêcher le dernier coup d’État d’octobre dernier. À Madagascar, ce ne sont jamais les millions qui décident de l’histoire ; ce sont les fissures que l’on refuse de réparer.





