source article: lexpress.mu
Les enquêteurs du Federal Bureau of Investigation (FBI), dépêchés à Maurice ces derniers jours, ont tenu une session de travail pendant une semaine avec les officiers de la Financial Crimes Commission (FCC) afin de collaborer sur le volet international du dossier Boeing. Cette collaboration marque une étape décisive : le FBI apporte une expertise stratégique sur les opérations aéronautiques et les schémas financiers transnationaux, tandis que la FCC affine son enquête locale, déjà riche en preuves bancaires et en témoignages concordants.
En parallèle, la santé de Mamy Ravatomanga, personnage central de cette affaire, demeure au cœur des débats juridiques. Hospitalisations successives, complications cardiaques alléguées et tensions autour de son maintien en détention rythment un feuilleton où l’état médical du suspect semble osciller au gré des procédures. Entre la clinique, l’hôpital Victoria et le Moka Detention Centre, l’homme d’affaires malgache – qui a subi deux interventions chirurgicales – se trouve sous surveillance médicale constante. Durant le week‑end, la FCC avait consenti à poursuivre son interrogatoire pour accélérer la procédure. Mais son état de santé se serait détérioré au Moka Detention Centre. Seul son médecin traitant de l’hôpital Victoria pourra établir un diagnostic clair. Vendredi matin, après un check‑up cardiaque à l’hôpital, il était stable. Une fois en détention le vendredi après‑midi, il a déclaré qu’il suffoquait.
À l’approche du ruling prévu d’aujourd’hui, qui déterminera son lieu de détention, son camp invoque ses complications cardiaques et post‑opératoires. Mais pendant que le principal intéressé lutte entre hôpital et détention, l’enquête, elle, avance au pas de charge, alors que l’interrogatoire en pause de Mamy Ravatomanga retarde malgré tout l’échéance.
La FCC, dans un affidavit détaillé, démonte une à une les affirmations de défense de Mamy Ravatomanga et dévoile l’étendue d’un dossier aux ramifications internationales, dont l’enquête sur les Boeing. L’affaire s’est élargie au point que des officiers du FBI ont été sollicités et ont déjà tenu une session technique à Maurice sur le volet sensible de la vente de Boeing potentiellement destinés à contourner des sanctions internationales au profit de la compagnie iranienne Mahan Air.
Boeing : commission de 5 millions d’euros
Selon l’affidavit de la FCC, un flux financier suspect de 5 millions d’euros – environ Rs 258 millions – aurait été versé à Mamy Ravatomanga à titre de gratification dans le cadre d’un montage destiné à permettre l’enregistrement provisoire de cinq Boeing 777. Ces fonds auraient transité par Hong-Kong avant d’être injectés dans le système bancaire mauricien, un money trail toujours en cours de consolidation. La commission aurait été versée via Udaan Potentials Ltd, compagnie incorporée à Maurice le 28 novembre 2019 et dissoute depuis le 16 janvier 2024, soit la veille même de l’émission des certificats provisoires d’enregistrement des appareils à Madagascar. L’un des dirigeants de cette structure, Khushwinder Singh, déjà visé par une plainte de l’Aviation civile de Madagascar pour des documents falsifiés, aurait désigné Mamy Ravatomanga comme coordinateur clé du dispositif.
Sociétés fantômes
L’enquête de la FCC décrit également un modus operandi chez l’homme d’affaires : les sociétés, qui seraient des prête‑noms, impliquées dans des transactions sensibles disparaissent rapidement du registre ou sont redomiciliées ailleurs.
Udaan Potentials Ltd est l’instrument central dans la réception des 5 millions d’euros. La société a été dissoute avant que les documents de certification ne soient émis. Concer‑ nant Durban International Traders Ltd, la FCC note que l’entreprise est défunte à Maurice, qu’elle a été transférée aux Seychelles sous le nom de Camellia International Ltd et que Mamy Ravatomanga figure comme signatory sur un compte bancaire de cette société auprès de Warwyck Bank. Essential Time Group Ltd, malgré sa radiation est toujours active. La FCC a identifié quatre comptes bancaires actifs de : EUR 18 000 (≈ Rs 925 000), USD 8 536 543,91 (≈ Rs 384 144476), USD 3 000000 (≈ Rs 135 000000) et USD 750 000 (≈ Rs 33 750 000).
La FCC rappelle qu’en 2025, les autorités malgaches avaient identifié un réseau lié à l’enregistrement provisoire des Boeing 777, visant à contourner des sanctions contre l’Iran. Les déclarations de Fanirisoa Ernaivo (désormais ministre de la Justice malgache) confortent cette thèse en documentant le rôle supposé de Mamy Ravatomanga dans divers schémas de corruption à Madagascar. Le dossier est désormais internationalisé. La FCC indique également dans son affidavit que des échanges entre Khushwinder Singh et Mamy Ravatomanga ont été retracés, et que le FBI et elle ont tenu une session de travail à Maurice, avec des preuves en cours de transmission.






